Life - Actualité manga

Life

Critique de la série manga

Publiée le Mardi, 10 Febuary 2015

L’enfer, c’est les autres !

Attention, le manga qui suit n’est pas à mettre entre toutes les mains. Violences, viols, harcèlements, humiliations… Les sujets abordés dans Life sont à prendre avec des pincettes. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre le calvaire subi par la pauvre Ayumi dans l’enfer de l’ijime. Pourtant, un tel témoignage se révèle nécessaire, et d’une certaine manière, porteur d’espoirs.

Le terme japonais ijime ne désigne pas un genre au même titre que le shônen, le shôjo ou le yaoi. Et pourtant… Ce sujet est devenu incontournable dans un grand nombre d’œuvres. GTO, Peach Girl, Imadoki se sont ainsi faites le relais du phénomène, avec plus ou moins de réalisme et d’importance. Que se cache-t-il donc derrière ce simple mot ?  L’ijime est une pratique qui recouvre toutes les persécutions morales ou physiques que peuvent subir certaines personnes, des boucs émissaires, à l’école ou même dans leur travail. Rares en France, ou se résumant au bizutage, au racket, aux menaces ou aux bagarres, les brimades prennent une toute autre dimension dans la société japonaise. Il est en effet parfois question de sévices, de tortures, de véritables harcèlements quotidiens, qui mènent dans certains cas – plus nombreux que l’on peut croire - au suicide !! Le plus effrayant est qu’une chape de plomb pèse encore aujourd’hui sur ces actes inqualifiables. Les professeurs, parents, élèves… tous préfèrent garder le silence, ne pas regarder le problème en face. Peut-être aussi parce que l’ijime semble être indirectement le dommage collatéral d’une société quelque peu figée, où tout ce qui dépasse, tout ce qui se distingue doit se taire, disparaître. Heureusement, enfin si l’on peut dire, les témoignages de victimes se multiplient et leur voix se fait de plus en plus entendre. Le manga est d’ailleurs un porte-parole non négligeable, bien au contraire. L’auteur Keiko Suenobu a été longtemps l’une des victimes de l’ijime. Marquée à vie, et donc légèrement obsédée par ce thème, elle le traite dans Life avec un réalisme et un radicalisme, qui font qu’il n’est peut-être pas à mettre entre toutes les mains. Du moins entre celles de filles de moins de 14 ans.

Séquestrations, humiliations, tentatives de viols…

La jeune Ayumi n’a pas de très bons résultats à l’école, contrairement à sa meilleure amie Shinozuka, qui décroche toujours la meilleure note. Il n’est pas rare que la première appelle la seconde à l’aide. Lorsque Ayami apprend que Shinozuka veut entrer le lycée ouest, très réputée, et très difficile, elle décide de faire de son mieux pour la suivre. Toutes les deux se mettent à travailler dur ensemble, jusqu’à ce que les notes d’Ayumi remontent, et même dépassent celles de Shinozuka. Confiantes, elles se rendent à l’examen d’entrée du lycée… mais seule l’une des deux sera reçue : Ayumi ! Désespérée, Shinozuka l’accuse alors et la rend responsable de son échec. Ayumi ne la reverra plus jamais, le lecteur non plus. En pleine crise de culpabilité, et croyant, vraiment avoir trahi son amie, cette dernière en vient alors à se mutiler pour ressentir la douleur au plus profond. Au compas tout d’abord, puis à coup de cutter. C’est le début d’une longue descente aux enfers. En effet, à son arrivée au lycée en question, elle n’est plus l’ombre que d’elle-même et a peur de tout. Venant d’un collège et d’une famille inférieurs, elle a du mal à se faire des amis. Une jolie blonde vient un jour lui parler et elles se lient d’amitié. Celle-ci a un petit ami, d’apparence propre sur lui. Sauf qu’il n’est rien d’autre qu’un pervers, malade, qui va devenir le bourreau d’Ayumi. Il l’enlève, la séquestre, l’agresse, la photographie nue et attachée, puis la fait chanter au quotidien. Le calvaire continue, puisque sa petite amie accuse Ayumi de la trahir et ne rate alors jamais une occasion de la rabaisser, voire l’avilir. Chaque volume a donc son lot d’actes de barbarie, d’humiliation, des simples racontars à la chaise collante, le déjeuner à la poubelle, la séance d’acuponcture forcée ou la tentative de viol. Rien de mois. Au fur et à mesure, celle qui apparaissait de prime abord comme sa potentielle nouvelle amie devient sa pire ennemie, et même un monstre à l’état pur. Les extrêmes sont rapidement atteints, jusqu’à l’incendie d’un immeuble, et pourtant rien ne semble l’arrêter.

L’espoir et l’amour


Le plus difficile, le plus estomaquant même, dans Life, est la manière d’Ayumi de gérer ce stress, cette vie. Aucun lecteur, ou alors seulement une poignée, peut se mettre totalement à sa place et comprendre ses états d’âme. Timide, renfermée sur elle-même, et surtout seule, elle s’enfonce dans sa culpabilité au jour le jour, à chaque scarification supplémentaire. Le fait de s’entailler les bras, puis les cuisses, peut paraître comme une aberration. Pourquoi s’infliger des sévisses supplémentaires ? Peut-être parce que pour elle, sentir physiquement, avoir mal est la seule manière de ne pas devenir folle, de lui rappeler qu’elle est toujours vivante. D’ailleurs, Ayumi en est honteuse. C’est donc contestable, mais c’est la seule alternative qu’elle a trouvée pour survivre. Car aucune main ne lui est jamais tendue, ou alors les rares essais (une professeure par exemple) se retourneront contre elle. Seule lueur d’espoir dans ce tableau très noir, la jeune et libre Hatori. Ayumi comprend rapidement qu’elle est à l’écart, livrée à elle-même et pourtant pleine de vie. Non pas qu’elle sourit, joue avec les autres, mais qu’elle soit émancipée à son âge. L’histoire n’entre peu dans les détails de son passée, mais elle est toujours là pour sauver in extremis Ayumi de la pire des situations, tel un ange protecteur. Pourtant, elle ne demande rien en échange. Malheureusement, cela ne suffira jamais à stopper net les agissements des autres élèves. Ils iront d’ailleurs crescendo, et au volume 10, Ayumi et Hatori sont loin d’avoir sorti la tête de l’eau. Une véritable amitié se noue entre elles, même si elle est noyée dans la succession de leurs malheurs. Reste que leurs moments d’intimité sont autant de respirations dans ce manga asphyxiant. Le terme de yuri pourrait donc paraître usurpé, mais cette relation et le fait qu’Ayumi ne peut plus se laisser approcher par un garçon tendent doucement à esquisser un amour plus profond. Des gestes, des comportements, des regards. Surtout de la part d’Ayumi. Ce qui pourrait paraître pour de la simple admiration, se transforme avec le temps un sentiment plus insondable. Leur souffrance les a réunis, et chacune est devenue pour l’autre sa raison d’exister, de survivre, d’aimer.

Hoagie



Note de la rédaction
Note des lecteurs
18.3/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

18.00,20.00,19.00,18.00,16.00,18.00,16.00,16.00,15.00,15.00,16.00,16.00,15.00,15.00,15.00,14.00,16.00,12.00,14.00,15.00

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