Dossier manga - Wish

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Sommaire

Publié le Jeudi, 20 October 2011


La dualité parfaite


Les CLAMP aiment beaucoup jouer sur les contraires, les opposés, les caractères ou les rôles qui se complètent en présence l’un de l’autre. Que ce soit dans Tokyo Babylon, dans Tsubasa, Chobits, X1999, XXXHolic, Magic knight rayearth ou même Card Captor Sakura, c’est un fait. On pouvait difficilement y échapper ici, mais Wish est sans doute la série qui condense le plus cette dualité, cette notion de deux, un peu comme le yin et le yang. A tous les niveaux on peut le voir, que ce soit dans les personnages, leur environnement ou même la façon dont se déroule la narration. Comme si quelque chose ne pouvait exister sans son contraire sans menacer l’équilibre, que ce soit dans une lecture ou à l’intérieur d’un monde. Tentons d’explorer toutes les dualités qui s’opposent dans Wish, sachant qu’à chaque fois elles se complètent pour nous offrir un scénario riche, étudié et non aussi simpliste que l’on voudrait bien le croire.

Le plus évident, qui part de la base du manga et jusqu’à son titre : la notion de vœu. Un vœu, selon Kohaku, ne peut être réalisé que de deux manières : seul, et ça Shuichiro semble l’avoir bien compris, ou avec l’aide indispensable de quelqu’un. C’est cela qu’elle veut apporter à son sauveur, et se démène pour trouver quelque chose qu’il ne pourrait trouver par lui-même. Mais la plupart des choses ne dépendent pas d’un autre si l’on s’y prend bien, et de cela le chirurgien est convaincu. Même le bonheur, il le cherche et le trouve seul, et refuse toute aide pour y accéder. Mais la jeune ange insiste, persiste, s’impose peu à peu jusqu’à ce que tous les deux comprennent quel vœu doit être formulé pour les réunir, quel vœu ne peut se réaliser qu’entre eux deux et avec la formulation de leurs désirs conjoints. Le pouvoir seul de Kohaku n’aurait alors pas suffit, puisqu’elle-même souhaite la même chose et ne peut donc se l’approprier de manière exclusive et sans le soutien et l’accord de Shuichiro. Un beau moment qui nous en apprend un peu plus sur le sens de la vie et de ce qu’on lui donne : avons-nous toujours besoin des autres, ou bien certaines choses ne dépendent-elles que de nous, pour alors donner encore plus d’importance à ce qui ne se réalise qu’à deux ? Cela nous amène indubitablement sur le thème de l’amour, qui est fortement présent entre nos deux héros. Ce sentiment doux et poétique, cette caresse sentimentale qui prend place doucement, qui se développe avec une lenteur étudiée au long des quatre tomes. Au final, on sait bien qu’il est là, qu’il sera là, qu’importe. Ce qu’il est intéressant de découvrir c’est comment, pourquoi, est-ce que Kohaku va en prendre conscience, de quelle manière ? Toutes ces questions qui demeurent au début sans réponse nous amènent à simplement profiter de la petite balade de l’amour qui avance sans se presser, au rythme des discussions et des gestes quotidiens. En filigrane, la haine. Celle qui oppose notamment Kohaku à Koryu, celle d’ennemis ancestraux même si elle ne prend pas forme dans le cœur d’un ange comme la haine que l’on peut connaitre. Cela peut simplement être l’abandon de tout espoir de salut, comme Dieu qui laisserait ses brebis aux tristes aléas du destin certains anges peuvent arrêter d’espérer sauver ses brebis égarées que sont les démons. C’est cette haine camouflée mais entretenue et bien réelle qui contrebalance le poids et l’influence de l’amour, notamment lorsque les oppositions se précisent ou quand Koryu fait tout son possible pour réduire à néants les efforts de Kohaku pour être heureuse.

De cette constatation nait la réflexion autour des statuts de nos protagonistes principaux : anges, démons. Les uns contre les autres, au départ et c’est ce qu’on s’attend à voir. Pourtant, Hisui et son cher et tendre illustrent magnifiquement bien la complexité de ces liens. Ils façonnent à eux seuls l’attirance inexplicable, immédiate et passionnelle qui peut se créer entre deux êtres pourtant bien différents et destinés à s’affronter. Hisui est alors nuancée, n’hésite pas à se noircir les ailes pour son bonheur, tout comme Kokuyo sait qu’il se devra de mettre un peu d’eau dans son vin, que ce soit dans sa cruauté naturelle ou sa tendance à la séduction. Ils sont alors nuancés, impliquant quelque peu la partie « floue » de la rencontre de ces deux mondes, si proches et si éloignés. A l’inverse, Kohaku et Koryu sont les dignes représentants des extrêmes des deux partis. La première est un modèle d’innocence, de droiture, de bonté et d’honnêteté. L’égoïsme, elle ne le découvre que lorsqu’elle tombe amoureuse et c’est une découverte qui lui est presque insupportable tant elle en souffre de décider pour elle avant de prendre en compte les autres. Ayant toujours été protégée loin de la Terre, et des démons, elle ne comprend pas vraiment les choses, et encore moins les attitudes égoïstes, méchantes, moqueuses et viles sans autre but que de s’amuser aux dépens des autres. En somme, elle est bien incapable de saisir ce qui définit son ennemi de toujours, qui la prend pour cible privilégiée de ses moqueries tant elle est incapable de lui résister ou même de se plaindre de manière efficace. Lui arracher des larmes est son activité favorite, et il y arrive souvent la nuit, d’ailleurs. Encore quelque chose qui les oppose diamétralement : l’une possède forme humaine et pouvoirs le jour, tandis que l’autre est réduit à une marionnette inoffensive, et inversement lorsque la nuit tombe. Un point intéressant, qui sépare avec netteté le pouvoir solaire, le bien, le bon, du pouvoir lunaire, l’inquiétant, le sombre et le mystérieux. Ce qui nous rappelle assez facilement Card Captor Sakura, Kero et son antithèse.
 
 
 
 
 
On remarque assez rapidement que parmi les quatre images principales, en dehors de Shuichiro, les anges sont des femmes et les démons des hommes. Véritable volonté d’instaurer les femmes comme porteuses du message et de ce qui est supposé représenter la pureté ? Pas forcément, puisque dans les personnages secondaires on retrouve quelques anges élémentaires comme des hommes et les servantes de Koryu sont à priori féminines. Ceci dit, les ambigüités sexuelles qui peuplent le manga n’aident pas à la compréhension de ce point. En effet, Hisui pourrait être un homme à la sauce CLAMP que ça ne nous choquerait pas, et pour certains anges moins importants, on cherche encore leur sexe ... A priori, un ange n’en aurait d’ailleurs pas, se montrerait aux humains tel un être asexué et dépourvu de la moindre possibilité d’incarner le vice, par les rapports charnels, que les démons exposent bien plus aisément, d’où sans doute leur aspect très séducteurs. Et quand on voit Kohaku ou Koryu se métamorphoser lorsqu’ils retrouvent leurs pouvoirs, notamment dans le premier tome, il est vrai qu’il serait bien difficile de leur attribuer un sexe ... Même pour ce qu’on pensait être un homme, ou une femme. En somme, plusieurs enjeux se déroulent ici dans la simple représentation de personnages principaux, et à vrai dire on n’est pas vraiment sûrs de pouvoir identifier tous les liens imaginés par l’auteur. Pour rester dans le même ordre d’idée, il serait malvenu de ne pas citer au moins le Tout Puissant, alias Dieu, et Satan qui eux aussi s’opposent et incarnent les deux plus grands extrêmes que le monde puisse porter, sans pour autant prendre une réelle place dans le manga, puisqu’ils restent totalement immatériels, qu’on ne peut jamais les voir et que seuls leurs serviteurs, ou enfants, nous apparaissent.

Dernier point d’opposition, dans la narration en elle-même, et sa construction. Les CLAMP jonglent toujours entre l’humour, omniprésent et élément clé du manga, et le drame qui se glisse par petites touches ayant un retentissement bruyant et catastrophique. Le rire nous aide notamment à oublier que la narration traine parfois en longueur sans rien nous apporter de nouveau, et il est très présent entre Kohaku et Koryu. La rencontre de ces petits personnages donne lieu à des situations cocasses ou amusantes, parfois ridicules, et l’on a d’ailleurs souvent tendance à se placer du côté du démon qui s’amuse beaucoup des misères de Kohaku, et se moque ostensiblement de sa capacité à pleurnicher pour un rien. C’est son statut d’ange inexpérimenté qui la rend aussi attendrissante et amusante dans ses erreurs naïves et dans ses essais, inscrits dans une volonté de bien faire. On ne peut alors lui en vouloir, mais retenir son amusement sera difficile face à Miss catastrophe. Toutefois, quand le drame s’invite dans l’histoire il ne le fait pas à moitié. Dans certains flash-back il est particulièrement présent pour expliquer la distance que Shuichiro respecte avec les gens qu’il rencontre, mais c’est surtout sur la conclusion qu’on se rend compte de l’importance de cet aspect plus sombre du manga. Outre la séparation de Kohaku et de celui qu’elle comprend aimer, moment d’intense déchirement qui nous émeut vraiment tant les larmes de Kohaku ne peuvent être feintes, c’est encore autre chose qui nous bouleverse, nous surprend. Car la fin ... est en deux fins ! La première est brutale et nous laisse pantois, incompris, tandis que l’autre ouvre une porte vers un avenir plus radieux. Ainsi, alors que la fin guimauve se fait pressentir, un dernier retournement de situation bouleverse toutes les attentes, tentant de jouer sur le registre dramatique que la série n’a jamais réussi à aborder jusque-là. En effet, le destin de ce couple est bien triste ... D’une page à l’autre, les auteurs nous bouleversent la narration d’un claquement de doigts ... Très habile, bien que cela ait pu mériter un traitement légèrement plus en douceur tant le passage de l’un à l’autre est brutal ... mais c’est ce qui est voulu, finalement. Coup de maitre, en tout cas. Ce qui suit alors est bien dans la thématique des mangakas, d’autant plus sur cette série : rien n’est inéluctable, et l’espoir peut toujours revenir au sein d’un cœur meurtri.



WISH © CLAMP/KADOKAWA SHOTEN Publishing Co., Ltd.

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