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Amis gastronomes, bonjour ! Cette semaine, nous vous invitons à découvrir une des séries les plus populaires dans le genre culinaire, déjà savouré par de nombreux lecteurs francophones : le célèbre manga de Takashi Hashiguchi, Yakitate Ja-pan !! Le dernier volume venant de sortir du four, il était temps de faire le point sur ce plat succulent, bien qu’un peu desséché sur la fin, mais qui a quand même su marquer les esprits et ouvrir le genre. Enfilez vos tabliers, retroussez vos manches, et à vos fourneaux : sa recette légendaire s’offre enfin à vous !

L’histoire:
« Le monde entier connaît le pain anglais, le pain allemand ou le pain français. Mais il n’existe pas de pain typiquement japonais ! Alors, j’ai décidé de révolutionner tout ça ! »
C’est par ses mots que peuvent se résumer les rêves de Kazuma Azuma. Alors âgé de six ans, il découvre le goût du bon pain et en tombe immédiatement amoureux. De plus, le jeune garçon possède un don très rare, des mains solaires, naturellement chaudes, qui permettent de faire lever la pâte plus rapidement et de façonner des créations toujours plus savoureuses. Azuma décide donc de trouver sa propre voie créatrice et invente les Ja-pan, jeu de mot entre Japon (en anglais) et de Pain (en japonais). Dix ans plus tard, et après 55 recettes différentes, voilà que le jeune homme débarque à Tokyo pour se faire engager par Pantasia, chaîne de boulangerie la plus importante du Japon. Mais les ennuis commencent lorsqu’il se rend compte que son prétendu premier jour d’embauche est en réalité un concours pour déterminer le nouvel employé… Azuma arrivera-t-il à se démarquer et à révolutionner le monde de la boulangerie ?
Yakitate Ja-Pan !! nous emmènera ainsi à la découverte de l’art du pain en général, des différentes variantes, de toutes les créations boulangères possibles et imaginables (voire au-delà) défilant au gré des duels culinaires et des tournois de grande envergure. A travers une galerie de personnages tout aussi loufoques les uns que les autres, et virant à la parodie de récit héroïque sur un thème qui l’est beaucoup moins, la série mise sur le décalage de tous les instants, sans oublier pour autant une notion didactique assez intéressante. Laissez vos papilles se faire emporter par cette recette délicieuse, à consommer sans modération… ou presque !


Fiche signalétique:
Yakitate Ja-Pan !! (焼きたて !!ジャぱん), que l’on pourrait traduire par « Et un Ja-pan tout chaud qui sort du four !! » est le manga le plus célèbre de Takashi Hashiguchi, pour lequel il recevra le Shogakukan Manga Award du meilleur shonen en 2004. Sa publication hebdomadaire s’est effectuée dans le Shonen Sunday, célèbre magazine de la Shogakukan existant depuis 1959 et ayant accueilli des séries d’auteurs prestigieux, d’Osamu Tezuka à Rumiko Takahashi en passant par Mitsuru Adachi. On retrouve ensuite le manga en volume reliés à partir de mars 2002, et la série s’achèvera 5 années plus tard en avril 2007 après 26 tomes d’aventures gastronomiques toujours plus délirantes. Fort de son succès, la série connaîtra également une adaptation en une série animée de 69 épisodes, diffusée d’octobre 2004 à mars 2006. Réalisée par le fameux Studio Sunrise, à qui l’on doit des chefs-d’œuvre comme Cowboy Bebop ou Escaflowne, cette version sait rester très fidèle à l’originale, que ce soit au point de vue de l’histoire comme pour son esprit déjanté !
La parution française de ce manga nous est offerte par Akata/Delcourt, dans sa collection Take. Un éditeur dont les choix en matière de shonen ont toujours suscité la curiosité pour leur originalité et leur diversité, la série côtoyant notamment Beck ou encore Baki. La parution bimestrielle, initiée en novembre 2005, s’achève à présent en janvier 2010. La série animée, quant à elle, est parue chez IDP Home Vidéo sous la forme de deux coffrets VOST de 23 épisodes chacun. Malheureusement, la suite et fin se fait encore cruellement désirer... Gageons qu’un jour ce manque sera corrigé !


L’auteur:

Takashi Hashiguchi (橋口 たかし) est né le 6 juin 1967 à Tokyo. Sa carrière de mangaka professionnel démarre en 1988 avec la publication de sa première série, Combat Teacher, après avoir été le lauréat l’année précédente du prix Tetsuya Chiba du Weekly Young Magazine (Kodansha) décerné aux jeunes auteurs. Il travailla un temps en duo sous le pseudonyme commun « Takeshi Takashi ». Ses deux œuvres les plus reconnues sont Chousoku Spinner (ou Super Yo-yo, inédit en France) qu’il débute en 1997 et, bien évidemment, Yakitate Ja-Pan !! pour lequel il connait un succès international.
A ses heures perdues, Takashi Hashiguchi est également un grand passionné de théâtre et tentera même une brève carrière en délaissant les planches à dessins pour des planches autrement plus grandes. Il s’avère être également un amateur de sports en tous genres, et plus généralement, aura à cœur d’exploiter tous ses rêves d’enfants. Ainsi, aux séries parlant de yo-yo ou de baseball se mêlent des histoires plus originales comme sur la boulangerie ou la coiffure. Hashiguchi s’autorise tous les thèmes. Sa dernière série en date, Saijo no Meii (le meilleur chirurgien), s’intéresse au monde médical. Débutée en 2008, et toujours en cours, cette série raconte les aventure d’un adolescent avec un don pour la chirurgie… après les mains solaires, voilà les mains de Dieu ?
Œuvres principales
Chousoku Spinner, 1998, 7 volumes:
Shunichi Domoto est un élève de cinquième année doué dans tous les sports, jusqu’au jour où Seito Hojoin lui inflige une défaite sur un simple match de yo-yo ! Dès lors Shunichi vit dans l’espoir d’une revanche, en s’inscrivant directement dans un championnat international…
Wind Mill, 1998, 11 volumes
Hirosawa Taki est une lycéenne qui passe son temps à jouer au bowling. Elle découvre par hasard le soft-ball alors que l’équipe de son lycée recherche un nouveau membre. C’est ainsi qu’une nouvelle passion nait pour la jeune fille…
Scissors, 2000, 3 volumes
Katsuto Kariya veut devenir le meilleur coiffeur du Japon. Afin de trouver du travail, il se rend à Harajuku où il rencontrera un des coiffeurs des plus charismatiques…
Saijō no Meii (The Best Skilled Surgeon), 2008, 8 tomes, en cours de publication
Saijou Mikoto est né avec une maladie du cœur. Au cours de son adolescence, il sera miraculeusement soigné par un chirurgien aux compétences exceptionnelles. Afin de prouver sa gratitude envers ce pédiatre et envers la vie, Saijou décide de suivre ses traces pour devenir le plus grand chirurgien que le monde ait jamais connu…
Ingrédients:
Tout bon pain nécessitant forcément les meilleurs ingrédients possibles, la série Yakitate Ja-Pan ne serait évidemment rien sans des personnages hauts en couleurs ! Takashi Hashiguchi utilise ici les codes du shonen nekketsu avec des caractères certes très stéréotypés, mais poussés tellement à l’extrême et d’une telle débilité qu’ils en deviennent incontournables et attachants, chacun apportant une saveur particulière…
Kazuma Azuma

« Je rêve de créer un pain que les Japonais trouveront meilleur que le riz ! Un Ja-pan !! »
Le jeune Kazuma découvre le pain, le vrai, à l’âge de six ans, lorsqu’Inaho, sa sœur, l’emmène dans une boulangerie aux allures magiques. Tombant alors immédiatement amoureux de ce gout unique, il regrette néanmoins le manque de popularité de ce plat au Japon. Dès lors, il mettra tout en œuvre pour le populariser, à commencer par en faire déguster par son grand-père. Voilà qui n’est pas une mince affaire lorsqu’on sait que le garçon est issu d’une famille de riziculteurs aux valeurs plus que traditionnelles ! Mais rien n’est insurmontable pour le jeune garçon, qui finira par faire déguster du pain à sa famille à chaque petit déjeuner. Mais les ambitions du jeune homme ne s’arrêtent pas là. Le voilà décidé à créer un pain représentatif du Japon, à l’instar de notre baguette française. C’est ainsi que nait le Ja-Pan ! 10 ans et 55 prototypes plus tard, le voilà bien décidé à intégrer Pantasia et à conquérir l’univers boulanger !
Kazuma est le héros par excellence, rappelant par son caractère des personnages comme Sangoku, Daï (Fly), Gon ou Luffy. Le destin lui a offert le don des mains solaires, soit une prédisposition naturelle pour le façonnage des pains ainsi qu’un talent inné. Mais son esprit créatif n’a pas de limite, et si la préparation de certaines recettes laisse son entourage perplexe, le résultat ne déçoit jamais ! Pourtant, qui pourrait penser qu’un génie se cache sous des airs aussi naïfs, alors qu’il ne semble rien connaître du monde boulanger que sa propre expérience ? En effet, en véritable autodidacte, Kazuma a toujours suivi son propre instinct pour façonner des recettes originales et ignorera tout du reste, jusqu’au nom d’un simple croissant. Pourtant, c’est cette attitude qui le poussera à toujours dépasser les limites du réalisable et du logique, en allant sur des chemins que personne n’aura emprunté jusque là.
Ne vivant que pour l’amour du bon pain, et loin des préoccupations économiques qui l’entourent, ce héros a une volonté de fer qui ne faillit que très rarement, lorsqu’il ouvre les yeux sur le monde qui l’entoure. Fort heureusement, son caractère droit et inflexible sait également lui apporter de nombreux amis sur lesquels il pourra toujours compter. Ingénu, benêt, mais toujours honnête, il sait également s’attirer la sympathie du lectorat, même si son côté parfait et souvent imperturbable pourra en agacer certains.
Kyôsuke Kawachi

« Mais tu sais, moi aussi je suis un clown… »
Nous rencontrons Kyosuke Kawachi pour la première fois lors du concours d’entrée de Pantasia. De prime abord, Kawachi s’apparente comme l’antithèse même d’Azuma : le jeune homme ne possède pas de talents particuliers, mais une grande culture générale sur l’art de la boulangerie qui fait défaut à notre héros. De plus, Kawachi est beaucoup plus humain, réaliste et connaît les réalités des difficultés du travail. Aussi, dans un premier temps, il nous est présente comme un méchant rival, capable de certains coups bas ou de profiter du talent des autres. Néanmoins, la naïveté et la candeur d’Azuma finiront par toucher son âme et à le ramener à ce à quoi il tient vraiment. En effet, Kawachi n’est pas méchant par gaieté de cœur, et son sens des réalités provient d’un passé pas toujours rose suite au décès de son père dans un incendie. Ce grand frère a dû apprendre à se débrouiller très tôt pour nourrir ses cadets et a été vite confronté au la réalité de la vie.
Finalement bien plus idéaliste que l’on pourrait le croire au premier abord, Kawachi devient rapidement à la fois le faire-valoir d’Azuma mais également un rival et ami indispensable. Les deux jeunes gens resteront inséparables au cours des 26 tomes de la série. Pourtant, il n’y a pas un mais deux Kawachi. Le premier est l’adversaire fidèle. N’ayant pas les mêmes compétences qu’Azuma, Kawachi aura fort affaire pour se surpasser et redoubler d’ingéniosité pour être à la hauteur de son condisciple. Etonnamment brillant dans les performances individuelles, il aura en revanche beaucoup plus de mal à se démarquer dans les compétitions par équipe. En effet, c’est là qu’apparaît le second Kawachi : le boulet, le personnage juste comique, le « Monsieur Quoi » qui s’inquiète de chaque situation et qui ne comprend jamais rien aux recettes du génie. Malheureusement, ce personnage si bien parti aura tendance à s’enfermer dans ce rôle-là, devenant un simple spectateur, uniquement là pour amuser la galerie ou devenir la victime bien malgré lui des réactions toujours plus saugrenues dues aux dégustations, au point d’en devenir pathétique et inutile. Pourtant, il arrive parfois que l’auteur lui rende une petite gloire salvatrice, même si s’estompant très vite.
Tsukino Asuzagawa

« J’aime observer de près… les bons artisans ! »
La première rencontre avec Tsukino ne laisse pas indifférente. La jeune et belle demoiselle, sous ses airs faussement cruche, possède une part de mystère qui la rend totalement envoutante. En réalité, il s’agit d’une des petites-filles de Sadano Azusagawa, le propriétaire de la chaîne Pantasia, et la dirigeante de la succursale de Tokyo Sud. Très enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux talents, elle n’hésitera pas à engager Azuma et Kawachi après le premier concours. Néanmoins, la jeune demoiselle cache beaucoup de secrets, au delà de sa double vie de lycéenne. En effet, l’héritage familial est assez lourd pour Tsukino, surtout lorsqu’on apprend qu’elle n’est pas une fille légitime et que ses deux demi-sœurs feront tout pour l’humilier ou s’en débarrasser ! Au final, après avoir été une main salvatrice pour nos deux héros, Tsukino deviendra l’objet d’une protection tacite, et finira par reprendre confiance en elle sous l’effet de ce soutien inébranlable.
Personnage principal féminin, Tsukino a donc les qualités et les défauts du genre, et si ses talents de boulangère ne sont plus à démontrer, son statut lui empêche de briller dans les compétitions. De ce fait, elle finira par se fondre dans le rang des supporters ou de la princesse à sauver. Elle n’en reste pas moins l’atout charme du manga et son caractère d’origine ressort dans certaines scènes fortes. Mais tout comme Kawachi, ce personnage méritait un meilleur traitement, surtout dans la dernière ligne droite.
Ken Matsushiro

« J’ai décidé de devenir boulanger car… une baguette m’a sauvé la vie ! »
Plus souvent appelé manager, Ken est le mentor des jeunes talents que sont Azuma et Kawachi. Agé de 31 ans, ce boulanger d’exception est considéré comme le meilleur artisan en pain français de tout le Japon. De par sa longue expérience, il possède une connaissance très vaste des aliments et des techniques de fabrication et sera souvent celui qui comprend les créations d’Azuma, avant de le retransmettre aux autres spectateurs et au lecteur lui-même. Il faut dire que malgré son air menaçant et sa musculature impressionnante, Ken reste quelqu’un de très original dans son apparence à coupe afro et lunettes noire, ainsi que dans ses méthodes d’enseignement. Un maitre sévère mais toujours juste, qui arrivera toujours à prodiguer les bons conseils par des moyens détournés.
Il faut dire que Ken partage avec ses disciples un amour du pain sans bornes, et les initie à des caractéristiques allant au-delà du gout lui-même, comme le risque de réaction allergiques ou les propriétés énergétiques de certains aliments. Malgré son détachement apparent, Ken est une personnage-clef dans l’entreprise Pantasia, étant le rival et ami de Meister Kirisaki (le meilleur artisan de la chaine) et l’ancien maitre de Kuroyanagi. S’il est moins actif dans la suite de l’aventure, ses disciples volant de leurs propres ailes, le manager n’en reste pas moins très présent et constitue un pilier inflexible de la série, apportant son savoir sans bornes et sachant remonter les bretelles de ses élèves lorsque le besoin s’en fait encore sentir.
Ryô Kuroyanagi

« C’est un petit croissant pour l’homme, mais… c’est un grand pas pour la boulangerie !! »
En opposition avec la multitude de génies créateurs que l’on peut rencontrer dans l’univers de la boulangerie, il fallait bien un gouteur tout aussi exceptionnel ! Agé de 22 ans, ce qui lui vaut de se faire appeler « papy » par Azuma, Ryô Kuroyanagi est un jury du gout totalement impartial et impitoyable. S’occupant de la gestion du concours d’entrée, on découvre un arbitre froid, austère, parfois capricieux et totalitaire, n’hésitant pas à éliminer des candidats sous le simple prétexte qu’ils ont un problème de présentation physique. Capable d’analyser les constituants d’un pain sans même y gouter, il peut juger au moindre coup d’œil les défauts apparents et rejeter une création d’une manière semblant injuste. De ce fait, nos héros redoutent ses réactions, les anticipent, finissant par se dépasser toujours un peu plus pour ne laisser passer aucun détail.
Son parcours exemplaire lui offre une expérience à toute épreuve : sorti diplomé de Harvard à 19 ans dans le registre de la « chimie alimentaire appliquée », il a ensuite intégré Pantasia en devenant l’apprenti de Ken Matushiro, qui a été le premier à déceler ses talents de critique culinaire. Ryô est une pièce maitresse, indispensable de la série, que l’on aime à retrouver le plus souvent possible. Jury pour le concours d’entrée puis le tournoi des nouveaux employés, il sera également l’accompagnateur des jeunes recrues japonaises dans le tournoi international de Monaco, même s’il perd là sa qualité de juge. Néanmoins, la dernière ligne droite du Yakitate 25 lui permettra de revenir sur le devant de la scène, avec un show télévisé à la hauteur de sa folie et de son égo démesuré. Prétentieux, arrogant, impitoyable, Ryô ne vit que pour l’amour du pain, et bien souvent sa carapace glacée se brisera du fait de la dégustation de plats toujours plus merveilleux, l’entrainant dans des réactions toujours plus délirantes. Il exprime alors sa joie sans aucune retenue, capable de se retrouver scotché au plafond ou d’aller au paradis pour du pain, où à se transformer en tout et n’importe quoi pourvu qu’un jeu de mot odieux soit à la clef. Mais malgré toutes ces mutations hétéroclites, il est sans doute le personnage qui garde le plus sa ligne de conduite dans le manga. Déguster du pain, le savourer encore et toujours jusqu’à ne vivre plus que pour cela, et jusqu’à en mourir, parfois.
Kai Suwabara

« Déshonore ce lieu sacré avec un pain de moindre qualité… et il t’en coûtera la vie !! »
Kai est un apprenti du même âge qu’Azuma et Kawachi, même si son apparence pourrait laisser penser qu’il est plus âgé. Vivant selon des codes traditionnels et usant d’un langage parfois lyrique et soutenu, le jeune homme est un samouraï des temps modernes, délaissant l’art destructeur du sabre pour l’art créateur du pain. Considéré comme l’un des artisans les plus talentueux de sa génération, il découvre l’amertume de la défaite lors du concours d’entrée à Pantasia. Dès lors, Kai donne tout pour laver son honneur en souhaitant se venger de ses deux adversaires. S’il lui arrive d’être parfois trop sur de lui, il sait reconnaître les créateurs de talent lorsque leurs routes se croisent, en étant impitoyable avec le reste du monde qui, généralement, se défile sous la simple impulsion de son aura menaçante. Rival récurrent, il deviendra également un allié dans le tournoi international de Monaco, formant un duo comique plus qu’efficace avec Kawachi.
Kai ne vit que pour affronter des adversaires toujours plus forts, n’hésitant pas à remettre en cause certains principes et à aller chez l’ennemi. Azuma est un rival éternel, inespéré pour lui, l’amenant même à se remettre totalement en question. Mû par la détermination d’être le plus fort, il ne cherche pas non plus à écraser ses adversaires et conserve son sens de l’honneur. Tout comme Azuma, il finira par trouver sa propre voie en créant les Lu-pain, jeu de mot reprenant le nom du célèbre voleur. En effet, ses techniques consisteront à subtiliser les techniques les plus ancestrales pour les réinventer et les combiner. Malheureusement, ce rival incontournable disparaitra dans la dernière partie de la série, après un ultime combat qui ne sera malheureusement pas à la hauteur des espérances.
Shigeru Kanmuri

« Mes petites levures réclament beaucoup d’attention, sinon elles meurent… »
Issu de la succursale de Tokyo Centre, Shigeru Kanmuri est une des jeunes recrues les plus intéressantes de Pantasia. Tout comme Azuma, il possède des mains solaires, mais à cela s’ajoute une éminente culture scientifique. En effet, Kanmuri, tout comme son sempaï Kuroyanagi, est sorti diplômé d’Harvard à l’âge de 16 ans seulement ! Il ne faut pas se fier à son apparence angélique, limite androgyne : Kanmuri est un véritable génie, et pousse la recherche culinaire dans la fabrication de levures naturelles, dépassant les limites de la science, pour amener des sensations gustatives jusqu’alors méconnues. Néanmoins, afin d’obtenir des fonds conséquents pour ses expérimentations, il va être amené à dépendre de la tyrannique et démoniaque Yukino Asuzagawa. Mais Kanmuri est déterminé à faire avancer la science du pain, même si cela demande des alliances aussi insoutenables.
En rencontrant Azuma, sa vision changera du tout au tout. En effet, sa première défaite l’amènera à se rendre compte que parfois, il vaut mieux faire simple que compliqué. A trop multiplier les expériences, Kanmuri a quelque part perdu les valeurs boulangères, sans pour autant que l’on puisse contester l’étendue de son talent. Dès lors, il deviendra un allié de poids pour le héros, que ce soit indirectement lorsqu’il planifie lui-même à distance la stratégie à aborder lors de la coupe de Monaco, ou directement lorsqu’il retrouve l’équipe pour le Yakitate 25. Ses connaissances culinaires et sa science des ingrédients complètent alors parfaitement le génie créatif d’Azuma, et au final les deux personnages se ressemblent beaucoup dans leur volonté sans faille et leur enthousiasme imperturbable. Il est simplement dommage que son caractère ne se démarque pas suffisamment de son alter-égo et que son sérieux ne soit pas adapté dans un monde si loufoque. Cependant, Kanmuri devient rapidement indispensable au récit, en s’imposant comme la source de bons conseils, ou lorsqu’il faut réfléchir pour les autres.
Une pâte préparée avec beaucoup d’humour!
Découvertes culinaires
L’une des vocations premières de Yakitate Ja-Pan !! est de nous faire découvrir l’art du pain et de la boulangerie sous ses moindres aspects. Comme toute série centrée sur une thématique particulière (sport, loisirs, arts,…), le côté didactique se devait d’avoir une importance prépondérante dans le récit. C’est d’autant plus le cas ici, la thématique choisie n’étant pas très parlante pour le japonais moyen ! En effet, comme le sous-entend Azuma et son mentor d’un jour au début de l’histoire, le pain n’est pas un des mets les plus populaires au Japon, d’avantage ancré dans une tradition rizicultrice. Sa consommation s’est installée très lentement dans la seconde moitié du vingtième siècle. La grand-mère de Kazuma évoque d’ailleurs avec regret le fait que cette introduction a été faite suite à la victoire des Américains après la guerre. Néanmoins, les Japonais restent un peuple amateur de nouveauté, et ont souvent adapté des plats étrangers à leur propre sauce, comme les ramen de Chine ou encore le Castella, gâteau importé par les portugais au seizième siècle et qui est devenu une des spécialités de la ville de Nagasaki. Du côté du pain, quelques créations originales ont été crées sur l’archipel, comme le melon-pan (qui combine pâte à pain et à biscuit), l’an-pan (pain fourré aux haricots rouges) ou l’uguisu-pan (pain aux petits pois sucrés). Cependant, la progression reste encore bien mince, et on comprend alors la volonté du jeune Azuma à explorer ce terreau fertile.Dès lors, Takashi Hashiguchi a beaucoup à apprendre à un lectorat qui a faim de connaissances. La série parvient à rester didactique, telle une vraie encyclopédie sur le pain, tout en ne restant jamais statique sous l’influence de son héros. Les différents thèmes imposés au cours du récit (baguette, croissant, ingrédients spécifiques,…) offrent un tour d’horizon plus que vaste de l’art boulanger, allant du pain le plus simple aux créations plus complexes. Des extensions sont mêmes proposées lorsque le pain ne devient qu’un accompagnement. On découvrira par exemple la préparation de yakisobas (nouilles sautées), de confiture ou encore de façonnage de pizzas. Le récit ne s’attarde pas seulement sur la variété des pains mais également sur les diverses techniques de façonnage, de préparation, de cuisson, en allant des méthodes les plus traditionnelles aux idées les plus risquées, comme le principe important de la vaporisation. Mais une fois encore, les jeunes boulangers de Pantasia iront sans cesse bousculer les principes déjà posés. La première création d’Azuma, le célèbre Mont Fuji collé à la partie supérieure du four et cuisant progressivement, en est un parfait exemple d’introduction. Il faut noter également que les réactions disproportionnées sont à l’image de la culture japonaise et de son appréciation de la cuisine, toujours à l’affut d’innovations. De ce fait, les efforts fournis pour une seule création peuvent sembler disproportionnés, mais s’intègrent parfaitement dans le respect des valeurs alimentaires au Japon.
Mais la qualité des créations d’Azuma et ses des amis ne s’arrêtent pas seulement à leur puissance gustative. La culture alimentaire japonaise met toujours l’accent sur les saveurs naturelles des ingrédients. Leur sélection prend ainsi toujours une part considérable, notamment dans la dernière partie de l’œuvre qui met l’accent sur les produits régionaux où les concurrents sont autant notés sur les caractéristiques gustatives que sur l’incorporation de spécialités locales. Un sentiment de glorification de saveurs particulières, qui fait l’écho avec la volonté d’Azuma de créer un pain représentatif de son pays. Au-delà de cet aspect chauviniste, l’emploi des ingrédients est toujours décortiqué dans le moindre détail, selon les propriétés gustatives, mais également énergétique, sur la consistance, les risques allergiques,… chaque recette fait preuve d’une analyse importante afin d’en justifier les qualités et les défauts, au-delà du simple aspect délicieux. Ainsi, l’analyse didactique est plus que complète, poussée dans ses derniers retranchements, les recettes étant si détaillées qu’elles pourraient figurer dans des manuels de cuisines.
A ce propos, il est amusant de noter qu’outre les produits dérivés habituels, des viennoiseries estampillées « Yakitate Ja-Pan » existent bel et bien au Japon, comme le prouvent ces quelques images :
Une parodie du genre shonen
Bien évidemment, le simple aspect didactique ne suffirait pas à faire de la série ce qu’elle est, et elle tournerait bien vite à la monotonie si elle ne consistait qu’à une énumération de plats toujours plus délicieux. Yakitate Ja-Pan est avant tout porté par son humour décapant, qui tient essentiellement sur le décalage entre la légèreté du thème de la boulangerie et la détermination des personnages. Chaque duel culinaire donne l’impression que leur monde est prêt à s’écrouler s’ils ratent leur cuisson ! Les enjeux sérieux de la série, d’un héritage familial partagé à la survie face à un concurrent plus que redoutables, réussissent à donner de l’ampleur à un univers qui n’en demandait pas tant, pour le plus grand plaisir des lecteurs ! De ce fait, chaque création est un évènement, un renversement supplémentaire dans le monde de la boulangerie, poussant toujours plus loin son évolution ainsi que celle des personnages.C’est ainsi que l’on retrouve tout la codification des shonen nekketsu (littéralement, sang brulant), généralement réservée aux séries d’action et d’aventure. Après deux séries sur des thématiques sportives, Takashi Hashiguchi s’est forgé une certaine expérience dans le genre, et réutilise ici les pistes habituelles avec un second degré totalement irrésistible. Ne serait-ce que par son éventail de personnages, véritables clichés du genre. Le héros naïf, qui possède un don naturel, et partant à la recherche d’un « père » qu’il n’a que peu connu. L’icône paternelle étant représentée par ce boulanger qui l’a initié au pain alors qu’il n’avait que six ans, et à ce rêve de voir un jour un pain aux couleurs du Japon. Evidemment, les retrouvailles avec ce père sont rapidement imaginables. Il ne faudra pas être très attentif pour deviner très rapidement ce qu’est devenu ce mentor, ayant, et c’est encore un classique du genre, sombré dans le côté obscur de la force boulangère. Car l’ennemi invincible et terrifiant est bel et bien là, offrant ainsi une menace toujours plus grandissante. Notre héros se retrouve ainsi confronté aux pires difficultés mais les affronte sereinement, sur de lui et de la confiance que lui apporte ses camarades. Le voilà rapidement entouré d’un ami fidèle et faire-valoir, de différents rivaux, d’un maître et d’une jolie demoiselle. La quête du jeune héros l’entrainera ainsi toujours plus loin, étant amené à faire le tour du monde et à affronter des adversaires toujours plus redoutables. Des personnages qui ont tous un vécu précis autour du pain, qui ont tous des raisons de lui consacrer leur vie, une histoire parfois poignante… Le charisme de certains intervenants est à la hauteur de leur caractère, et on ne s’étonnera même plus de voir des personnages bodybuildés, masqués ou aux corps marqués pour leur dévotion à l’art culinaire. Ainsi, toutes les clés du genre sont bel et bien là, et alors qu’on se rappelle qu’il ne s’agit que de la création de pains, le décalage est toujours aussi troublant et amusant, la série ne se prenant heureusement jamais trop au sérieux.
Un humour sans concessions, des références à la pelle
Outre l’inspiration assumée et détournée des codes du shonen, l’humour de Yakitate Ja-Pan est essentiellement du à ses célèbres réactions gustatives. Chaque pain, chaque dégustation est un véritable évènement qui provoque toujours des résultats toujours plus inattendus, selon la sensibilité de la personne. A ce sujet, les personnes les plus émotives sont sans conteste Kawachi, qui dans son rôle de bouffon est toujours dépassé par le gout des créations voire de certains aliments dans leur état naturel, ainsi que les jurés du gout qui se doivent d’avoir une sensibilité démesurée. Ainsi, Ryo Kuroyanagi sortira souvent de son caractère impitoyable pour laisser libre cours à sa folie lors d’une dégustation, sans concession aucune. Quant à Pierrot Bolneze, clown-arbitre de la coupe de Monaco, ses réactions tout aussi incongrues l’amèneront à retourner très souvent dans son vaste passé tumultueux. Des juges plus calmes et rationnels viennent tout de même compléter le tableau, en offrant une notation à l’aspect mesurable, comme Dave Hashiguchi et ses cris de satisfaction, ou Meister Kirisaki et sa notation... à plumes. Néanmoins, face à l’ingéniosité des talents d’Azuma et compagnie, ces arbitres plus calmes seront eux-mêmes amenés à sortir de leurs gonds et de leur inflexible régularité. Toutes ces réactions sont d’autant plus saugrenues que leur justification en est la plupart du temps ridicule, et ne tient que par un jeu de mot tellement tiré par les cheveux que le cerveau de l’auteur a du sauter avec ! Le délire se fait toujours plus grandissant, jusqu’à ce qu’il arrive un pain si exceptionnel que sa réaction dépasse toute limite et toute contrainte, allant aux frontières de la mort, ou pouvant bouleverser le continuum espace-temps ! Toutes les folies sont autorisées, tout est possible dans la démesure, pour le plus grand bonheur du lecteur, tant que la surprise reste de mise.L’humour de Yakitate-Japan tient aussi sur la multitude des clins d’œil et des références employées. En effet, les inspirations au monde du manga ne s’arrêtent pas à la simple reprise du cahier des charges shonen. Hashiguchi n’hésite pas à saluer le travail de ses confrères du Shonen Sunday, comme Zatchbell ou Détective Conan. Parfois, il rend hommage à des auteurs culte, comme une réaction cultissime qui transporte le juge Pierrot Bolneze dans l’univers de Galaxy Express 1999 ! De Dragon Ball à Hokuto No Ken en passant par Jojo’s Bizzare Adventure, il serait trop rébarbatif d’en faire la liste exhaustive, et cela gâcherait le plaisir de la découverte. On retrouve également de nombreuses références à la culture nippone, surtout dans la dernière partie du manga qui tient compte des particularités locales. On retrouve parfois des parodies de certains produits, publicités, chansons,… et quelque fois, des personnages publics japonais ou des marques font partie intégrante de l’intrigue, comme Norihei Miki, ancien acteur comique très célèbre, et mascotte d’une marque de pâte de nori, qui participera à un match d’anthologie contre l’équipe de Pantasia. Enfin, la série sait s’internationaliser et vivre avec des références de son temps. Notons par exemple le personnage de Brad Kid, ami américain de Kuroyanagi du temps de ses études, et sosie d’un autre Brad très célèbre. Des personnages réels feront même une apparition, comme Michael Schumacher et d’autres pilotes de F1. Mais plus généralement, l’auteur se complait à imaginer une Europe fantasmée, où le roi de Monaco porte un masque de lion, où les meilleurs boulangers de France vivent dans un château et subissent un entrainement depuis l’enfance… Un décalage d’autant plus hilarant pour nous autres, lecteurs français moyens, devant notre pays ainsi sublimé !
Surveillez bien le temps de cuisson!
Les ingrédients sont appétissants, la préparation est réussie… mais prudence, il ne faudrait pas que tout se gâche à la cuisson ! A quoi bon faire du bon pain, si c’est pour le laisser brûler au fond du four ? De même la recette, si merveilleuse soit-elle, peut finir par laisser, à force de manger du même plat tous les jours. On ne le répètera jamais assez : il faut manger équilibré !
Étouffée de duels culinaires
De par son expérience des mangas sportifs, Takashi Hashiguchi est un spécialiste de la narration en forme de tournois, championnats et autres coupes du monde. Ainsi, il n’est pas étonnant de le voir adapter ce principe, grand classique du shonen, à son manga cuisinier. Qu’y a-t-il de plus motivant et de formateur pour nos jeunes talents que de s’affronter sans cesse pour progresser ? Néanmoins, l’auteur va utiliser ce procédé scénaristique du début jusqu’à la fin de son récit, jusqu’à étirer le concept dans ses pires limites ! Le premier tome et son examen d’entrée, puis le second avec un premier duel face à Saint-Pierre, sont une première mise en bouche, mais les choses sérieuses démarrent très rapidement avec le tournoi des nouveaux employés, s’étalant jusqu’au tome 7. Ce premier arc est également le meilleur de la série, car les jeunes pousses s’affrontant de manière individuelle, les caractères de chacun ont le temps de s’affirmer, et des intrigues parallèles (la famille Asuzagawa, le passé de Kuroyanagi et Kanmuri,…) se mettent en place. Puis, les héros ont à peine le temps de célébrer leur victoire que déjà, un tournoi mondial se prépare, aux enjeux plus que conséquents car la défaite serait synonyme de faillite pour Pantasia ! Ainsi, l’auteur fait appel à l’esprit d’équipe, avec le trio Azuma-Kawachi-Suwabara, permettant de renouveler un peu le concept. Si l’internationalité permet de diversifier les choses, avec des épreuves parfois farfelues, elle apparaît aussi comme une limite perceptible. Après le monde, que reste-t-il à conquérir ? C’est alors qu’intervient au quinzième tome le Yakitate 25, considéré comme « l’arc de trop » par de nombreux lecteurs. L’auteur revient sur les bases de la série en retournant au Japon et en en défendant les valeurs locales. Néanmoins, ce tournoi est beaucoup plus lourd que les précédents dans sa conception. D’une part, car on retrouve une nouvelle fois un système de trio, Kanmuri remplaçant Suwabara, système déjà épuisé à Monaco. D’autre part, car comme son nom l’indique, il consiste en une succession de 25 duels culinaires. Un chiffre copieux, qui fait peur à l’avance, et dont on devine déjà qu’il n’arrivera pas à terme, offrant une succession de duels sans risques éliminatoires en cas de défaites. De ce fait, la pression retombe, les affrontements s’enchaînent sans que la passion y soit vraiment. Le côté stratégique s’apparentant à l’Othello s’oublie également très vite, puisqu’on peut ne s’intéresser qu’au déroulement de la partie qu’une fois par tome. L’auteur apparaît alors en panne d’inspiration, et tente de vaines pirouettes pour bouleverser la situation, mais bien trop tardivement.Mais la redondance de la narration ne s’arrête pas, hélas, qu’au principe du tournoi en lui-même. Chaque duel suit un schéma presque implacable, classique, qui ne se renouvèle que très peu. Pour caricaturer la caricature, voici la recette qui se répète au cours de l’histoire : Azuma (avec ses alliés ou non) se prépare à un nouveau défi culinaire, sur un thème précis. Comble de malchance, il tombe sur LE spécialiste de ce thème en particulier. La tension monte alors quand Azuma piétine à trouver une solution adéquate, mais finalement trouve une idée au dernier moment. N’en révélant pas les détails, pour préserver le suspens, il se lance alors le jour J dans une préparation à l’allure saugrenue, qui ne manque pas de générer l’inquiétude de Kawachi, généralement rassurée par le manager qui sait déjà ce que trame le petit génie. L’adversaire présente son pain au jury le premier, c’est un succès, puis notre héros s’avance à son tour, et réussit à vaincre malgré tout, en usant de son ingéniosité habituelle, et en provoquant chez Ryo une réaction stupéfiante. Et en route vers de nouveaux défis culinaires ! Mais ne soyons pas surpris pour autant. Yakitate Ja-Pan assume parfaitement ce canevas répétable à l’infini, où les gentils finissent toujours par gagner (ou presque), et ce manque de diversité narratif est surtout là pour mettre en évidence la diversité des plats proposés.
Une sauce trop épicée
L’une des principales qualités de Yakitate Ja-pan est son humour permanent porté par son décalage omniprésent et des situations qui semblent ne jamais connaître de bornes… mais c’est aussi là son pire défaut ! L’humour n’a aucune limite, si ce n’est de ne devenir plus drôle du tout. Si les premiers tomes sont hilarants par leur fraicheur et leur spontanéité, l’auteur se retrouve en panne d’inspiration sur les derniers, allant dans une surenchère d’effets de moins en moins plausibles, dans le référentiel que la série a bâti. Un effet boule-de-neige que l’on pouvait redouter dès le départ, qui finit par se produire, et dont on constate les dégâts une fois qu’il est déjà trop tard. Dans les derniers duels, les réactions, toujours plus farfelues, ont de ridicule le fait qu’elles en deviennent permanentes. Si Kuroyanagi, du fait de sa longue expérience de jury du goût, finit par s’habituer à ses multiples réactions mutagènes, il n’en est pas de même pour les différents adversaires de d’Azuma, qui se réincarnent en panda, en cochon-tirelire, en tortue, en poupée gonflable,… sans qu’il n’y ait besoin d’évoquer une quelconque raison. Une sentence inexorable, que l’on finit plus par redouter que par attendre. Takashi Hashiguchi semble avoir oublié que les blagues les plus courtes sont les meilleures.Au nom de cet humour sans bornes, il n’hésite pas non plus à sacrifier certains de ses personnages, Kawachi étant son perpétuel jouet, son éternel martyr. Présenté au départ comme l’antithèse d’Azuma, son rival, son ami, il ne servira plus qu’à épater la galerie en étant un parfait cobaye en début de combat, multipliant les métamorphoses les plus humiliantes : clochard, tête de genou, esclave,… un véritable gâchis. Cependant, Kawachi n’est pas le seul à pâtir de ce délaissement, et les personnages, déjà très stéréotypés, finissent inexorablement par plier sous le poids de leur propre caricature. Azuma et Kanmuri passent pour les héros géniaux, lisses et parfaits, que personne ne remet en cause, Ryô s’enferme dans sa mégalomanie qui ne surprend plus, et les autres personnages sont relayés au rang de spectateur. Les voilà ironisant même sur la prévisibilité de l’action, n’assumant même plus la folie de leur créateur, comme s’il cherchait à se dédouaner par leurs voix. Les derniers combats sont ainsi d’une platitude extrême tant sur la forme que sur le fond. L’auteur tente de jouer sur la corde nostalgique en faisant revenir sur le devant de la scène des anciens adversaires, et en réinventant leur passé respectifs, mais à quoi bon, quand on sait qu’ils sont destinés à devenir des victimes supplémentaires sur l’autel de l’humour facile ? Ainsi, le lecteur se rappellera avec regret des premiers chapitres où l’innocence était encore de mise, et où le destin du monde n’était pas entre les mains de ces jeunes apprentis boulangers, et où la surenchère, déjà de mise, n’était surtout que visuelle.
Aspect esthétique: de quoi mettre l’eau à la bouche!
Dans la culture alimentaire Japonaise, il est important de noter que la présentation des plats a autant d’importance que leur gout lui-même. De ce fait, intéressons-nous à présent à l’aspect visuel de Yakitate Ja-pan. Takashi Hashiguchi offre un style graphique plutôt passe-partout, sans grandes fioritures. Les personnages ont un aspect réaliste, bien proportionnés, et ont tous un style qui permet de les reconnaître au premier coup d’œil. Le trait peut parfois paraître assez figé et consensuel, mais il permet avant tout de marquer le contraste lorsque les protagonistes affichent une mine grimaçante, où yeux exorbités, sourires crispés et aura menaçantes sont légion, en fonction de la pulsion de l’instant. Le graphisme agit ainsi en véritable caméléon et s’adapte facilement aux situations les plus diverses et farfelues, tout en restant dans une codification manga très classique. Les décors quant à eux sont également réalistes et efficaces, sans aller dans un souci du détail trop marqué. Néanmoins, leur réalisme (dans les situations calmes) entrainera malgré tout un manque de diversité, nos héros se retrouvant généralement derrière les fourneaux. On notera également quelques coups de fainéantise de la part de l’auteur qui n’hésitera pas à laisser des fonds vides, voire à recopier des cases entières, sous le prétexte passe-partout de l’humour. Au final, son style peut s’adapter à tout, mais peine à se démarquer véritablement. Sans être moche, le graphisme de Yakitate Ja-Pan est un de ses aspects les moins marquants. Son efficacité ne se remarque pas implicitement, mais au final l’auteur s’en sort avec les honneurs pour mettre en scènes tous les délires sortis de son pauvre crâne !
Pour un thème si proche de notre culture, le lectorat francophone était en droit d’attendre une adaptation à la hauteur. Akata/Delcourt relève assez habilement le défi, en proposant notamment de nombreux bonus en fin de tome sur le pain, sur ses origines, et les différentes compétitions culinaires pour rester dans l’esprit de la série. Certains boulangers de renom sont même appelés à signer des postfaces soignées et très enrichissantes. L’humour est fort heureusement parfaitement retranscrit, malgré la difficulté de l’exercice. Le travail de Tamako Kageyama à la traduction et d’Olivier Vachey à l’adaptation sont purement remarquables. Les jeux de mots sont dans leur quasi-totalité traduits dans une version française, parfois capillotractée, mais toujours hilarante. Certaines idées ont de quoi devenir culte, comme le célèbre pain « equuscellent » du manager. Et lorsque cela s’avère irréalisable, ils ont la décence de mettre une note pour expliquer littéralement le calembour d’origine. Au vu des délires de l’auteur, qui sur la fin ne base plus ses réactions sur des jeux de mots improbables, ce travail fait figure de véritable exploit et devrait faire école dans l’adaptation des mangas humoristiques, à l’heure ou la tendance est à laisser les répliques telles qu’elles sont et en les expliquant a posteriori, gâchant ainsi tout effet comique. Ici, les mots traduction et adaptation prennent vraiment tout leur sens. Ajoutons toutefois un léger bémol au niveau du support, avec un papier de qualité discutable et des sur-couvertures assez fragiles. L’ouvrage est assez mou une fois prise en main, et l’encrage est relativement moyen. Néanmoins, les qualités graphiques n’étant pas le fort de l’œuvre, et au vu de la légèreté du récit, on comprend qu’un support de haute qualité ne soit pas foncièrement indispensable. Au final, une forme très passe-partout.
Bon appétit !!!
Voilà, après la lecture de ce dossier, il ne vous reste plus qu’à passer à table ! Le cuisinier que je suis espère vous avoir mis suffisamment en appétit ! Yakitate Ja-pan est la série à goûter pour ceux qui en ont marre de leur pain shonen quotidien et qui désireraient la déguster de manière différente. Elle pourra être conseillée à ceux qui veulent ouvrir leurs horizons vers la thématique du manga culinaire, avant d’aborder des titres plus sérieux et calmes mais gardant ce même esprit d’exaltation pour la nourriture. Enfin, c’est un plat à consommer sans modération pour ceux qui sont friand d’un humour sans bornes, parfaitement retranscrit, mais attention tout de même au risque d’étouffements. Porté par une ribambelle de personnages tout aussi attachants les uns que les autres, assumant leurs excès, la série séduit par sa fraicheur dans les premiers tomes et se présente comme un indispensable, malgré une descente aux enfers que l’on voit se dessiner peu à peu. Si on peut en tenir rigueur à l’auteur au point d’en vomir la série sur sa fin, n’oublions pas la sensation de la première bouchée de ce plat merveilleux, drôle, qui sait être didactique et beaucoup plus intelligent qu’il en a l’air. Si la série s’emporte parfois dans des préoccupations grandiloquentes au nom de l’humour, n’en oublions pas qu’il ne s’agit là que de boulangerie. Un pain, c’est tout!
Sources:
Wikipédia
Yakitate.jump.fr
Mangaupdates.com
Dossier réalisé par Tianjun. Mise en ligne le 15/10/2010.
YAKITATE !!JA-PAN by Takashi HASHIGUCHI©2002 by Takashi HASHIGUCHI/SHOGAKUKAN Inc. Tokyo
Fiche de la série: Yakitate Japan!!
Fiche de la série VO: Yakitate Japan!! vo
Fiche de l'auteur: Takashi Hashiguchi
Enigma
D'où vient cette réplique ?
Adieu Maetel, adieu Galaxy Express 999... Adieu ma Jeunesse.
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