Barakamon - Actualité manga
Dossier manga - Barakamon

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Sommaire

Publié le Jeudi, 27 Febuary 2014


L’enfance turbulente

 
 
Que serait Barakamon sans Naru et sa dose de folie ? C’est une gamine de cinq ans très encombrante et totalement sans gêne. Elle va faire tourner notre héros en bourrique à peine entrée dans sa vie. Infiltrant sa maison sans hésitation, Naru y instaure sa base et compte bien récupérer cette maison qu’elle considère comme sienne. Véritable pile électrique, la fillette irrite Seishû tandis qu'elle charme le lecteur de par sa grande vivacité, son côté très casse-cou, sa bonne humeur permanente et son envie de s'amuser de tout... Elle ne vit que dans l’amusement et le divertissement, cherchant toujours quoi faire pour se distraire et occuper son temps. Naru est le centre névralgique de la bonne humeur, et ce même si les autres personnages amènent eux aussi leur caractère joyeux et plein de couleurs. Ils sont tous vivants et loufoques à leur manière, leur naturel amenant une réelle dose de fraîcheur. Naru n’est pas la seule enfant de l’île, et tous sont amusants. Kenta le casse-cou au verbe fort, où bien la meilleure amie de Naru, Hina, qui pleure pour un rien et paraît plus fragile que du cristal. Barakamon s'enrichit très vite de protagonistes hauts en couleurs, qui ont entre eux des interactions très vivantes et qui n'ont pas fini de semer la zizanie dans le quotidien jusque-là bien huilé, trop bien huilé, de Seishû. Il va se retrouver pris en otage pour coiffer les cheveux des bambins, les amuser, les faire répéter leur pièce de théâtre, les sortir à la place, leur apprendre à écrire… Tout est bon pour le harceler, l’empêcher de travailler et de se concentrer. Notre pauvre héros n’a vraiment pas de chance avec les enfants de l’île, qui l’apprécient bien trop pour laisser passer la moindre occasion de l’embêter et de le réquisitionner. Naru reste pourtant le point de mire de cette enfance turbulente et expressive. Elle est pétillante, touchante, un peu simplette mais faisant parfois preuve d’une grande sagesse pour son âge. Son regard sur la vie est enfantin et pourtant empreint d’une expérience certaine. Mais c’est surtout ce petit mélange de sérieux et d’absurde qui nous amène toujours à nous demander ce qu’il peut se passer dans sa tête, mais surtout à l’adorer !

A noter que les enfants ont la plupart du temps l’air d’être désœuvrés, abandonnés à leur quotidien sur une île coupée du monde. Leurs seules activités sont ramasser des coquillages, partir à la pêche, attraper des insectes ou jouer à la corde à sauter. Alors certes, l’imagination d’un enfant quand il s’agit de jouer est sans fin et d’une richesse exemplaire. Ils nous apprennent d’ailleurs ainsi que la vie est faite de petits riens, et on voit bien que les adultes sont sereins, vivent simplement. Les enfants de l’île grandiront et deviendront des gens aux besoins simples, raisonnables. Mais on se demande surtout quelle sera leur adolescence. Quel avenir pour eux, à part reprendre le métier de leurs parents ? S’ils sont heureux pour l’instant dans cet archipel isolé, qu’en sera-t-il plus tard ? Grâce à Hiroshi, on va commencer à questionner cet état de fait. Il est déterminé à devenir cuisinier, et se prépare à arrêter ses études pour passer un concours. Mais pour cela, il faudra quitter son village natal, trop excentré de tout. L’île ne propose pas de travail innovant pour des jeunes comme lui, et il est condamné à faire ses bagages un jour ou l’autre, ce qui semble lui déchirer le cœur. A moindre échelle, on vient bien que le voyage jusqu’au collège et au lycée est important pour des jeunes gens de leur âge, qui doivent obligatoirement se déplacer puisque l’école sert à plusieurs villages et est placée dans un lieu plus fréquenté. On voit bien, alors, que les enfants de l’île ont un avenir limité ici, et que aussi heureux qu’ils soient il leur faudra peut-être quitter cet endroit plus tôt que prévu. La nouvelle génération a besoin de se renouveler, d’évoluer, de tracer sa voie et le cadre de vie reculé dépeint dans Barakamon ne le leur permet pas. Une belle vision des contraintes imposées par la vie rurales par rapport à l’urbanisation constante des zones géographiques.

Mais le plus beau, c’est de voir que dans leur errance, leurs incertitudes, leurs hésitations et leur amour du jeu, tous les enfants de l’île et même les adultes, apprécient énormément Seishû. La preuve, quand il rentre chez lui, tous les jeunes du village se réunissent pour lui téléphoner et lui dire de revenir. Ce héros, par sa nonchalance et sa légèreté, a réussi à marquer les habitants d’un village peu habitué au changement. Une bouffée d’air frais dans les deux sens !
  
  
 
 
 

Graphismes

 
 
On reconnaît le style de Square Enix dans le style du mangaka. Satsuki Yoshino maîtrise parfaitement son trait de dessin, qu’il adapte à son histoire. Seishû est un beau gosse séduisant, attirant et vraiment bien fait. Son apparence joue sur l’attrait au manga, évidemment, mais il fait partie du personnage et de son arrogance donc cela s’explique facilement. Un des principaux talents de l’auteur, c’est sa capacité à nous montrer les âges et leurs évolutions dans le manga. Les personnes âgées ont des rides, se tiennent penchées, et l’on voit dans leurs yeux le poids des années. Les enfants, à l’inverse, respirent la jeunesse et Naru a encore des airs de bébé de temps à autre. L’expressivité des protagonistes est impressionnante. On voit facilement chacune de leurs émotions sur leurs visages. L’étonnement, la peur, la joie et la surprise passent particulièrement bien dans les graphismes. Deuxième réussite, cette exagération de l’émotion et les dessins proches des SD par moments, qui nous amusent tout particulièrement. Tout est grossi dans les moments plein d’humour, réussissant le pari de nous immerger parfaitement dans les idées faites passer par l’auteur.

Bien sûr, le tout n’est pas exempt de défauts. Des problèmes de proportion subsistent et parfois il manque un peu d’authenticité dans le dessin, de réalisme. Le talent du mangaka s’affirme pourtant au fil des tomes, gommant les imperfections au fur et à mesure. L’ensemble, très communicatif et caricatural, nous fait tout oublier et l’énergie débordante qui se dégage des pages nous fait rêver. Les vues du village et des paysages de l’archipel sont assez peu nombreuses, mais réussies et pleines de charme. On sent que l’auteur se veut d’insister sur les passages dans lesquels le héros affirme sa calligraphie, donnant une certaine dimension supplémentaire aux caractères de la langue japonaise. L’édition de Ki-oon est, comme à son habitude, impeccable. L’impression est de qualité, la traduction est vivante et naturelle malgré le décalage des cultures. On ressent bien le langage propre à chaque personnage, qu’il soit sobre, à la page, plus âgé ou trop jeune pour connaître beaucoup de vocabulaire. Une réussite !
  
  

© Satsuki Yoshino / SQUARE ENIX CO., LTD.

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