Dossier manga - Yuji Iwahara

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Sommaire

Publié le Jeudi, 03 November 2011


Son style, ses influences

 
 

Il était une fois...


    S'il y a un type d'éléments qu'Iwahara aime particulièrement intégrer à ses récits, c'est des références à divers mythes, légendes, et autres contes. C'est particulièrement évident dans le Monde de Misaki, grâce au personnage de Nio. On fait très facilement le parallèle avec le monstre du Lochness, évoqué au sein même du récit en question, et autres créatures similaires. Dans Nekoten!, c'est à des divinités naturelles qu'il fait allusion. Bien entendu, le tout est un peu transformé afin d'adapter cela aux histoires et de servir l'intrigue et le propos traité. Propos qui met d'ailleurs souvent en opposition la nature et la technologie où, par extension, le désir de puissance des hommes au détriment du monde qui les entoure.

    Dans Le roi de ronces, c'est un petit peu moins évident, même si c'est également présent. Le titre est en réalité une référence au conte de La belle au bois dormant. Référence que l'on comprendra facilement à la lecture de la série grâce aux capsules de cryogénisation et aux ronces présentes dans le château, mais aussi et surtout plus tard, grâce à l’héroïne et au personnage d'Alice. Cette dernière pouvant se rapporter, de manière plus glauque étant donné sa situation, à celle qui sévit dans le pays des merveilles. Mais pour revenir au Roi des ronces, dans ce récit, le thème de la nature est également utilisé de manière intéressante puisque, dans le cas présent, c'est justement par l'intermédiaire d'un génie de l'informatique qu'elle reprend ses droits. Enfin, façon de parler. Car, au final, elle est davantage esclave que libérée.

    Yuji Iwahara se plait donc à reprendre des choses connues, des éléments assez classiques et probablement déjà vus, tout en prenant un malin plaisir à les intégrer dans un cadre original de manière à produire quelque chose de tout à fait inattendu. Ainsi, il nous montre dès le départ que, bien agrémentées, les plus vieilles recettes ont toujours autant de saveur !
 
 
 

Lost in Hollywood


    Autre caractéristique incontournable de son style, c'est sa manière de mener ses récits. Comme il l'explique lui-même, il s'inspire fortement des comics et du cinéma hollywoodien. C'est particulièrement flagrant dans L’œil du loup qui s'apparente aux aventures d'un super-héros cousin proche de Batman. En pratique qu'est ce que ça donne ? Des histoires rythmés de manière impressionnante. Il n'y pour ainsi dire jamais de temps mort et, même lors des moments plus calmes, cette sensation reste bien présente. Les twists sont nombreux, souvent réussis et l'on croirait parfois se retrouver devant l'une ou l'autre série TV à la vision d'un des multiples cliffhangers que nous réserve Iwahara. Combiné à sa touche graphique, cela donne quelque chose de parfaitement inimitable. Mais, surtout, cela empêche à tout moment le lecteur de s'ennuyer, même lorsque l'auteur s’empêtre un peu trop dans des développements qui n'étaient pas forcément indispensable, ce qu'il fera malheureusement de temps à autre, mais de manière très mineure ceci dit.

    De ce fait, on pourrait penser qu'Iwahara est presque obligé de se cantonner à des séries orientées action, comme c'est le cas du Roi des ronces et de Nekoten!, où cette caractéristique transcende littéralement le récit, lui donnant toute sa saveur et son originalité. Il n'en est en fait rien, comme on peut le constater principalement avec le Monde de Misaki. Le ton se veut beaucoup plus poétique, enfantin et doux. Et Iwahara, gardant ses habitudes, s'en sort magnifiquement bien. Et cela ne l'empêche pas non plus de garder en toile de fond les codes qu'il apprécie puisque, au final, on aura droit à une intrigue aux enjeux bien plus grands qu'on aurait pu le croire au départ et à une conclusion avec ce qu'il faut d’héroïsme et d'émotion pour contenter le plus grand nombre. Enfin, on pourra s'amuser à noter les nombreuses références que l'auteur fait de part ses récits. Matrix, Jurassic Park, et j'en passe et des meilleures. Tout cela ne faisant encore que renforcer le sentiment de nous trouver à la frontière entre le manga et le comics.
  
 
  
 
 

Ce n'est pas la taille qui compte !


    Dans le même ordre d'idée, on pourra rapidement se rendre compte que l'auteur préconise surtout des séries relativement courtes. Le roi des ronces reste actuellement son plus long manga et ne compte que six volumes. Souvent, dans ce type récit, arrivé à la fin, on se dit que l'une ou l'autre chose n'a pas été pleinement exploitée. On regrettera un personnage pas assez mis en avant par exemple, ou l'on pestera encore contre une partie du scénario restée bien trop obscure. Mais, une fois de plus, l'auteur parvient à tirer son épingle du jeu à ce niveau là. Pourquoi ? Parce qu'il parvient à donner une densité étonnante à chaque tome que l'on lit. Il ne s'encombre pratiquement jamais de passages inutiles, va à l'essentiel, fais court, mais fais bien. C'est d'autant plus étonnant du fait de l'action omniprésente. Alors que certains manga peuvent se lire en une quinzaine de minutes tout en prenant un café en même temps, ce n'est ici absolument pas le cas. Tenter le coup reviendrait à rater bien trop de choses. Comme quoi, un bon dosage entre les différentes composantes du récit est souvent un gage de réussite en terme de contenu. C'est particulièrement flagrant dans Nekoten! où Yuji Iwahara développe un nombre impressionnant de personnages et parvient à donner une importance égale à chacun d'entre eux, n'oublie pas de nous parler un peu du passé de chacun, offre au lecteur des affrontements spectaculaires, et ne néglige pas pour autant son scénario qui est pleinement exploité.

    Par contre, à force de le voir œuvrer sur des séries courtes, on en vient à se demander si Iwahara est capable de faire tenir un récit sur une plus longue durée. Il faut bien avouer que, comme évoqué précédemment, sur la fin Le roi des ronces tirait un poil en longueur. Et vu la nervosité de ses scenarii, cela ne lui correspondrait pas vraiment. D'autant plus que, comme il le dit lui-même, il a tendance à se laisser guider par son feeling et modifie parfois son histoire s'il ne parvient pas à rendre convenablement tel ou tel évènement sur papier. Au contraire, il lui arrive de passer plus de temps que prévu sur l'une ou l'autre chose s'il en apprécie le rendu. Bref, difficile de tenir le coup sur la durée avec ce genre de fonctionnement sans se planter en cours de route. Néanmoins ce n'est pas vraiment grave en soi, après tout, les choses les plus courtes sont parfois les meilleures ! D'autant plus que le public occidental tend de plus en plus à favoriser les intrigues qui ne s'étirent pas sur une trentaine de volumes.
 
 
 

Une touche d'humour étonnante et maitrisée

 
    Pour terminer en ce qui concerne son style narratif et scénaristique, il reste toutes ces petites choses qui font que, mises ensemble, le résultat final est encore meilleur que ce que l'on pouvait imaginer. On appréciera par exemple le fait qu'il ne tombe pratiquement jamais dans le fan service, ou en tout cas jamais suffisamment que pour déranger ceux qui ne sont pas adeptes du style. Tout au plus, on verra ça et là la culotte de Misaki dans l'histoire qui lui est dédiée. Mais cela s'apparente plus à un trait d'humour qu'autre chose. L'humour, justement et suivant les histoires, est par contre très présent. C'est frais, joyeux, bien senti, bref, ça nous met de bonne humeur. C'est surtout le cas dans Nekoten!, et il faut bien constater qu'Iwahara s'en sort de manière particulièrement habile. La plus belle preuve reste lorsque Yumi dévoile à Kansuke ce qui s'est réellement passé lors de leur première rencontre: On en reste littéralement sur le cul, pardonnez moi l'expression, tellement c'est inattendu et complètement décalé. Ca pourrait déranger, on pourrait crier au scandale, mais non, c'est juste excellent ! Iwahara n'en était par ailleurs pas à son coup d'essai puisqu'on peut retrouver le même procédé dans le Monde de Misaki, lorsque Tokuko, riche héritière, nous dévoile son "terrible secret".
 
 

© Yuji Iwahara

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