Barakamon - Actualité manga
Dossier manga - Barakamon

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Publié le Jeudi, 27 Febuary 2014


L’idylle de la campagne

 
 
C’est petit à petit, et d’un œil citadin extérieur à toute activité campagnarde, que l’on va apprendre à découvrir en même temps que Seishû le mode de vie, les traditions, le quotidien des personnages qui semblent restées bloquées au siècle dernier. Dès son arrivée sur le sol, on se fait une idée assez précise de l’ambiance. Pour se déplacer, il ne faudra pas compter sur un bus, une navette ou même des taxis… mais se rabattre sur le tracteur du grand-père du coin, monter sur une botte de paille en longeant la mer et profiter du paysage. Seishû n’est pas au bout de ses surprises dans cet environnement totalement rural et arriéré ! La maison est une vieille demeure japonaise, ce qui ne choque pas trop puisque même en périphérie des villes il en reste. Par contre, se chauffer en devant couper du bois, ça c’est nouveau. Pas vraiment habitué, notre héros va mettre un moment avant de comprendre comment l’engin fonctionne et parvenir à se faire couler un bain correctement. Fier de lui lorsqu’il y parvient, par contre, cela devient un rituel dont il est content et satisfait. Il mérite ce qu’il obtient, et doit tout faire par lui-même. Une gratification qu’il ne pensait pas un jour avoir. Au niveau des repas, on n’y est pas encore puisque c’est la femme du maire qui lui prépare ses repas et les lui fait porter. Seishû était un enfant gâté, qui se laissait entretenir par ses parents ou cuisinait de conserves. La vie en autonomie, qui plus est dans un environnement totalement inconnu va le faire grandir et mûrir sans qu’il ait réellement le choix de s’y opposer. Lors de son retour sur l’île après une courte escapade sur le continent, Seishû va décider de se prendre en main. Faire sa propre cuisine, apprendre à couper seul son bois, résoudre un problème de fenêtre… autant d’objectifs qu’il se pose pour prouver au monde qu’il tire son expérience de ses mésaventures. Pourtant, il est encore loin d’être capable de s’assumer seul quand on voit ses pitoyables essais, toujours rattrapés par les gens du village. A noter également que, dans ce paysage très simple, l’école se fait par groupes d’âges et certains enfants ne sont pas tous a même niveaux mais ont classe ensemble devant le peu d’instituteurs. De même, il n’y a pas vraiment de technologie comme la télé ou même le téléphone, unique dans le village. Une manière de vivre qui nous semble totalement insensée au jour d’aujourd’hui et qui pourtant rend malgré tout heureux les habitants de ce village. L’hôpital est également peu rempli, par manque de personnel, tout semble comme fonctionner au ralenti.
 
Parlons un peu des traditions, à présent. Seishû va en découvrir régulièrement de nouvelles, tout comme les activités à faire là où il n’y a qu’un seul téléphone pour tout le village. Ebahi devant la fête du mochi, par exemple, il va se prêter au jeu de toutes les traditions qui animent le village tout au long de l’année. On va par exemple assister à la coutume de la fête des morts, d’Halloween à Nanatsutake. Mais c’est surtout les amusements, activités et bonheurs du quotidien que l’on va découvrir, chapitre après chapitre, à la manière d’Une sacrée mamie ou de Yotsuba ! Grâce aux personnages hauts en couleurs notamment, on va assister à une journée à la plage tous ensemble, l’apprentissage de la calligraphie, la relation de Seishû aux chats, la peur des insectes, le dégoût du poisson, … Au fil des journées passées avec les différents villageois, Seishû apprend à s'ouvrir aux autres et à profiter des petits plaisirs de la vie qu'il n'avait pas connus, tout en apprenant à se débrouiller un peu plus par lui-même. Cette fois-ci, ce sont encore de nombreuses épreuves qui l'attendent : jouer avec les jolis cheveux de la petite Hina, faire un petit concours de poterie avec Naru, tenter de choper des lucanes pour l'anniversaire de la fillette mais aussi de s'imposer face à des grands enfants qui s'en prennent aux plus petits, apprendre à chauffer un bain de façon artisanale avec l'aide du chef...  Il profite aussi des plaisirs simples tels que les feux d’artifice lors d’un festival d’été… Là où il ne pensait qu’à son travail, on découvre la capacité de Seishû à s’amuser et profiter. Par la suite, le maître va également assister aux répétitions de la pièce de théâtre de fin d'année par les enfants qui vont vite déchanter dès que la femme du chef, tyrannique et un eu trop passionné de théâtre, va s'en mêler, puis une fête de l'île s'apparentant un peu à Halloween où Seishû va accompagner les enfants, ou encore les délires du calligraphe qui va puiser une inspiration artistique dans une simple balle... C’est un bel hommage aux traditions, coutumes et habitudes dans ces villages reculés. On sent que l’auteur y verse un peu de son histoire et de son amour pour ce mode de vie des plus reposants et joyeux, loin des difficultés de la ville où la joie se monnaie.
 
  
  
 
 
A noter qu’un des piliers du manga et la plus belle description du village que l’auteur peut nous donner, c’est l’entraide. De manière intergénérationnelle, le mangaka va nous émouvoir. Le plus beau moment étant sans doute quand les enfants passent au-delà de l’interdiction pour aller visiter la doyenne du village, alitée et seule, pour lui changer les idées. Un peu de simplicité et d’émotion qui marche parfaitement, sans en faire trop. Mais c’est même plus global, puisqu’à peine arrivé, Seishû va constater l’hospitalité et la gentillesse de tout le village. Ils vont l’aider à s’installer, se nourrir, apprivoiser le chauffe-eau, le faire sortir, s’amuser… Ici tout le monde se connaît, et se rend naturellement service sans rien attendre en retour. Peu habitué d’autant de sympathie et de naturel, Seishû en est presque méfiant, se demandant ce qu’ils attendent en échange. L'ambiance villageoise est bien là, bien rendue par un auteur que l'on sent amoureux de sa propre région natale, et loin de l'anonymat de la ville. La vie là-bas est conviviale, et dès lors que quelqu’un est malade, a perdu des récoltes ou s’est blessé, tout le village se met en branle pour l’aider. On le voit bien quand Seishû est victime du typhon, perdant tous ses appareils électroniques. Les habitants vont essayer de le distraire et de lui changer les idées en attendant qu’il en reçoive de nouveaux. Il a de plus évité le pire grâce à eux, et au bout d’un moment d’immersion il compte bien les remercier. Il va aller de lui-même à la rencontre des habitants pour leur offrir des algues, là où tous vont lui donner quelque chose en échange, pour le remercier de son attention. Il n’a rien demandé et se retrouve couvert de présents. Petit à petit, il va également s’inquiéter pour les habitants, essayer de les soutenir à sa manière et de les aider dans la limite de ses moyens. Il se dévoile également de plus en plus, s’attachant aux habitants et leur livrant peu à peu qui il est.
 
Tout cela, cette vision de la campagne et cette ambiance archaïque et centrée sur des valeurs que l’on ne connaît plus forcément, renforce l’image de bonne humeur qui se dégage du manga. L’amitié, les fous rires, les expériences, la seule inquiétude de ce que l’on va faire demain, les discussions sans logique, les nouvelles rencontres, les fêtes improvisées et les coutumes ancestrales… Autant de passages obligatoires dans la série qui lui confèrent une ambiance joyeuse et détendue. Ces petits riens sont racontés avec une justesse et une émotion parfaitement dosées, qui nous permet d’en prendre plein la figure sans jamais nous ennuyer ou nous lasser. On passe du rire aux larmes, de l’amusement à la nostalgie avec une facilité déconcertante. Car ce manga, c'est d'abord un concentré de vie, dans tout ce qu'elle a de plus joli, de plus anodin et de plus important pourtant. C'est l’effervescence d'une fête de village, l'excitation d'une chasse aux insectes, le brouahaha des fous rires, la chaleur des repas partagés, les découvertes, les aventures. Apprendre une nouvelle expression, s'essayer à une activité incongrue, savourer les choses les plus simples. Les personnages sont parfaits, mais les histoires le sont encore plus. Si le rythme de l'histoire est assez lent, sans jamais qu'un rebondissement explosif n'intervienne, il ne laisse pourtant pas la place à l'ennui. L’auteur aborde avec énormément de justesse des thèmes parfois délicats. La filiation et l'héritage, l'amitié, les projets d'avenir, la compétition, la vieillesse, le deuil. Tout cela avec un naturel déconcertant.
   
  

© Satsuki Yoshino / SQUARE ENIX CO., LTD.

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