Basara - Actualité manga
Dossier manga - Basara

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Publié le Jeudi, 24 Febuary 2011


Et on avance, et on avance !


Vingt-sept tomes, pour un shojo, même limité dans la romance, ça fait beaucoup, et c’est surtout inhabituel. Trop, peut-être ? A chacun de voir, pourtant aucun volume n’est réellement superflu, aucun arc ne demeure sans sens, sans raison d’être et sans positionnement. On passe d’un pays à un autre, d’un continent à l’autre parfois, sans aucun problème de compréhension ou de chronologie grâce aux explications de l’auteur, et avec un sentiment d’avancée incessante. En effet, le récit avance à une vitesse incroyable, ce qui rend la narration si étoffée et si riche, et le manga aussi réussi. Nos héros ne lambinent pas, et des dizaines d’arcs viennent se greffer au postulat de base,  l’histoire toute simple de Tatara le sauveur qui se met en tête de venger son peuple. On va loin, bien plus loin, approfondissant chaque passage du scénario sans pourtant s’attarder plus que nécessaire. Yumi Tamura fait alors preuve d’une imagination débordante et fertile, avec un grand sens du retournement de situation, de l’idée et de l’aventure. Jamais les protagonistes de Basara n’ont réellement le temps de se poser quelque part, il y a toujours un nouveau but, un objectif qui pointe le bout de son nez. Tous primordiaux, les rebondissements se succèdent les uns aux autres en prenant à chaque fois le plan principal de la narration. Par exemple, l’épisode de la prison ou la virée de Shuri et Sarasa au Kanto sont deux éléments durant lesquels on se plonge totalement dans l’univers créé par l’auteur, quitte à oublier l’intrigue principale. Il en est de même pour Okinawa, alors que nos deux amoureux se retrouvent, on en omettrait même de se recentrer sur ce qui les a amené ici, ainsi que le futur vers lequel ils doivent se tourner. Certains passages sont d’ailleurs plus prégnants que d’autres, notamment ceux où l’auteur ne nous permet pas de voir ou de savoir ce qu’il se passe autour, pour les autres figurants de Basara. L’exemple de la prison, encore, est assez parlant puisque la mangaka doit créer un monde totalement à part, qui fonctionne seul avec ses règles, ses dangers et ses limites. On se plonge alors totalement dans l’univers étrange de cet endroit aux codes bien définis, totalement différents de ceux à l’extérieur. Cette expérience, unique pour le lecteur comme pour les personnages, est l’image parfaite de ce que Yumi Tamura est capable de faire avec pertinence et réussite !




Et c’est ce débit qui permet à la série de ne jamais devenir ennuyante, de ne jamais lasser le spectateur des aventures de Sarasa. C’est cette constante dynamique qui lance toujours un nouveau chapitre, un nouvel arc, ceux-ci étant assez bien identifiés par les couleurs donnés aux chapitres qui les portent. On peut dévorer rapidement la série sans jamais ressentir de point faible, ce qui permet alors de tout mélanger dans la tête du lecteur et de ne créer qu’un tout, indissociable, plutôt que l’association de toutes ces péripéties qui, prises à part, peuvent se révéler longuettes et quelque peu surprenantes, dans la mesure où cela pourrait donner l’impression que l’auteur en rajoute toujours plus pour permettre à sa série de ne pas se terminer. Ce qui est, bien évidemment, faux. Et cet ensemble d’impressions à la lecture permet d’affirmer que la mangaka sait parfaitement où et comment elle nous emmène dans son univers, sans jamais improviser au fur et à mesure simplement pour des fins commerciales.

Notons enfin que cet effet de débit constant et puissant est intimement lié à la galerie gigantesque de personnages mise en place par l’auteur. Une palette impressionnante s’offre alors à nous, permettant aux lecteurs de s’identifier, aux différents moments de l’histoire, à des personnages très différents et même parfois secondaires. En instaurant un décor humain de fond pour chaque arc, Yumi Tamura reste dans une logique implacable selon laquelle à chaque endroit, à chaque moment, il y a de nombreuses personnes à découvrir, rencontrer pour partager des idéaux, un combat ou des poignées de mains. Cela nous permet également, et surtout, de ne pas toujours nous raccrocher aux deux héros en nous focalisant uniquement sur leur personne en passant à côté de tous les autres. Au contraire, Shuri et Sarasa sont constamment intégrés dans un amas de protagonistes, tous développés et sans aucun véritable stéréotype. De plus, l’auteur fait souvent se croiser leurs destinées, leurs passés ou leurs avenirs possibles. Ainsi, et notamment grâce aux chapitres bonus de fin de tome ou de série, la mangaka fait des liens constants entre ses créations, permettant toujours aux lecteurs de pouvoir réellement comprendre telle ou telle figure du manga, les raisons qu’il ou elle a d’agir de cette façon et les fondements profonds de ses croyances, idéaux, buts à poursuivre. Mais par-dessus tout, cette prolifique création de personnages permet d’étaler autant de multiples émotions et superbes sentiments entre eux, d’émouvoir le lecteur en les sacrifiant, en leur donnant parfois un destin tragique inévitable ou au contraire en les faisant se relever de leurs blessures. On gardera par exemple Senju à l’esprit, la fiancée de Shido qui, après tant de pertes et de chagrin ajoutés à sa faiblesse émotionnelle, l’ont détruite. Il est alors passionnant de voir comment elle lutte contre l’apaisement, préférant souffrir pour ne pas oublier, pour ne pas pardonner. Sa méchanceté est une véritable source d’inspiration, tant elle est en conflit avec sa gentillesse naturelle. Et lorsqu’elle cède à sa raison, le résultat n’en est que plus touchant. On pourrait par ailleurs citer de bien nombreux autres exemples, mais il est bien plus intéressant de les découvrir au fur et à mesure du récit de Basara. La seule chose à retenir est que la force du manga, malgré sa longueur, demeure dans le dynamisme de sa narration et la grande diversité de ses protagonistes.
   
 


BASARA by Yumi TAMURA © 1991 by Yumi TAMURA / SHOGAKUKAN Inc.

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