Arrietty - Le petit monde des chapardeurs - Actualité manga
Dossier manga - Arrietty - Le petit monde des chapardeurs

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Publié le Vendredi, 15 Febuary 2013


On a toujours besoin d’un plus petit que soi

    
En 1952, Mary Norton publie The Borrowers, connu en France comme Les chapardeurs dès 1974. Cette série met en scène des êtres de petites tailles qui volent ce dont ils ont besoin pour vivre dans la maison des humains chez qui ils habitent clandestinement. L’inspiration est alors évidente avec Arrietty, et le film met en relief deux mondes qui devraient s’ignorer, se croiser sans jamais se découvrir. En effet, les chapardeurs agissent de nuit, quand les humains sont couchés, pour dérober un mouchoir, du sucre, des herbes ou une épingle. Ils agissent aussi dans le jardin pour les baies et autres réserves de nourriture, mais sont plus habitués des fondations de la maison que du grand air. Ils vivent dans une maison faite de leur main, avec de la récupération le plus souvent. Et les humains vivent au-dessus d’eux sans le savoir, ils risquent à tout moment de les découvrir mais la plupart ne font pas suffisamment attention à ce qui les entoure pour espérer voir les chapardeurs. C’est donc grâce aux humains que les chapardeurs survivent, mais à cause d’eux qu’ils doivent sans cesse être prudents. La nature recèle déjà bien assez de dangers (corbeau, trou, pluie …) pour venir en plus s’attirer l’animosité des humains. Ces deux peuples ne peuvent pas vivre ensemble, et ça Arrietty a du mal à le comprendre, surtout après sa rencontre avec Sho. Les chapardeurs sont donc des parasites, vivant aux dépends des humains, et si ces derniers l’apprenaient ils les traiteraient comme tel. Même si ce sont d’infimes petites choses, la chaparde peut faire dérober d’importants détails aux petits êtres tels qu’Arrietty. Le secret et la iscrétion sont donc obligatoires. D’ailleurs, si un humain l’apprenait, toute la famille devrait déménager, telle est la règle des chapardeurs. En abandonnant tout derrière eux.
    
Mais nos deux héros voient les choses différemment. Peu à peu, chacun devient indispensable à l’autre. Arrietty, avec son courage, sa force de vie et sa capacité à tout accomplir, va redonner de l’espoir à Sho. Ce jeune homme qui est confronté à une mort possible à chaque instant va reprendre goût à la vie et aux petites choses primordiales qui font qu’il se doit de sourire. Triste, solitaire et précautionneux par rapport à sa santé avant de rencontrer Arrietty, Sho va s’ouvrir, et même s’il ne le fait pas aux autres faute d’autre personnage secondaire, on sent qu’il est sur la bonne voie. De son côté, il apporte à Arrietty la possibilité de vivre son adolescence. De par sa gentillesse et ses bonnes intentions, il remet en cause les fondements de son éducation, ce à quoi elle a toujours cru. La jeune fille découvre que tous les humains ne sont pas dangereux et méchants. Elle vit en compagnie de Sho l’aventure de sa vie, et surtout se fait un ami de son âge, même s’ils appartiennent à deux mondes différents. Bref, elle grandit, prend ses responsabilités, fait des choix. Un passage qu’elle n’aurait peut-être pas pu emprunter sans l’aide d’une personne de son âge qui l’aide à confronter ses à priori à la réalité. Et grâce à cet équilibre, cette balance de services rendus, une amitié de toute beauté nait entre les deux jeunes gens. Sans sous entendus, avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, la relation entre Sho et Arrietty ne souffre d’aucune mièvrerie. Il leur fallait quelqu’un à qui parler, à qui confronter leurs peurs, et c’est maintenant chose faite. Par des chemins parfois inattendus, des disputes, des bons moments, les choses progressent jusqu’à former un joli tableau. 
   
    
     
   
Mais l’intérêt des chapardeurs, au-delà même de ce qu’ils représentent, c’est ce qu’ils sont. Le monde créé à leur image, démesuré en tous points, est particulièrement intéressant et pertinent, même si l’on met pour l’instant de côté la réalisation purement graphique et visuelle. On s’imprègne véritablement de leur univers, ce qui est pour eux la réalité et le quotidien alors que leur monde tiendrait dans une boite à chaussures. C’est dans ce décalage d’échelle que l’on comprendra leur combat, leurs peurs et les risques qu’ils encourent à chaque instant. On se passionnera pour les excursions d’Arrietty, qui nous fait vivre l’extérieur selon son ressenti, où tout est grand, où l’omniprésence du gigantisme n’est pas un mythe passager mais bien l’écrasante réalité. Pour le spectateur, tout devient alors gigantesque et extrêmement bruyant, les sons s’imposent brusquement à nos oreilles sans que l’on puisse relativiser ce bruit, pourtant familier, qu’est le ronronnement du frigo. Intéressant de voir que chaque détail est pensé, notamment la représentation physique de l’eau, qui ne peut couler en un débit important dans un monde où une goutte seulement peut franchir le goulot d’une minuscule théière, et où se servir de thé revient à faire tomber deux grosses molécules d’eau dans une tasse. Une crédibilité sans faille, avec une épingle en guise d’épée, la difficulté de transporter un morceau de sucre prenant toute la place dans un sac, les décors faits de cartes postales et les feuilles de laurier plus imposante que le récipient qui la maintient dressée en plein milieu de la cuisine. Tout cela nous offre une vue vertigineuse et nouvelle sur l’univers dans lequel on évolue si facilement, rendant la première expédition d’Arietty dans la cuisine humaine la meilleure scène de tout le film, indéniablement. Il y a donc là un réel talent de la part du réalisateur, et c’est dans cette représentation que tout se joue. Toutefois, il y a une pointe de mythe puisque Sho devrait avoir une voix très grave pour Arrietty, et celle-ci couinerait à la manière d’une souris. 
     
    
    
     
Cette différence de taille permet également une rencontre tout en poésie. Car Arrietty se cache, derrière un mouchoir ou derrière une feuille de vigne. Elle refuse de se laisser apercevoir, puisque pour elle cela signifierait plus l’exil que de parler à un humain. Les choses sont donc détournées, il y a souvent un obstacle entre eux avant que Sho ne puisse enfin la regarder dans les yeux. 
   
    

© 2010 GNDHDDTW

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