Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE - Actualité manga
Dossier manga - Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE

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Sommaire

Publié le Vendredi, 24 December 2010


"Il n’y a pas de hasard, tout est inéluctable"

  
On l’a dit, les personnages ont bien changés par rapport à leurs inspirations premières, et ils ne cessent d’ailleurs d’évoluer dans le monde de Tsubasa. Ainsi, on commence la série sur une base assez simple, à savoir l’amour tendre qui unit Sakura et Shaolan, mais la perte de mémoire de la jeune fille qui ne pourra plus se remémorer les souvenirs attachés à son compagnon de route, dont elle a oublié jusqu’à l’existence. Toutes les plumes qu’elle retrouve sont brouillées, leur contenu est altéré afin que le prix payé par Shaolan demeure entier. C’est donc l’immense tristesse que l’on a de voir ces deux êtres si proches et si lointains à la fois qui nous serre le cœur dans les premiers tomes. Il est beaucoup fait étalage de leur lien oublié, de leur connivence d’autrefois et de leur proximité qui n’a plus lieu d’être. C’est le point majeur, avec un Shaolan qui rumine souvent, se retient d’exposer au grand jour ses véritables sentiments, et tente d’oublier que les émotions que son cœur contient tant bien que mal sont réelles, et qu’elles ne peuvent plus être partagées. C’est la première phase sentimentale du manga, extrêmement basique et simple à comprendre, ancrée dans une volonté d’être épurée, afin de permettre aux lecteurs d’entrer en douceur dans l’univers de la série.

Toutefois, ce contexte ne dure pas et rapidement, le titre se transforme et devient plus sérieux, moins axé sur le lien exclusif entre les deux jeunes gens et ouvrant d’avantage l’histoire à de multiples possibilités sentimentales, développant les personnages plus secondaires, approfondissant les choses ... C’est, on l’a également dit un peu plus haut, le monde de Tokyo qui va tout faire basculer. Parce que Sakura y change du tout au tout, parce que Shaolan n’est plus le même, que Fye se révèle et que Kurogané doit gérer tout cela. Les non-dits surviennent, ainsi que les secrets, les mensonges et les prises de risques. Sakura regagne bout par bout sa mémoire, et cela la rend d’ores et déjà plus consistante et d’avantage dans l’aptitude à contrôler son destin et à modifier l’avenir en fonction de ce qu’elle pressent. A partir de ce monde se mettent en place différentes intrigues sur le fil rouge principal, qui se dévoile peu à peu, avec la mise en abîme de la narration, qui se développe sur différents niveaux. Ainsi, on en découvre d’avantage sur le plan de Fei Wan Reed, sur ce qu’il contrôle depuis le début du manga, et on apprend enfin ce qu’est cette histoire de clone de Shaolan. A partir de là, la dégringolade commence et c’est le capharnaüm dans le scénario, qui se développe de partout et dans tous les sens tout en restant extrêmement logique et maîtrisé par les CLAMP. Il faudra alors sans doute relire plusieurs fois les derniers tomes pour tout saisir des différents intervenants, mais jamais un illogisme ne se glisse pour entraver une compréhension rendue simplement difficile par l’action constante de Tsubasa, et par le dynamisme incroyable instauré dans les différents revirements de situation.

La première notion qui se concrétise avec Tokyo est celle des clones. Outre les alter egos que nos amis rencontrent dans les mondes qu’ils visitent, il semblerait logique qu’eux aussi soient soumis à cette même règle d’un autre soi-même. Sauf qu’en matière de logique, justement, il va falloir s’accrocher pour tout suivre et tout comprendre ! Sans rentrer dans les détails, on ne dénombre pas moins de quatre entités qui, à un moment où à un autre, étaient reliées à Shaolan et le même nombre pour Sakura ... Sachant que certains se recoupent parfois, d’autres pas, et qu’il y en a qui se fondent, se révèlent être une seule et même personne. De plus, c’est à peu près à ce moment-là que va intervenir Watanuki, de XXX Holic. Le jeune homme s’impose à travers les paroles d’autres protagonistes, qui le représentent comme un point important de l’intrigue et du jeu des personnalités. L’enjeu sera de comprendre, quand tout le monde se trouve réuni, qui est qui, quel est le rôle de chacun et quels sont, en définitive, les personnages que l’on a suivi pendant tant de tomes sans rien connaitre sur eux ? Ces clones, ces alter egos font partie intégrante de l’idée de Tsubasa, même si au départ cette notion n’est représentée que par les différentes dimensions que les héros traversent. Mais ce qu’il faudra principalement retenir, c’est justement une des premières phrases de Yuko qui annonce que tout est inéluctable, et qu’il n’existe pas de hasard en ce monde. Chaque geste conditionne le concept erroné du hasard, rendant ainsi toute personne maîtresse de son destin et de son avenir, si toutefois elle parvient à définir ses priorités et ses limites. Car changer le futur n’est pas chose évidente, et chaque battement d’aile de papillon peut se transformer en véritable cyclone à l’autre bout d’une dimension.
 

 
On retiendra également le rôle primordial de Yuko qui, en tant que sorcière des dimensions, s’impose avant tout comme un personnage à part et détaché, normalement neutre et devant le rester. Mais si Yuko parait, tout le long du manga, être suffisamment en dehors des histoires qui se créent et se mêlent dans le monde de Tsubasa, elle n’en est pas moins un maillon de la grande chaine du destin qui unit chacun d’entre eux, ne pouvant échapper à l’intrication des mondes. Rester simple observateur devient alors compliqué pour cette personne hors du temps, au savoir immense et aux connaissances magiques, d’autant plus quand sa volonté à elle devrait ne pas rentrer en ligne de mire. Devoir faire payer des voyageurs qu’elle estime tout en ne pouvant que prier pour leur réussite, sans pouvoir se résoudre à faire un geste dans leur direction, Yuko est soumise en tant que magicienne à la loi de l’échange équivalent, si bien qu’elle est obligée de prendre à Shaolan et ses compagnons ce qui a le plus de valeur à leurs yeux. L’importance de ce personnage ne se révèle toutefois que vers la fin du manga, alors que l’on découvre enfin qui elle est, ou du moins d’où elle vient. Yuko peut-elle s’engager dans la réalisation de vœux alors qu’elle-même est impliquée dans cette grande mascarade, alors que ses désirs sont quelque part engagés dans la course au bonheur et à l’aboutissement de souhaits ? Personnage toujours mitigé, retenue par son devoir et son statut, Yuko instaure une fiabilité, une raison et un certain dosage de la vérité pour les lecteurs comme pour les protagonistes du manga, permettant ainsi à tous de trouver des réponses ou d’éclaircir certains points.

Le point d’orgue du récit, invariant dans l’ignorance qu’on a de lui et de tout ce qui se rapporte à sa personne, est bien évidemment Fei Wan. Ce méchant est autoproclamé dans l’histoire, le seul au demeurant qui survive au changement de monde et qui ne s’évanouisse pas par un tour de passe-passe de nos héros qui résolvent au fur et à mesure les conflits dans les dimensions qu’ils traversent. On retient surtout son ambition démesurée, qu’on ne cerne réellement qu’à la toute fin, une fois qu’il a disparu, laissant derrière lui son souhait, aussi pur qu’au premier jour. Celui-là même dont on entend parler très longuement, sans jamais avoir d’explication concrète. Celui dont on connait le caractère impossible, sans se douter qu’il est véritablement intense. Suffisamment pour animer Fei Wan sans lui permettre de se détourner de son objectif, suffisamment pour le rendre moins haïssable quand on en connait la teneur et la raison d’être. Pas de sentiments superflus concernant ce méchant incarné superbement par une entité qui réduira en cendres l’avenir et le bonheur de chacun des protagonistes principaux de Tsubasa. Après avoir retenu captif Shaolan, manipulé Sakura en les faisant partir comme à son intention à la recherche de ses plumes, il a détruit la famille de Kurogané et brisé Fye dans son plus simple souhait d’espoir, le rendant coupable de crimes innommables qu’un enfant s’impose sans plus réfléchir à sa véritable responsabilité. Bref, une figure splendide quand on prend le temps de s’y attarder au-delà des méfaits qu’il sème dans les vingt-huit tomes de la série, au-delà de la souffrance qu’il distribue sans pitié. Ce qu’il faut, c’est simplement chercher d’où vient cette fascination pour la réussite, cette volonté inébranlable et cette absence totale d’humanité. Et c’est ça qui rend Fei Wan véritablement intéressant sur la fin, sans que l’on puisse s’en douter auparavant.

Et tout cela, tant d’efforts, tant de promesses et de douleurs, pour ... une fin en queue de poisson. Sans la dévoiler, simplement en la critiquant, on peut dire qu’après tout ce que les héros ont pu endurer sous le régime de Fei Wan, avec l’aide de Yuko, dans le dépassement de soi et dans la résignation la plus totale à un égoïsme assumé et entier, on pourra seulement se demander de quel droit finir ainsi. Le studio CLAMP s’offre une conclusion un peu légère, des images finales très épurées et débarrassées de l’action incessante qui survenait un peu plus tôt. Oubliés, la mort imminente, la douleur de perdre un être cher, le plaisir d’être ensemble. Tout ce qu’il en ressort, c’est un crescendo qui redescend assez brutalement, sans prévenir et sans avoir pitié de nos héros. Mais encore une fois, il n’y a pas de hasard et tout cela était prévu de longue date, grâce à l’intervention et aux actes ou paroles de chacun ...
   
 
  
 
 

TSUBASA RESERVOIR CHRONICLE © Clamp / Kodansha Ltd. / All rights reserved.

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