Arrietty - Le petit monde des chapardeurs - Actualité manga
Dossier manga - Arrietty - Le petit monde des chapardeurs

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Sommaire

Publié le Vendredi, 15 Febuary 2013


Une morale discutable

    
Attardons-nous un instant sur les origines du scénario, sur les concepts que Miyazaki impose d’office à ce film qui s’y prête merveilleusement bien, à ces principes si chers à son cœur ... et au nôtre. L’ode à la Nature est ici évidente, avec ces petits êtres qui vivent grâce à une feuille de laurier, de la farine de biscuit, composent avec les aléas de la météo, se retrouvent dans un monde haut en couleur -et en taille- ou la simple verdure d’un brin d’herbe peut atteindre des sommets ! L’écologie y est intimement liée, notamment lors d’une scène où Arrietty et Sho discutent dans le jardin, lorsque celle-ci lui explique à quel tragique destin sont liées leurs existences de chapardeurs et à quelles contraintes leurs vies sont étroitement attachées. C’est aussi « l’écologie actuelle » que Miyazaki illustre. Il le dit lui-même, « nous sommes dans une très mauvaise situation économique et l’idée d’emprunter plutôt que d’acheter illustre parfaitement la direction générale que prennent les choses », en posant un regard alerte sur le monde environnant tout en situant alors la vie de ses héros d’un film autour de cette notion, bien plus réelle et actuelle que cela ne le laisse supposer. Comme dans tous ces films, il ne faudra pas oublier d’aller chercher plus loin ce qui semble évident, et c’est aussi pour cela qu’il a gardé un œil vigilant sur le projet, en signe le scénario pour nous offrir un condensé de tous les thèmes qui traversent ses films, à différents degré, depuis le début de sa longue carrière. 
    
On retrouvera alors l’espiègle héroïne féminine, ce qui a une grande importance à ses yeux, d’autant plus lorsque celui qui lui donne de la valeur et du relief est un garçon de son âge, quelques soient leurs tailles respectives, offrant une amitié construite avec affection et douceur. De plus, le quotidien qu’on pourrait croire anodin d’Arrietty est une véritable aventure, chaque détail représente un obstacle qu’elle franchit avec courage et optimisme, qualités qu’il qualifie de propres à l’enfance, car d’avantage exprimée lorsque l’on peut encore se permettre de tout essayer. Mais si Arrietty possède ses qualités, elle n’en est pas moins une adolescente. Du haut de ses 14 ans, elle est plutôt vieille pour une héroïne de Miyazaki, et passe ainsi par les cases nécessaires à l’adolescence. Notamment, l’idée de mentir ou de se rebeller (gentiment quand même) contre l’autorité de ses parents. Le manque de notion du danger. Arrietty est parfois un peu caractérielle et prompte à réagir, à défendre ses idéaux, ce qui est une caractéristique évidente d’une jeune fille de son âge. Ajoutons à cela une dose de poésie, de tolérance envers l’autre, le rapport au différent, le respect et le dépassement de soi et on obtient la liste quasi-complète des concepts de la « patte Ghibli ». D’autant que les personnages se ressemblent souvent d’un film à l’autre, volonté clairement exprimée depuis de nombreux longs-métrages. Enfin, une de ses grandes morales ressort avec une grande clarté dans cette réalisation : la nature prédatrice de l’homme et son danger, non seulement pour la Nature ou les traditions mais également pour ce qui se rapproche le plus de lui-même, à savoir ici les chapardeurs. Haru tient d’ailleurs ce rôle à merveille. Un peu trop, sans doute, mais on en reparlera par la suite. 
   
Mais le film n’est pas sans défaut, bien malheureusement, et l’on relèvera quelques maladresses, certaines plus grosses que d’autres. Les raccourcis narratifs, entre autre, comme la maladie de Sho qui est assez facile pour le prendre en pitié durant le film. Surtout que sa fin est un peu brutale vu qu’on ne sait même pas s’il s’en sort ou non. Bon, la voix-off qui apparait juste au début du film nous fait croire que oui mais il manque un peu de travail sur cette maladie grave qui le place directement au rang de victime. Facile aussi, l’avancée dans le film, alors que notre héros débusque non sans mal la porte d’entrée vers le monde des chapardeurs en posant son morceau de sucre et sa lettre pile au bon endroit, lui qui était supposé n’avoir pas vu Arrietty s’enfuir. On pense aussi au personnage d’Haru, bien trop manichéenne et étonnamment peu contrastée, avec son statut de « méchante » profiteuse, alors que ce genre de figures sont d’ordinaire toujours traitées avec soin chez Miyazaki. On ne comprend pas pourquoi elle est aussi stricte et d’où elle tire sa haine des chapardeurs au point de vouloir les exterminer. On aurait pensé qu’elle serait plus nuancée, n’aimant pas ces êtres mais pour une bonne raison, ou alors pouvant faire preuve de compassion. Là, elle est juste horriblement cruelle, absolument sans pitié. Et c’en est limite choquant pour un jeune public qui ne trouvera, comme nous, aucune justification de sa méchanceté. Un personnage important mais un peu raté dans sa nuance, tant on est déçu du résultat, de sa hargne et de sa capacité à faire fuir la famille d’Arrietty. Sans discussion possible. 
  
   
   
    
Mais c’est avant tout la fin qui décevra. Et, sans vous la dévoiler, on émettra simplement son aspect fataliste et sans appel. On a l’habitude de d’avantage de magie et de fin heureuse, et là c’est d’avantage un ton un peu mélancolique qui s’échappe du film et nous rattrape une fois sorti, nous laissant sur notre faim, notamment à cause du ton léger de la narration qui passe, passe, sans qu’il ne se passe rien de véritablement notable. Jusqu’à la fin. Abrupte, comme si l’on avait eu accès qu’à un infime fragment d’un mystère plus complexe, d’une entité plus fournie et développée. Tout le long, on nous serine la morale du « c’est ainsi, rien ne pourra changer ce fait », alors que l’on est justement habitués à voir la situation se retourner sur elle-même. On attendait le happy end dégoulinant de prévoyance, au lieu de cela on nous propose la fin visible à des kilomètres que l’on ne cesse de nous rabâcher, sans surprise ni magie dans le dénouement. D’autant plus que, sans même parler de l’avenir de Sho, celui d’Arrietty n’est pas vraiment enviable. Les plus optimistes diront qu’elle part à la recherche d’autres chapardeurs comme elle, pour créer une communauté plus grande ou personne ne se sentirait seul. Mais ce n’est que pure spéculation, puisqu’au final elle doit tout abandonner. Sa maison, son ami, ses repères, leurs affaires, tout. Elle laisse derrière elle l’endroit où elle a grandi, disant au revoir à une chambre tant aimée, pour repartir de zéro. Et c’est terriblement pessimiste, au final. Ce petit peuple est condamné à ne pas s’attacher aux gens ou aux choses, sous peine de devoir s’en séparer rapidement. Une telle conclusion nous semble alors bien noire et triste. 
     
Enfin, le film se rapproche à la fois beaucoup des anciens Ghibli, jusque dans les scènes, mais parfois pas du tout. A ceux qui gardent Chihiro ou Mononoke dans leurs cœurs comme princesses du studio, indétrônables au côté de Nausicaa, ils auront raison. Non, Arrietty n’est pas aussi guerrière, engagée, touchée par son destin. Elle n’a pas cette rage de vaincre, de vivre malgré tout même si elle est plus courageuse que la moyenne. On pourra répondre que dans Mon voisin Totoro, il n’y a pas non plus de quête extraordinaire et que tout se joue sur le quotidien de deux petites filles. Ici, on est entre les deux. Parce que dans Totoro il n’y a vraiment aucune histoire, aucun enjeu autre que le bonheur des deux petites. Dans Arrietty on trouve un plus fort fil conducteur. Et surtout, surtout, il manque de la magie. Dans tous les Ghibli la magie est au centre du scénario, surtout pour un film du genre de Totoro qui est totalement immergé dans le tranche de vie. Dans Arrietty, à part l’existence des chapardeurs qui est un peu fantastique, rien. Même dans Ponyo, qui part aussi d’un conte à l’origine, il y a la touche magique avec les vagues personnifiées ou la déesse de la mer, par exemple. Ni magie, ni épopée. Là, seule l’existence d’Arrietty est un conte mais tout est très terre à terre. En cela, le film se rapproche plus de l’influence Takahata que Miyazaki, malgré les nombreuses références au maître. 
   
     
       
   
Hormis la phase de découverte dans la peau d'Arrietty, le film ne surprend pas vraiment. Mais pour autant, il n'y a pas véritablement de creux, ni de lourdeurs, et donc on ne s'ennuie pas une seule seconde. L'histoire se déroule sous nos yeux sans que nous nous en rendions vraiment compte, finalement. L'univers est prenant, les personnages attachants, et bien qu'il n'y ait rien de transcendant on se retrouve étonné à la fin du film de voir que tout est passé si vite, se disant qu'on pourrait le revoir une deuxième, troisième fois avec plaisir. 
   
   

© 2010 GNDHDDTW

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