Dossier
Note des lecteurs: 18 /20
Présentation
Fiche signalétique
Dans la petite ville d'I-no-Atama, découvrez les aventures fantastiques de deux lycéennes pas comme les autres: Shiori et Shimiko. Nos deux héroïnes tenteront de résoudre les nombreux mystères d'une ville emprunte de surnaturel, où évènements occultes et monstres en tous genres deviennent monnaie courante... Le voyage ne sera pas de tout repos!
Shiori & Shimiko (栞と紙魚子) a été publié au Japon à partir de septembre 1996 par l'éditeur Asashi Sonorama dans le magazine de prépublication Nemuki.
Cette série a été écrite et dessinée par Daijiro Morohoshi (諸星 大二郎 ). Elle est toujours en cours et compte actuellement 5 volumes.
C'est l'éditeur Doki Doki qui publie ce titre en France.

Imaginez une tête décapitée qui nage dans un aquarium, un gros matou qui se transforme tout à coup en humain et qui continue à attraper des souris, à sortir par la chatière et à faire dans sa caisse, une petite fille prénommée Cthulhu qui court après son petit monstre de compagnie répondant au doux nom de Yog Sothoth, des centaines petites créatures ailées qui se multiplient en dansant la ronde...
Voici le programme des aventures du premier tome de Shiori et Shimiko!

Au programme de ce recueil: intempéries et gastronomie!
Découvrez ce que font les chevaux bleus aux gobelins qui envahissent la ville les jours d'épais brouillard et fuyez à toutes jambes devant le spectre gastronome et son livre de recettes anthropophages!
Un grimoire maudit, un hôpital fantôme, un animal invisible au bout d’une laisse et une princesse spectrale qui terrorise son monde depuis des siècles... Voilà un aperçu des rencontres paranormales qui attendent Shiori et Shimiko dans ce nouveau volume. Pour ces jeunes filles au cœur bien accroché, horreur peut rimer avec bonne humeur.
Des poissons qui vivent dans les livres, des poissons-livres qui engloutissent les lecteurs imprudents, un poisson noctambule qui déambule dans I-no Atama et dévore ses maisons et ses habitants... Un volume placé sous le signe de l'ichtyologie!
Des monstres farceurs qui jouent à "Un, deux, trois, soleil" ; un fabuleux trésor caché gardé par des chiens fantômes ; du thé hallucinogène ; un poisson poète reclus au fond d’un puits ; de la sorcellerie à vous glacer les sangs ; une énigmatique princesse et son traversin dont la garde monstrueuse terrorise la ville... Voici le programme des nouvelles réjouissances qui attendent Shiori, Shimiko et toute la joyeuse clique loufoque d’I-no-Atama. Quand horreur rime avec bonne humeur, et grotesque avec burlesque !
L'auteur

Daijiro Mohoroshi est né en 1949 à Tokyo. Destiné à la fonction publique, il change pourtant de voie et commence une carrière de mangaka en 1970, dans la revue COM fondée par Osamu Tezuka. C'est un auteur prolifique, qui se caractérise également par sa singularité. En 1974 il obtient le prix Tezuka et puis en 2000 le prix culturel Tezuka. Très populaire au Japon il est l'un des rare auteur a avoir vu ses oeuvres portées sur grand écran.
Un univers fantastique, déjanté et unique

Bienvenue à I-no-Atama
Avec Shirori et Shimiko, Morohoshi nous plonge dans un univers sombre, macabre et complètement déjanté dans lequel rêves et réalité se côtoient plus ou moins harmonieusement sous fond d'humour noir.
La ville d'I-no-Atama a tout d'une petite ville normale de la province nippone: Une école, des commerçants, mais de phénomènes étranges s'y produisent régulièrement...
C'est dans ce contexte particulier que nous découvrons Shirori et Shimiko, héroïnes éponymes de ce manga. Elles sont différentes mais pourtant complémentaires, et de leurs échanges naissent tout l'aspect comique de cette série.

La première, Shiori, est une jolie demoiselle un peu tête en l'air, parfois un peu superficielle, souvent superstitieuse. C'est souvent à elle qu'arrive les phénomènes étranges: elle est donc bien souvent le moteur du récit.
Sa comparse Shimiko se veut plus intellectuelle, plus cartésienne et incarne l'esprit pratique: appelée à la rescousse par Shiori, elle mène l'enquête à l'aide de ses livres et de son incommensurable culture littéraire.
Nos amies sont bien souvent aidées par une multitude de personnages secondaires. Ces derniers sont à l'image du récit: complètement déjantés. On retrouve notamment Boris, le chat de Shiori. Capable de se transformer en humain, il finira par tenir un commerce de souvenirs. Secondé par un assistant (qui peut également se transformer en chat), il n'hésite pas à partir à l'aventure pour dénicher des trésors ou objets occultes pour les revendre via sa boutique.
On retrouve également l'époustouflante famille des Itchi.

Le père, Dan, est un écrivain spécialisé dans le roman fantastique. La mère est une sorte d'alien et est dotée d'une personnalité on ne peut plus décalée (c'est mon personnage secondaire préféré). Il y a également Cthulhu, leur enfant particulièrement turbulent. Shiori aura fort à faire lorsqu'elle devra s'occuper d'elle! Le dernier membre de la famille est Yog. Faisant office d'animal de compagnie, il est en fait un monstre venu d'ailleurs et se révèle lui aussi imprévisible!!
Un récit horrifique aux multiples références
Il ne faut pas oublier que Shiori & Shimiko est prépublié dans le magazine japonais Nemuki, destiné à un public féminin adepte de l'horreur (on retrouve dans ce même magazine le cortège des cents démons, disponible également chez Doki doki). Le lecteur se retrouve donc face à des histoires d'horreur et devra donc s'attendre à des passages parfois effrayants. Néanmoins, pris dans sa globalité, le titre de Moroboshi reste facile d'accès pour les lecteurs les plus «froussards»: la peur est plus suggérée que visuelle, l'auteur misant plus sur une atmosphère étrange et malsaine au lieu de chercher à terroriser son lecteur. En ce sens, nous sommes par exemple très loin des oeuvres de Junji Ito (Spirale, Tomié...).
C'est surtout la manière dont Morohoshi aborde ce thème qui rend, à mes yeux, cette oeuvre tout simplement cultisssime.
En effet l'univers de Shiori et Shimiko est unique. S'inspirant de multiples références pour la construction de son récit, notre auteur s'applique à rendre hommage à tout un pan de la culture littéraire et cinématographique japonaise, mais aussi occidentale. La ville d'I-no-Atama devient, avec sa morphologie changeante et ses habitants monstrueux et bizarroïdes, la métaphore cauchemardesque de l'univers d'Alice au pays des merveilles.

Certaines histoires empruntent aux légendes urbaines. La petite Cthulhu est une référence au roman "L'appel de Cthulhu" (1924), écrit par Howard Phillip Lovecraft. Le duo Shiori/Shimiko fait un peu penser au tandem Sherlock Holmes/Watson d'Arthur Conan Doyle. On peut aussi relever des clins d'oeil au film Alien de Ridley Scott.

Avec les lectures de Shimiko, notre auteur ne cesse de promouvoir la richesse de la littérature nippone. Certains auteurs évoqués sont fictifs, mais la plupart ont bel et bien existés, ce qui nous permet ainsi de découvrir des grands de la littérature poétique ou autres romanciers célèbres.
Mais le thème dont l'auteur s'inspire le plus est celui des Yokaï, qui sont des monstres ou des esprits issus des contes folkloriques et des légendes bouddhiques et shintoïstes japonaises. Le bestiaire de la ville d'I-no-Atama se veut ainsi particulièrement exhaustif: gobelin, esprit vengeur, torii agressifs, fantômes...

Une narration épisodique servie par des dialogues savoureux
La manière dont Morohoshi traite ses histoires ou imagine sa narration est assez spéciale.
Tout d'abord, les aventures de Shiori et Shimiko s'organisent selon un schéma épisodique, sans continuité. Chaque chapitre est donc bien souvent indépendant du précédent et du suivant et se concentre sur une enquête en particulier. Il est donc tout à fait possible de suivre l'histoire de nos deux héroïnes sans commencer par le premier volume. Néanmoins, il reste préférable, pour appréhender l'oeuvre de la meilleure manière possible, de lire les cinq tomes disponibles à ce jour dans leur ordre de parution ou tout du moins de commencer cette série par la lecture de «La tête décapitée», ne serait-ce que pour découvrir correctement la plupart des personnages secondaires qui y sont présentés.
Refusant les poncifs et les contraintes établies dans l'édition, ses histoires reflètent une certaine pensée bordélique... L'auteur étant libre de faire ce qu'il veut!
Ne vous attendez donc pas à avoir l'explication d'un phénomène paranormal. Ces derniers surviennent sans crier gare sur nos deux héroïnes, et repartent comme ils étaient venus: notre conteur n'est pas un narrateur omniscient, il se calque derrière le regard de nos deux comparses, et ne peut donc pas concevoir l'inconcevable. Cet aspect de Shirori et Shimiko m'a beaucoup plu, mais pourrait malheureusement décontenancer les lecteurs les plus rationnels, donc prudence pour ces derniers.
Cet aspect destructuré voulu par l'auteur se retrouve également dans le scénario. On peut trouver un exemple concret de cet état de fait dans le volume 4. Le temps d'une histoire où un monstre s'invite chez l'une de nos héroïnes, et parce qu'il en a besoin, Morohoshi invente un frère à Shiori. La question est traitée de manière particulièrement humoristique par le biais d'un dialogue entre Shiori et Shimiko:

-Shimiko: "Au fait, je ne savais pas que tu avais un petit frère."
-Shiori: "Ben si, mais c'est sa première apparition."
Tentant par la suite de débusquer le monstre, elles fouillent la maison. Nous découvrons alors la soeur de Shiori.

-Shimiko: "Mais, je savais pas que tu avais une soeur!"
-Shiori: "Bien sûr, mais c'est sa première appari... Hé! Mais non! J'ai pas de soeur! C'est qui cette gamine?!"
Comme vous pouvez le constater, les dialogues sont très savoureux et donnent un aspect très rafraîchissant à l'oeuvre. Cet exemple n'est vraiment pas isolé, ce genre de répliques décalées se retrouvent lors de très nombreuses occasions. Même si ici le gag provient de Shiori, c'est bien souvent Shimiko, l'intellectuelle, qui est à l'origine de répliques particulièrement déphasées.
Ce genre de dialogues, qui restent d'une grande simplicité, toucheront assurément le lecteur en créant des situations particulièrement burlesques.

Un petit mot sur «Peur sur la ville»
«Peur sur la ville» est le cinquième et dernier tome sorti à ce jour (au Japon comme en France) des aventures de Shiori & Shimiko. J'ai choisi de faire un petit commentaire sur cet excellent volume car il s'éloigne ostensiblement des précédents tomes, par son traitement et son contenu.
En premier lieu, force est de constater que nos deux héroïnes sont beaucoup moins présentes par rapport aux autres tomes de la série. Dans les deux premiers chapitres, elles ne font que de brèves apparitions. On peut ainsi en déduire que l'auteur désire mettre en avant ses personnages secondaires. Ce n'est pas du tout un mal, car ces derniers sont vraiment attachants et leur péripéties hilarantes.
En second lieu, j'ai trouvé la narration un peu plus «punchy», dans le sens où j'ai ressenti un côté «mouvementé» au récit, par opposition au précédents volumes où la narration était plus posée et calme. Auparavant, c'était nos deux lycéennes qui bien souvent menaient l'enquête... mais pour ce tome, ce sont les monstres qui prennent l'initiative et attaquent la ville. Absent jusqu'alors, on ressent un sentiment de «menace» (qu'il faut différencier du sentiment de malaise) qui plane sur les protagonistes de certains chapitres, et la mort n'est plus perçue comme un évènement anodin.
Le chapitre caractéristique de toutes ces remarques est la nouvelle intitulée «Maléfice», on remarquera le traitement globalement beaucoup sombre de l'histoire, la fin pessimiste et l'absence de nos deux héroïnes au profit de personnages totalement inédits.

Des graphismes «old school»
S'il devait y avoir un point faible à Shirori et Shimiko, on pourrait citer le dessin. Il se veut la plupart du temps simple et épuré, ayant un aspect assez vieillot alors que l'oeuvre a à peine dix ans. Les personnages sont dessinés de manière un peu rondouillarde et ne sont pas très fouillés, mais cela reste pour moi un détail. Vous l'aurez compris, on peut trouver discutable le style graphique de l'auteur, qui reste pourtant maîtrisé et efficace, tout en s'améliorant au fil des volumes. Quant aux monstres, certains ne sont pas particulièrement effrayants... alors que d'autres vous feront froid dans le dos!!

Le contrat est néanmoins rempli car le dessin parvient à donner cette petite sensation de malaise chez le lecteur découvrant certains lieux ou quartiers particulièrement angoissants... car Morohoshi a l'art et la manière de retranscrire sur papier les décors psychédéliques et tortueux de la ville d'I-no-Atama.
Shiori & Shimiko: la série live
Disponible en importation, il existe un drama, avec de vrais acteurs, qui reprend l'univers crée par Daijirô Morohoshi. Le titre complet est Shiori to Shimiko no Kaiki Jikenbo (栞と紙魚子の怪奇事件簿).
La série comporte 13 épisodes. Nao Minamisawa et Atsuko Maeda jouent respectivement les rôles de Shiori et Shimiko. Cette série est qualifiée de «comédie horrifique», dans le sens où elle conserve l'aspect décalé et horrifique de la série papier. Nous y retrouvons nos deux lycéennes jouant les enquêtrices dans différentes affaires occultes.
Je ne peux malheureusement pas vous en dire beaucoup plus car je n'ai pas réussi à visionner cette série. Je vous propose néanmoins quelques visuels. On remarquera tout de suite la ressemblance frappante de la première photo avec la jaquette du tome «La tête décapitée».
Le mot de la fin...
En définitive, Shiori et Shimiko fait partie de cette petite catégorie de manga inclassables. Il est le savant mélange entre horreur, fantastique et humour noir. Pourtant destructuré, le récit n'en reste pas moins maîtrisé et marque un réel travail de la part de Morohoshi, qui tient à insérer de multiples références dans son oeuvre, tout en restant inventif.
La paire formée par Shiori et Shimiko est très atypique, drôle et attachant, nous changeant des duos habituels sans pour autant monopoliser le récit qui tend de plus en plus à s'intéresser aux personnages secondaires.
Le travail d'adaptation et la traduction de Doki Doki sont irréprochables, et nous ne pouvons que les saluer pour avoir osé sortir un tel ovni chez nous.
Bref, je considère Shiori & Shimiko comme une des meilleurs manga sortis en France... Un titre unique, à posséder absolument!
A voir également : le dossier Shiori et Shimiko des éditions Doki-Doki
© MOROHOSHI Daijirô / Asahi Sonorama / DOKI-DOKI
Dossier réalisé par Shinob (Mise en ligne le 28/05/2008)
Enigme
D'où vient cette réplique ?
"Tuez parce que quelqu'un a été tué et être tué parce que vous avez tué" Est-ce réellement ce qui apportera la paix? "
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