Vinland Saga - Partie 2 - La ferme de Ketil - Actualité manga
Dossier manga - Vinland Saga - Partie 2 - La ferme de Ketil

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Sommaire

Publié le Vendredi, 17 April 2015


Un contexte qui reste riche



Un décor toujours aussi travaillé


Dans l'arc de la ferme de Ketil, Makoto Yukimura nous plonge dans une ambiance bien différente de celle du prologue, en plein cœur du Jutland, alors province campagnarde du sud du Danemark continental.

Un nouveau cadre qu'il s'applique évidemment à retranscrire fidèlement dans ses dessins toujours aussi riches.

La peinture d'époque est rendue toujours aussi immersive peinture toujours aussi immersive par le grand soin apporté aux intérieurs en bois, bien sûr, mais aussi et surtout aux extérieurs. Les vastes et hautes  forêts de cyprès (comme celle que Thorfinn et Einar doivent déboiser) alternent avec les vues sur les champs, sur les amples étendues herbeuses, sur la mer non loin avec ses plages ou ses falaises... pour un résultat qui se rapproche beaucoup des décors réels de la péninsule danoise.

On appréciera également les détails sur les petits éléments naturels comme les épis de blé ou les branches d'arbre, ainsi que la précision des charrettes, des vieilles charrues, des ustensiles de travail, des vêtements et peaux, ou même des quelques navires aperçus.

Pas grand-chose à rajouter par rapport au premier dossier, à vrai dire : si le cadre est totalement différent de celui du prologue, l'auteur s'applique toujours autant à le dessiner.





Le quotidien de l'époque


Dans ce cadre, Makoto Yukimura s'applique à présenter comme il se doit les mœurs au sein du Danemark de l'époque.


La campagne danoise

Troquant l'Islande où aucune culture n'était possible et les champs de bataille anglais contre la campagne danoise, il s'applique à retranscrire avec une certaine précision le milieu agricole de la ferme et de ses alentours, avec notamment quelques détails sur le fauchage du blé, sur l'importance de laisser une longueur à l'éteule pour que le bétail puisse manger, sur l'importance des animaux pour parvenir à effectuer certaines tâches comme déraciner les souches d'arbre...

De même, il prend le temps de croquer le travail de la terre, les mains abîmées pendant les récoltes et en retirant les cailloux du sol, l'éreintante coupe du bois... Sous son coup de crayon très riche et où les décors sont omniprésents, découvrir tout cela s'avère très immersif.


La hiérarchie de la ferme

Au fil des pages, l'occasion nous est aussi donnée de cerner la hiérarchie au sein de la ferme de Ketil.

La famille dirigeant le domaine voit Ketil détenir tout le pouvoir décisionnel de l'exploitation, tandis que le vieux maître Sverkel reste l'homme le plus important et le plus influent du domaine. Restant fidèle aux mœurs de l'époque, Yukimura nous laisse comprendre qu'à l'époque, il arrivait souvent que le fils aîné parte à la guerre et que le fils cadet soit chargé de reprendre le domaine, ce qui est le cas de Thorgeir et d'Ormar.

Autour du domaine, la ferme de Ketil s'applique à vivre en communauté avec les autres petites fermes alentour, petites exploitations agricoles qui ont des dettes envers lui ou dépendant de lui administrativement. Concrètement, ces petites fermes sont donc sous le joug de Ketil.

Employés par le maître, les valets de ferme n'ont ni argent, ni terre, ni famille, et louent leurs services comme main d'oeuvre. On y trouve des hommes libres depuis toujours, mais également d'anciens esclaves affranchis, comme le dénommé Patel. Entre les deux il y a tendance à y avoir une hiérarchie, les affranchis restant rabaissés par les autres, mais dans les deux cas il s'agit de « karl » ou « hommes libres » (par opposition aux esclaves, les « thrall »), principale classe sociale viking où l'on trouve aussi les artisans, les commerçants artisans, les guerriers...

Egalement employés, les « hôtes » sont les mercenaires du Serpent, chargés de défendre le domaine en cas de conflit physique.

Enfin, tout en bas de l'échelle, on retrouve les esclaves, comme Thorfinn, Einar et Arneis. Achetés comme du bétail, ils ne sont guère vus comme des humains par la plupart des groupes qui sont au-dessus d'eux, ce que nous allons tout de suite voir.


La difficile condition d'esclave

« Les esclaves sont comme des chiens ou des porcs »

Cette phrase, prononcée par Einar dès le début de l'arc, résume assez bien la vision que beaucoup d'hommes libres ont de ceux qui ont été achetés comme de vulgaires objets.

Dès le début, avec les quelques pages montrant Einar avant qu'il ne soit acheté, le mangaka nous fait prendre conscience de cette condition avec le traitement des marchands d'esclaves, ceux destinés à être achetés n'étant guère traités avec respect. Ils doivent se laver dans de l'eau glacée, sont exposés comme des bêtes devant les acheteurs, sont fouettés s'ils désobéissent...

Au sein de la ferme de Ketil, on les voit un peu mieux traités, notamment par le vieux maître, par Patel qui sait bien ce que c'est qu'être esclave, par Ketil qui leur offre une chance d'acheter leur liberté en travaillant, ou même par Serpent qui, contrairement à ses hommes, ne consent pas à lever la main sur ces êtres qui ne lui appartiennent pas.
Cependant, la situation des esclaves à la ferme reste très délicate : hormis Arneis qui connaît toutefois une autre forme d'esclavage en étant la favorite de Ketil, ils dorment sur la paille dans la grange, et, surtout, sont moqués, maltraités, dénigrés par nombre des gens libres, à commencer par les valets et serviteurs qui, par exemple, leur apportent des repas inconsistants ou refusent de leur prêter des chevaux quand ils en ont besoin.

Le statut difficile des esclaves est mis en avant comme une sorte de contradiction, que ce soit par le biais des coups bas des valets de ferme ou via le destin sans porte de sortie qui semble être dressé pour la belle Arneis. Ainsi, alors qu'on se délecte de la peinture de la société d'époque que nous offre Makoto Yukimura et de cette ambiance agricole finement retranscrite, l'un des principaux portraits de cet arc reste celui de la discrimination des esclaves, une discrimination qui sera à l'origine de certains événements importants.

Il faut toutefois signaler que si discrimination il y avait à cette époque, il ne s'agissait pas de discrimination raciale, mais uniquement de discrimination par rapport au statut. A cette époque le métissage était d'ailleurs monnaie courante, même su sein des personnes au statut élevé. Voir des Danois avec des Anglais ou des Celtes n'était pas forcément rare et les Vikings ne semblaient pas se soucier de ça.


D'autres petits détails

A tout cela, Makoto Yukimura ajoute, encore et toujours, quelques petites choses typiques de l'époque, qui sont simplement évoquées, mais qui renforcent la crédibilité de son récit.

On peut notamment souligner l'évocation du danegeld, tribut par les Anglais aux envahisseurs danois, bu bondi, paysan-pêcheur et propriétaire libre, ou du hnefatafl, une sorte de jeu d'échecs typiquement viking.




Le respect des grands repères historiques...


Par rapport au prologue qui posait de nombreuses bases et présentait toute la chute de Sven et l'ascension de Knut, l'arc de la ferme de Ketil, avec son focus sur la vie dans la campagne danoise, est sans aucun doute moins riche sur le plan historique. Mais cela n'empêche pas Makoto Yukimura de rester fidèle aux grandes lignes de l'Histoire, qui lui servent à faire avancer son récit.

Depuis la mort de Sven à la fin du prologue, le territoire est partagé entre ses deux fils : Knut convoite l'Angleterre, tandis que Harald règne sur le Danemark. Mais la mort du Roi Sven pousse l'Angleterre à tenter de retrouver son indépendance face au Danemark. Pendant que Knut devient le chef des armées de l'Angleterre des Vikings danois, l'ancien roi d'Angleterre Ethelred II revient de son exil en Normandie pour remonter sur son trône. Entre ces deux hommes convoitant tous deux un même trône, la guerre reprend de plus belle.

Dans ce contexte, nous retrouvons un Knut poursuivant sa campagne en Angleterre, et déterminé à évincer Ethelred. Makoto Yukimura s'applique à respecter les grandes dates de ce conflit qu'il expose avec clarté, et s'il n'entre pas vraiment dans les détails, il glisse néanmoins nombre de petites références plus ou moins importantes, à l'image de l'évocation d'Eadric, un Comte de Mercie que Knut, en 1015, convainc de trahir les Anglo-Saxons au profit des Danois. Citons aussi Edmond, le fils d'Ethelred, auquel les troupes de Knut doivent faire face. Ces éléments restent présentés de façons assez succinctes, mais ils sont la preuve que Yukimura, même s'il accorde moins d'importance à l'aspect historique que durant le prologue, souhaite continuer d'inscrire son scénario dans la grande Histoire.

Puis suite à la trahison d'Eadric, Ethelred meurt en 1016. Son fils Edmond lui succède vaillamment, mais s'éteint à son tour quelques mois plus tard, en novembre 1016. Knut peut alors officiellement devenir souverain d'Angleterre.

En 1018, les deux frères Harald et Knut continuent de bien s'entendre, mais la mort imminente de Harald, atteint d'une curieuse maladie, laisse Knut seul dirigeant d'Angleterre et du Danemark. Si, historiquement, la théorie de l'empoisonnement de Harald reste une hypothèse, Yukimura en fait une réalité, pour le bon déroulement de son histoire

Dans tous les cas, l'arrivée au pouvoir de Knut au Danemark pousse le nouveau roi à s'interroger sur certains problèmes, dont le manque de sources de revenus. En effet, si le déploiement d'unités en Angleterre est compensé par les taxes imposées aux Anglais, ces derniers se montrent de plus en plus mécontents face à ces lourdes taxes. Aussi Knut se doit-il de trouver de nouveaux revenus au Danemark afin de soulager le peuple anglais et de ne pas être obligé de diminuer ses effectifs en Angleterre. Et pour cela, il lui faudra contrôler de nouveaux territoires, ce que nous vous laissons découvrir dans la deuxième moitié de l'arc de la ferme de Ketil, où le mangaka s'écarte un peu plus des vérités historiques.


...et des clins d'oeil plus lointains, et moins nombreux


Alors que le prologue de Vinland Saga comportait, au niveau de ses personnages, plusieurs références plus ou moins lointaines à des personnages de la mythologie et des contes scandinaves (comme Askeladd renvoyant au personnage de conte Askeladden, ou Thorfinn et Thors), il paraît plus difficile de débusquer des clins d'oeil de ce type avec les nouveaux protagonistes de l'arc de la ferme de Ketil. Qu'il s'agisse d'Einar, d'Arneis, de Ketil ou des autres, aucun ne semble directement rattaché à des personnages mythologiques scandinaves.

On peut toutefois signaler, dans le tome 10 lors du cauchemar de Thorfinn, le clin d'oeil au Valhalla, l'antre des morts dans la mythologie viking, où les fiers guerriers tombés au combat connaissent des séances d'entraînement perpétuel pour devenir les soldats des dieux pendant les guerres ultimes contre les géants (conflit nommé le Ragnarök).
  
  
  

© Makoto Yukimura / Kodansha Co. Ltd.

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