Sex & Fury - Actualité manga
Dossier manga - Sex & Fury

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Sommaire

Publié le Vendredi, 29 July 2016


Sex & Fury, érotisme et violence

 
 

Sexualité débridée

 
Les années 1970 sont une décennie de libération sexuelle, le Japon n'échappant pas à cette règle. Comme nous vous le disions précédemment, nombre d’œuvres mettant en scène de superbes créatures dans un cadre violent ont été produites au pays du soleil levant à cette époque. Dans le recueil Sex & Fury, scènes d'ébats violents, homosexualité, inceste, voire sadomasochisme se retrouvent mêlés aux intrigues. D'une manière générale, les femmes débordent de sensualité dans ces histoires. Elles correspondent au fantasme de la femme dominatrice, peut-être même castratrice dans certains cas. Elles sont dotées d'une poitrine opulente, de traits fins, et, bien entendu, arborent régulièrement des tatouages impressionnants. On ne peut pas dire que la femme chez Bonten Tarô soit le sexe faible, au contraire !

Il est important de noter que si tout cet aspect sexuel a trait au fantasme, on ne peut le résumer à un objectif purement masturbatoire. Cette description des femmes libérées, fortes, a un dessein principalement artistique. Dans les années 1970, les histoires à caractère sexuel, montrant de la nudité et des pratiques jusque là tabou (tout du moins dans leur représentation dans la culture populaire, c'est-à-dire en bandes dessinées et au cinéma), plaisent à un public de plus en plus grand et de plus en plus enclin à accepter la sexualité comme une forme d'esthétique dans les arts picturaux. Il est vrai que des œuvres avec une forte teneur sexuelle dans les formes d'art traditionnelles existent depuis des siècles au Japon, qui n'a pas connu la censure de la même manière que nous (mais qui existe pour autant). Ceci étant dit, les arts séquentiels, ici le manga, donnent une nouvelle dimension à la représentation du sexe. Les personnages qui ont des rapports parlent, jouissent, dominent ou sont dominés, et arborent des expressions que le dessin de bande dessinée permet (les gouttes de transpiration, un regard lubrique, des traits haineux). Tout du moins, cette forme d'expression est mieux comprise par les lecteurs contemporains. À cette époque, c'était une nouveauté qui avait le vent en poupe auprès d'un certain lectorat ou de certains spectateurs. Le succès du film L'empire des sens, coproduit avec la France, l'atteste. Bonten Tarô n'a donc fait qu'emboiter le pas aux acteurs de sa profession, en agrémentant son travail d'éléments qui l'intéressaient tout particulièrement, comme le domaine du tatouage, qui se marie à merveille avec la beauté féminine soit dit en passant.
  
  
 
 
 

Survie en milieu hostile


La caractéristique commune de la plupart des récits contenus dans Sex & Fury réside dans une violence totale et incontrôlée. Dans les récits de yakuzas, le meurtre est quelque chose de récurrent sans que les protagonistes ne donnent l'impression de craindre une quelconque intervention morale, y compris pour les personnages principaux des intrigues, qui sont des antihéros à l'état pur. Les récits de guerre révèlent un peu plus de sentimentalité dans l'intervention des protagonistes, mais la tragédie n'est jamais loin. Quant au deux récits politiques, ils sont d'autant plus violents dans le propos qu'ils relèvent du réalisme. Tous ces éclats de violence concordent avec le caractère caché des milieux dans lesquels évoluent les protagonistes : la mafia et les zones de guerre. Les actions dans ces milieux sont toujours loin des yeux de la société « normale », aussi, les actes de violence aboutissent plus facilement. Finalement, la violence de Sex & Fury est une sorte de fantasme de lecteur, un monde défouloir où les yakuzas, les tatoueurs, les soldats et les esprits s'entretuent à cause de leur égo.

À ce titre, c'est une galerie d'humains particulièrement effrayante que nous livre Bonten Tarô. Ses récits ne laissent pas transparaître d'affection de l'auteur vers une de ses créations en particulier, à l'inverse de la plupart des auteurs de manga. Même, à l'instar du maitre tatoueur qu'il met en scène et qui pourrait faire office d'alter ego, il transpire plus un amour de l'art et du dessin qu'une passion pour la création de personnages à la psychologie travaillée. Dans la société de Bonten Tarô, les humains sont bêtes ou méchants ou fous, et ne cherchent qu'à satisfaire leur instinct : la richesse et le contrôle pour les yakuzas, l'aboutissement artistique pour le maître tatoueur, le fantasme criminel pour les meurtriers, le besoin de survie pour les soldats.
 
 

Love Hate


Un type de récit échappe toutefois quelque peu à cette description. Les récits d'horreur du recueil adoptent une forme légèrement différente.

Pour commencer, nous avions dit plus haut que le dessin était différent pour cette catégorie, plus proche d'un trait à l'américaine européenne. D'autre part, un récit se situe carrément aux États-Unis du 19ème siècle, dans la bourgeoisie américaine. Enfin, les personnages sont face à l'horreur, mais ne réagissent pas forcément de manière furieuse comme pour les autres types de récit. En réalité, on a le sentiment que Bonten Tarô a plus ou moins imité les pulp comics américain, dans le fond comme dans la forme. C'est le seul bloc qui fait exception à la logique décrite plus haut. Pourtant, son caractère horrifique le place de tout de même dans un registre de violence visuelle qui le rend parfaitement intégrable au recueil.
 
 
  
 
 

La violence et le sexe, la formule gagnante de la bande dessinée adulte


Alors que dans les années 1970, la bande dessinée était vue principalement comme un loisir pour enfants, avec ses personnages comiques et ses univers merveilleux, des auteurs et éditeurs en marge du mainstream se sont mis à lorgner du côté des adultes depuis bien longtemps. Bonten Tarô n'a fait qu'appliquer cette recette, qui prend à contre-pied les idées reçues de la majeure partie de la population. Mais ne résumons pas son art à de la violence et du sexe. Ce ne sont que des thématiques qui permettent une esthétique particulière, et qui sont finalement une porte d'entrée vers d'autres thématiques plus adultes. Il est ainsi possible d'évoquer la politique de son temps, les problèmes de société, l'évolution des mœurs sexuels, les rapports homme-femme...

Sans doute Bonten Tarô tire-t-il ses inspirations de son propre vécu, puisqu'il a connu le monde de la nuit. En tant que tatoueur, il a fréquenté les yakuzas. Il a parcouru la Japon de manière vagabonde et sûrement vu la violence de près. À en croire ses propos dans l'interview de l'ouvrage, être l'artiste qu'il a été à son époque, c'était vivre une vie de débauche, en quelque sorte.
 
 

© by BONTEN Tarô

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