Soul Eater - Actualité manga
Dossier manga - Soul Eater

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Sommaire

Publié le Vendredi, 02 September 2011


When you look into the abyss, the abyss looks back at your soul


Pour un titre un peu fou, il apparaît nécessaire de mettre en scène un thème en adéquation. Ainsi, Soul Eater nous propose une plongée dans le monde de la folie. Pas une douce folie à la manière d’un Alice aux pays des merveilles. Non, une folie qui nous prend à la gorge, bloque nos sens, celle qui laisse échapper un rire dément avant de rejeter la tête en arrière les yeux injectés de sang, qui s’empare de notre être, et ne nous lâche plus jusqu’à notre dernier souffle. En effet, le grand méchant de l’intrigue est un être tellement terrifié par l’idée de mourir qu’il en est devenu fou, infectant son âme même. Les personnages les plus forts dans le titre étant capables d’utiliser la force de leur âme comme une arme puissante, cet être, ce démon, ce « Grand Dévoreur » comme on l’appelle, représente un danger toujours plus grandissant, car ses ondes de folie pourraient bien atteindre le monde dans son entièreté, et en perturber gravement son équilibre.

En réalité, la série possède une relative maturité. Les thèmes abordés sont graves, les situations souvent désespérées, et les personnages pas vraiment des modèles à suivre au premier abord. Nombreux sont ceux à deux doigts de sombrer dans la folie, à voir leur raison vaciller, à cause des ondes répandues par le grand méchant de l’histoire. On pense notamment à Stein, le docteur qui veut tout disséquer, qui tire sa force de sa curiosité sans limite, à deux
doigts de la folie, et ne parvient à garder son équilibre que grâce à un esprit cartésien et une grande force de volonté. Certains ennemis n’hésitent pas à mener des expériences terrifiantes sur des humains, comme la sorcière Médusa qui torture psychologiquement Crona, son propre enfant, et en fait une arme de destruction pour atteindre ses objectifs. Et même le Maître Shinigami semble détenir de lourds secrets dans son passé, et ses actions ne sont peut-être pas aussi pures que ce qu’on pourrait le croire.





La représentation de la folie vue par l’auteur a ce quelque chose de fascinant, d’envoûtant, de suffisamment dérangeant pour être pleinement convaincant. Que ce soit les ombres portées, les visages marqués d’une étrange lueur dans le regard, ou autres représentations fantasmagoriques, l’effet est immédiat, différent, et surtout très plaisant et accrocheur. Il suffit de voir les conséquences d’une attaque mentale par une puissante sorcière, ou bien la plongée et la perte de l’esprit quand le pouvoir de la folie est utilisé trop longtemps. Cependant, rien de gore ou de malsain. Point de folie meurtrière et violente pure visuellement dans Soul Eater. La folie est davantage un catalyseur pour perturber un ordre mondial en paix, et changer toutes les règles établies, et également donner la possibilité que chacun des personnages puisse potentiellement devenir un ennemi s’ils n’y prennent pas garde, et se laissent emporter par les ondes démoniaques ambiantes issues des terribles pouvoirs de leurs ennemis. On pense notamment à Black Star, dont la soif de pouvoir pourrait bien le conduire sur une mauvaise pente s’il était mal conseillé ou prenait un mauvais chemin, ou bien Soul, qui s’est fait infecter par une expérience visant à contrôler le Grand Dévoreur lui-même, et qui s’est vu doté d’une forme de seconde conscience qui prend l’aspect d’un démon. Une forme de menace différente de ce qu’on a l’habitude de voir dans tous les cas, et ça fait plaisir. Ainsi, la série possède une noirceur certaine, mais jamais rien de malsain dans l’absolu visuellement parlant, ce qui en fait un titre adapté à tout public, dans lequel chacun y verra quelque chose de différent.


Cependant, pour ressentir de la tristesse et de la peur, il faut d’abord avoir expérimenté la joie. Et Soul Eater compense parfaitement son aspect sombre et oppressant par un humour sans failles. Pas spécialement toujours subtil, mais divertissant et absolument nécessaire. Les scènes de vie quotidienne ou de repos sont ainsi réellement indispensables pour que notre voyage vers la peur soit réellement marquant. L’humour est toujours utilisé à bon escient, omniprésent sans l’être tout à fait. Par exemple, au sein de l’attaque d’une organisation tentaculaire, Ohkubo parvient à créer des personnages complètement fous (genre un être qui maîtrise toutes les techniques de combat, dont la lambada et le patinage artistique, bien sûr. Ou un autre qui peut prévoir toutes les attaques, mais est incapable de les esquiver) et à les insérer parfaitement au milieu d’un conflit pourtant très sérieux et tendu. Mieux encore, l’auteur se sert carrément de la folie à des fins divertissantes. On pense notamment aux phobies terribles de Kid, entraînant des situations cocasses qui contrastent avec l’image qu’il donne généralement, ou bien encore au professeur Stein qui souhaite disséquer tout ce qui lui tombe sous la main (au hasard, une espèce en voie de disparition afin de l’étudier avant qu’elle ne disparaisse complètement). Et oui, Excalibur fait partie de ces moments comiques aussi…. Tant qu’il ne vient pas trop m’emme… ennuyer dans la rédaction de ce dossier…

On dit que la folie et le rire sont contagieux. Un peu à l’image de Soul Eater, qui a parfaitement su combiner avec brio ces deux éléments, afin de nous proposer un titre parfaitement équilibré au niveau du rythme et des thèmes. Un peu comme une âme saine et en paix avec elle-même, dont la personnalité rejaillirait sur les autres.


  
 
 

Soul Equilibrium


Chaque personnage possède une caractéristique en particulier et est bâti sur un modèle qui en dit long sur sa personnalité potentielle, tout en désamorçant certains clichés. Ainsi, Maka a tout de l’écolière modèle, à commencer par son uniforme, ses tresses et une force de volonté qui la pousse à travailler encore et encore. Black Star a un égo surdimensionné qui le pousse à prendre beaucoup de risques, le professeur Stein veut disséquer et faire des expériences sur tout le monde, Crona répète inlassablement qu’elle ne sait pas communiquer avec les autres, Soul a toujours l’air blasé, Kid a des tics qui l’empêchent d’être réellement au top, etc. Une technique classique, mais qui permet d’associer directement une image avec un personnage, facilitant notre attachement à ce dernier. Sauf que dans le cas de Soul Eater, ces caractéristiques sont poussées à l’extrême, avec des personnages légèrement névrosés pour la plupart. Il suffit de voir l’adorable Marie Mjolnir, désespérée de se  marier un jour, déclarer vouloir faire d’un siège de toilettes son époux (ma foi, pourquoi pas), avant de l’écraser sans ménagement de sa force brute parce qu’elle se rend compte qu’il risque bien de la tromper avec une autre fille qui s’assiérait dessus.
 Si ces traits de caractère et autres obsessions représentent souvent des obstacles à surmonter pour les personnages et peuvent paraître exagérés à des fins comiques uniquement, ils donnent également beaucoup de corps à ce qu’ils sont, insufflant un rythme certain à leurs relations. Ainsi, aucun d’eux ne représente un cliché.

En effet, les personnages grandissent, évoluent, apprennent de leurs erreurs. On les voit prendre de l’assurance, subir des défaites, apprendre à mieux appréhender leurs partenaires et amis, mais ce sans jamais perdre leurs spécificités premières, ou de leurs névroses pour certains. Ils apprennent à surmonter leurs démons intérieurs, les transformant parfois en force, à la manière de Black Star, qui a transformé sa soif de se mettre en avant grâce à la puissance en une quête rédemptrice pour tous ceux qui ont échoué avant lui. Ou bien Maka, qui a compensé son manque de force physique par une sensibilité particulière dans la chasse aux sorcières et autres démons issus de la folie. Chacun montre une évolution positive, et prouve qu’avoir une âme forte, c’est avant tout s’accepter soi-même, ne pas fuir ce qu’on est, et se renforcer suffisamment pour que notre force rejaillisse et ait des répercussions positives sur notre avenir, sans changer notre personnalité profonde à tout prix. Une résolution qui demande avant tout du courage, afin de ne pas sombrer dans la facilité et le confort qu’apporte le fait de se laisser aller et de tirer sa force de la folie uniquement.
 
 
   
  
  

Hey, Soul Sister !


Un élément qui peut sembler anodin, mais montre l’excellent équilibrage du titre, c’est bien la place laissée à la gente féminine. Le nombre d’héroïnes qui ont un rôle de premier plan est juste impressionnant. Maka bien sûr (qui a le rôle principal, de l’aveu de l’auteur lui-même), mais aussi Tsubaki, Liz et Patty, Kim et Jacquie, Marie, Azusa… toutes participent activement à l’action et à l’intrigue, ne jouant jamais le rôle de demoiselles en détresse qui viendraient compromettre une expédition ou une mission. Pire, les grands méchants les plus terrifiants et les plus dangereux de Soul Eater (hormis le Grand Dévoreur) pour l’instant sont des femmes, comme Medusa ou sa grande sœur Arachne.
Et si certaines font parfois un peu de fan-service de temps à autre, telle Blair, elles n’en gardent pas moins un caractère bien trempé dans la majorité, même des personnages comme Tsubaki, qui peut sembler soumise au premier abord mais qui sait défendre ses convictions quand nécessaire, ou Liz, qui derrière ses airs un peu superficiels montre une grande force quand il s’agit de sa sœur Patty, de Kid, ou d’un autre de ses amis.
Une différence rafraichissante dans le shônen, qui a tendance à tout miser sur ses personnages masculins principaux, afin que le public-cible, c’est-à-dire les jeunes garçons, s’identifie le plus possible aux héros du titre. Clairement, nulle besoin d’éclipser un genre pour en faire ressortir au mieux un autre, les deux sont faits pour se côtoyer en harmonie. Via quelques concessions de temps en temps, bien sûr.

Si certains ont reproché à Soul Eater un fan-service un peu trop prononcé dans ses premiers volumes, de mon point de vue, c’est de l’hypocrisie de lui en tenir rigueur. Il y en a autant dans le premier volume de Naruto, et cet aspect devient quasiment absent après trois volumes. Il faut dire que A. Ohkubo est plutôt doué pour dessiner la gente féminine, ceci expliquant sans doute cela.

Si la sensibilité du titre est clairement masculine, la variété des caractères et des genres, et donc les relations qui les régissent, élèvent encore un peu plus le titre vers les sommets, ne cantonnant pas la série à la testostérone et au nekketsu (qui relève plus du domaine de One Piece) mais s’adresse à un public mixte, qui recherche un brin de différence dans ses lectures, tout en restant immensément accessible et divertissant.
  
  



© Atsushi Ohkubo / SQUARE ENIX Co.Ltd.

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