Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE - Actualité manga
Dossier manga - Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE

Reader Rating 18 /20

Sommaire

Publié le Vendredi, 24 December 2010


Un cross-over anarchique, un monde en deux parties

 
On ne peut décemment pas parler de Tsubasa sans parler des autres mangas des CLAMP. En effet, et l’on aura très rapidement compris avec simplement les deux héros de la série, le manga se base sur la réutilisation des protagonistes d’autres œuvres. Si au début cette idée semble un peu simpliste et présente uniquement pour soulager le studio d’inventions de nouveaux personnages, il est légitime de s’interroger quelques instants. En effet, les références sont poussées à l’extrême jusque dans les plus infimes détails que l’on ne reconnait absolument pas. Ainsi, certains figurants dans Tsubasa que l’on aperçoit dans une case à peine existent déjà sur une autre licence, et les auteurs ont tout de même tenus à garder cette idée de référence, indispensable à l’idée de base sur laquelle leur série phare est construite. Chaque image est travaillée dans la mesure du possible, et ainsi très peu de personnages, même parmi les plus anecdotiques, se retrouvent oubliés. Tout cela dans l’optique de créer un univers propre à Tsubasa, où tout le monde peut se croiser, possède un alter ego quelque part, dans un monde parallèle. On aurait d’ailleurs très bien pu imaginer Shaolan, Sakura et leurs trois compagnons atterrir dans un monde reflétant réellement une autre série des CLAMP, comme c’est le cas parfois, et ne pas se contenter de réutiliser les personnages. En effet, si nos héros sont par exemple immergés dans Tokyo, ville qui nous rappelle de par les oppositions et le destin assez crédible d’une série sans fin, X-1999, il y a d’autant plus de monde inventés. Piffle World, le pays de Jade, la république de Hanshin ... Tous ont un lien plus ou moins fort avec certaines séries dont les protagonistes du monde son extraits, mais ce n’est jamais réellement une répétition de séries, juste une réutilisation finalement pertinente des protagonistes. Pas de manque d’idée ni de réel fan service, mais plus une volonté de baser Tsubasa, dont le thème est le voyage entre les dimensions et l’existence d’un monde aux mondes infinis, dans un univers qui rassemble des milliers d’individus qui se ressemblent toujours.

Evidemment, il y a un peu de jeu dans tout cela, permettant aux fans absolus des mangakas de s’amuser à retrouver les références les plus inattendues (Chun-yan dans le pays de Koryo qui vient de l’obscur Shin Shunkaden), les plus évidentes (Kamui, Subaru, Seishiro et Fuma entre autres ...) ou les plus invisibles, comme l’apparition récurrente de Miyuki (Miyuki-chan in Wonderland). On se plait alors à retrouver des personnages qui nous auraient particulièrement marqués dans d’autres séries pour voir un peu comment ils peuvent évoluer dans un autre contexte, sur un autre monde. L’exemple le plus flagrant sera sans doute l’amour d’Arashi et de Sorata, qui se perpétue avec beaucoup de tendresse bien après X-1999, et ce pour notre plus grand plaisir. Le versant plus négatif sera lié au succès de Tsubasa : la série ayant eu tant de retentissement et de succès en France que nombre de lecteurs l’auront sans doute appréciée à moindre échelle, ceux-ci n’ayant pas forcément eu l’occasion de lire la totalité ou même la partie la plus importante des œuvres des CLAMP. Le cross-over perd alors en puissance, et c’est bien dommage puisque dans la première partie de la série, c’est l’intérêt principal. D’autant plus que les personnalités changent parfois par rapport à l’original, même si les mangakas respectent plus ou moins le schéma créé pour chacun d’eux. Car si Sakura (inspirée bien évidemment de Card Captor Sakura) conserve sa naïveté et sa volonté de sauver les autres, on a du mal à imaginer notre magicienne aux cartes évoluer en ce sens et devenir celle que l’héroïne de Tsubasa va être. En effet, lors de la première partie de l’histoire, Sakura a un tempérament bien moins dynamique voire agité que son homonyme, et dans la seconde elle se montre bien plus sérieuse, passionnée et féminine que ne peut l’être une gamine d’école primaire ... C’est donc alors une simple inspiration, et non pas une évolution de ce que l’on connait déjà, les CLAMP s’amusant simplement à reprendre des personnages chers à leurs cœurs ... et au notre!
 
  
 
Le Shaolan de Tsubasa est lui aussi bien différent : bien moins colérique et de mauvais poil que dans sa série d’origine, il adopte un tempérament calme, réfléchi et extrêmement posé. Il démontre un sang-froid exceptionnel hormis lorsque Sakura est en danger, et c’est d’autant plus vrai après le monde de Tokyo, où il gagne en maturité du fait de ses expériences appuyées. Yukito, quant à lui et puisque l’on prend l’exemple des personnages de Card Captor pour illustrer les changements et les invariants du cross-over -les héros de Tsubasa en étant issus-, a bien changé. Il apparait moins, n’est pas la cible de l’amour de Sakura, ne s’empiffre pas à longueur de journée, n’est pas aussi souriant et bienveillant. Il reste le meilleur soutien de Toya, mais sera moins enjoué et plus sérieux, avec son rôle important de prêtre du pays. Par contre, il y a des invariants flagrants, dans les personnages qu’on a l’occasion d’approfondir un peu plus que la moyenne (on déplore de ne pas pouvoir s’attarder sur certains personnages de X ou de RG Veda) : Tomoyo ne change pas beaucoup par rapport à Card Captor, toujours aussi énergique, protectrice et attentionnée, elle apprécie beaucoup Sakura et s’impose comme un personnage nuancé mais très mature et de bon conseil. C’est particulièrement remarquable dans le monde de Piffle ou elle s’attache avec une rapidité incroyable à notre héroïne, comme si les CLAMP avaient voulu redonner vie à cet étrange duo né de Card Captor. De même, le Toya du pays de Clow garde son côté embêtant mais au fond très attaché à sa sœur, avec cet air faussement méchant qu’il se plait à se donner. Et il méprise toujours autant Shaolan, en qui il voit un obstacle au bonheur de sa sœur ou simplement un prétendant trop léger à son goût de protecteur naturel de Sakura ...

Quelques « personnages-pièges » se glissent avec plus ou moins de subtilité, à savoir qu’ils n’ont aucun rapport avec d’autres œuvres des CLAMP et ne sont qu’invention pour Tsubasa. On citera bien évidemment Fye et Kurogané, mais aussi la plupart des intervenants du pays de Jade, où seule la princesse Emeraude a une origine connue (Magic Knight Rayearth), les « méchants » du pays de Koryo, et enfin Fei Wan et son acolyte Xing Huo, à savoir le personnage majeur au centre de toute l’intrigue ... qui révèlera à la toute fin une nature surprenante et inattendue qui justifie son entière création, puisque lui-même a été inventé de toute pièce dans le contexte de Tsubasa. Dernier point sur le cross-over : le plus évident sera le croisement avec XXX Holic, et nous permettra d’ailleurs d’en apprendre beaucoup plus sur Yuko et Watanuki que la série qui leur est dédiée. Tsubasa les met également en action, au cœur de l’intrigue très développée et poussée que le manga présente, ce qui n’est pas vraiment le cas pour XXX Holic, qui s’attarde d’avantage sur l’hégémonie du quotidien et des valeurs bien moins aventurières et héroïques.

Mais Tsubasa, c’est aussi et avant tout un univers scindé en deux parties. Le avant-Tokyo, et le après-Tokyo. En effet, ce monde -introduit par quelques-uns plus longs et plus intéressants comme le pays d’Oto aura une influence capitale sur le manga. C’est là que tout bascule, que l’intrigue se met en place au moyen de plusieurs tomes, que Sakura se révèle, que Fye et Kurogané prennent toute leur ampleur et que Shaolan change du tout au tout. Bref, c’est le point clé qui permet à la série de décoller, de lancer les points importants qu’elle défend avec beaucoup plus de sérieux et de pertinence. De plus, le schéma narratif jusque-là imposé se renverse alors. On connaissait Shaolan, à la recherche des plumes de Sakura avec un épisode de Kurogané en personnage dramatique et chargé d’émotion malgré lui, alors que le post-Tokyo induit Sakura comme l’héroïne véritable, à la recherche de Shaolan et avec Fye dans le rôle du second au lourd passé et au drame pesant sur ses épaules. Les protagonistes principaux vont donc jusqu’à changer du tout au tout, en même temps que le déroulement du récit qui ne s’attarde plus vraiment sur les plumes de Sakura mais sur une vision plus globale et généraliste de leur quête.
 
 
   
  
  

TSUBASA RESERVOIR CHRONICLE © Clamp / Kodansha Ltd. / All rights reserved.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News