Barakamon - Actualité manga
Dossier manga - Barakamon

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Publié le Jeudi, 27 Febuary 2014


Un métier ancestral

 
 
Comme première partie, je vais me permettre de parler ce qui pourrait être vu que comme un aspect secondaire de la série. La calligraphie. Car oui, c’est bien l’idée du départ : Seishû est calligraphe, et avec talent en plus de cela. C’est finalement le fil rouge du récit, puisque c’est suite à son comportement dans une exposition où il était particulièrement fier de son travail que le jeune homme va se retrouver expédié sur une île du fin fond du Japon. Son travail l’a donc amené là, et c’est pour son travail qu’il s’y rend. Persuadé que l’étude dans un lieu calme, dénué d’agressions extérieures et d’agitation pourrait stimuler sa créativité, Seishû a ramené tout son matériel et compte bien revenir aux fondamentaux de son art. Retrouver l’essence de l’inspiration, de la stimulation de son immense talent. La réflexion de Seîshu sur l'art, et sur la manière dont il doit trouver sa voie et son propre style forme finalement un fond bien plus profond qu'il n'y parait. Au fil des tomes, on peut suivre son évolution à travers ses tentatives pour enfin obtenir une calligraphie qui lui ressemble et le raconte, malgré la peur de l'échec ou d'être incompris. Il se cache d’ailleurs derrière son mauvais caractère pour masquer cette terreur ultime que personne ne comprenne son travail. Sur l’île, on le considère d’ailleurs ironiquement comme un « maître » puisque tout le monde l’appelle ainsi. Les habitants n’ont pas l’habitude de voir ce genre d’artiste, et il est le centre des attentions. Son travail n’est pas forcément plébiscité, et si souvent l’on voit des adultes dire aux enfants qu’il faut laisser le maître travailler, ils n’y comprennent pas grand-chose à la Calligraphie. Seishû est donc presqu’anonyme dans ce décor, respecté par son titre et sa popularité en ville mais pas vraiment pour son œuvre. Toutefois, au fur et à mesure, ils vont faire appel à lui pour le valoriser. Peindre le nom d’un bateau, volonté de gagner un concours d’écriture à l’école, repeindre une enseigne… Ils utilisent son art très noble à des fins très pragmatiques. Si cela perturbe un peu notre héros, il va alors comprendre de manière évidente que son art et son talent ne sont pas seulement dévoués à de grandes œuvres pompeuses et incomprises. Et qu’il peut s’entraîner d’un rien, puiser de l’inspiration du quotidien et s’améliorer avec n’importe quel challenge.

A partir de ce moment-là, Seishû va progresser et essayer de trouver un nouveau sujet d’étude pour un concours dans ce cadre naturel et dénué de lourdeur et de complications. Il compte bien se débarrasser de son style trop académique et tranché, défini par ses études et les réussites d’autres calligraphes de talent. La vie au village va l’aider à se libérer de son conformisme afin de chercher à tâtons un style plus personnel et intime. Se perdre un soir dans la forêt, être confronté à l’immensité de la voie lactée, admirer les étoiles alors que la peur se fait sentir… Autant d’émotions fortes qui vont le conduire à changer du tout au tout et présenter au prochain concours une toile bien plus originale et libérée. On s’amuse de voir que la calligraphie garde toute de même une place déterminante et principale dans sa vie, que ce soit dans le moindre de ses gestes ou dans sa philosophie d’aborder les choses.
 
 
 
 
 
A noter que l’auteur, grâce à ce manga, touche son public de différentes manières. Si au Japon, ce métier et cet art évoquent quelque chose aux japonais, en Europe on y est beaucoup plus hermétique au premier abord. C’est quelque chose que l’on ne connaît pas. Notre écriture, notre alphabet est fait pour être utile et non élégant, aussi la calligraphie nous est-elle assez obscure. C’est quelque chose qui ne fait pas partie de notre culture, et c’est donc une fenêtre sur un autre monde que l’on apprécie de pouvoir avoir. Même si l’on n’éprouve pas d’intérêt particulier pour le sujet, on se surprend aisément à aimer les explications du maître, à s’arrêter sur ses toiles pour en comprendre le ressenti et les différences entre ses œuvres. Ses recherches pour la création de nouvelles toiles nous offrent de plus de très beaux moments, remplis d’une émotion dosée et discrète qui allège un peu le côté humoristique du récit. Bref, cet aspect-là de l’histoire équilibre le ton donné au manga avec une dose de curiosité pour cet art de l’écriture que l’on ne connaît que très mal.

Là où on pouvait penser qu’un tel art fait un métier ancien et coupe totalement Seishû du monde réel et de la joie des relations avec des personnes de son âge, l’auteur nous prouve le contraire. Là encore, la calligraphie va au contraire lui permettre de rencontrer des gens. On le voit bien quand deux personnages décident de débarquer de la ville, atteignant difficilement la petite île sur laquelle le maître s’est isolé. Kawafuji est un excellent ami de Seishû et il débarque accompagné d’un jeune homme, calligraphe également. C’est lui qui a doublé notre héros lors d’un concours organisé dans leur discipline. Cette arrivée impromptue va redynamiser le récit, et lance surtout une compétition et un nouveau but pour Seishû. Il a un adversaire, et pas des moindres. Malgré son jeune âge, cet opposant est sérieux et malgré l’admiration qu’il lui voue, Seishû n’arrive pas à accepter cette rivalité. Kawafuji sait pertinemment qu’en les présentant, il va pousser son ami dans ses retranchements et l’obliger à se dépasser pour reprendre sa place de numéro un. Surtout que Kanzaki, le nouveau venu, est proprement insupportable. Sans doute la marque de fabrique des génies ? En tous les cas, le caractère excentrique et horripilant d’un jeune homme obnubilé par la calligraphie va rappeler à Seishû son propre comportement. Ce pur fruit de la ville, mal dégourdi à la pêche, doté d'une peur panique des insectes, bien dans son confort, crée un miroir avec celui qu’il admire tant. L’aspect ancien de cette pratique permet donc de nous prouver que les jeunes s’y intéressent également, et que cela n’enferme pas pour autant Seishû, qui va trouver en Kanzaki un nouvel ami bien involontaire. A travers ce manga, c’est donc un beau témoignage qui est fait, au fil de la lecture, sur la magnificence de la calligraphie.
  
  

© Satsuki Yoshino / SQUARE ENIX CO., LTD.

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