Dossier manga - Serial Experiments Lain

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Publié le Mardi, 13 August 2013


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About Software

   
Amateurs d'action, passez votre chemin : Serial Experiments Lain pousse le laconisme de l'animation japonaise à ses pires extrémités, ce que peut lui valoir la réputation d'une série ennuyeuse. Le parti pris narratif de Ryutarô Nakamura fut en effet de délayer chaque plan afin que le spectateur puisse prendre le temps d'appréhender ce qui passe devant ses yeux. Lain, c'est une ambiance, un univers qui vous demandera une attention particulière. Elle ne s'aborde pas comme les autres histoires. On ne peut s'y permettre de jeter un œil occasionnel, au risque d'éventer son atmosphère. L'emploi d'un rythme aussi contemplatif, habituellement utilisé pour marquer la quiétude et la détente, produit ici l'effet inverse. L'incompréhension est vite rejoint par l'angoisse, surtout lors de séquences où tout s'accélère, et où  l'on ressent l'amour que porte le scénariste Chiaki J. Konaka aux histoires d'épouvante.
  
Partant de scènes de la vie quotidienne d'une exemplaire banalité, l'histoire nous fait ainsi comprendre que cet équilibre peut s'effondrer à tout moment. Mais, si le suicide de Chisa sert de point de départ à la série, c'est au fil de la progression de Lain dans le Wired que son univers se décompose, lentement, mais surement. Prendre pour point de mire une héroïne aussi peu loquace pourrait paraître handicapant, mais la jeune fille nous fait vite réaliser que le cœur de la série passera par des non-dits. Le Wired lui-même ne sera guère plus explicite : malgré son omniprésence, les explorations dans le réseau seront moins fréquentes qu'on ne pourrait le croire, et ne se relient entre elles par aucune structure, sinon par celle d'images métaphoriques sublimées.
 
Ainsi, si vous avez osé pénétrer dans le monde de Lain, préparez-vous à être surpris, troublés, désorientés, voire même à exprimer un rire d'incompréhension malgré vous. Et tandis que vous peinez déjà à ingérer ce qu'il vous a été donné de voir, gardez à l'esprit que vous êtes encore loin d'avoir tout vu !
     
     
  
 
        

Display

  
Premier travail de Yoshitoshi ABe à être reconnu internationalement, Serial Experiments Lain n'est peut-être pas le plus représentatif de son œuvre. En effet, malgré son allure iconique, elle ne s'inscrit pas dans les univers steampunk qu'affectionne habituellement l'illustrateur. Il ressort cependant dans ses artworks une mise en avant particulière des machines. Il est ici bien sur question d'informatiques, en particulier des câbles pouvant tantôt lier l'héroïne au Wired comme si elle tissait sa toile; tantôt l'enserrer pour la rendre captive au réseau. Les structures urbaines sont également mises à l'honneur dans ses travaux, même s'ils transparaitront à l'écran de manière plus éthérée. On retiendra par exemple l'image de la première apparition de Lain, l'environnement réduit à sa plus simple expression donnant l'impression de la voir sortir du néant.
   
Le design de notre héroïne a quant à lui été soufflé à ABe par Yasuyuki Ueda, qui lui a suggéré l'idée d'une coiffure dissymétrique. Ainsi, sa célèbre mèche proéminente surplombant son oreille gauche symbolise la dualité du personnage, souhaitant préserver une partie de sa conscience des messages qui pourraient s'échapper de sa mémoire. A l'extérieur, Lain porte soit son uniforme d'écolière, soit une tenue de ville assez sobre. Une fois chez elle, il ne sera pas rare de la voir simplement habillée d'une nuisette, afin de limiter les perturbations de l'électricité statique provoquée par les vêtements. Mais au tout début de la série, nous serons avant tout interloqués par son pyjama intégrale en forme de costume d'ourson, qui symbolise un refus de sortir de l'enfance, et une protection envers sa famille. Une motivation que l'on retrouvera lors de la première sortie de la jeune fille au Cyberia, où elle portera un bonnet similaire. Lain se distingue également du reste des personnages, à l'allure plus sommaire, par ses grand yeux écarquillés, à la pupille très petite, lui donnant un regard aussi étrange qu'interrogateur.
   
En passant du papier aux cellulos, les design imaginés par ABe se sont retrouvés simplifiés, et la série accuse aujourd'hui le poids des années en qualité d'image. Mais l'essentiel du graphisme a été préservé, et s'est retrouvé renforcé par l'aspect irréel des effets spéciaux en image de synthèse, conçus par Junshi Nakahara (qui a travaillé par la suite sur NieA_7). On se souviendra en particulier du travail effectué sur les ombres, se tâchant de rouge et de violet pour suggérer l'omniprésence du Wired et les dilemmes psychologiques dans la tête de notre héroïne. Ils permettront également de faire ressentir l'étrangeté du Wired, qu'il s'agisse des terminaux emplis d'effets parasitaires ou des plongées grandiloquentes. Déformations, saturations de couleurs et autres rajouts de traces psychédéliques envahissantes contribueront à noyer le spectateur et à l'enfoncer dans ses incertitudes. Et la frontière entre les décors réalistes d'Abe et l'omniprésence de ces envolées numériques nous rappellent constamment que nous nageons entre deux mondes.
 
 
  
     
    

Sound Devices

    
Après l'image, intéressons-nous à présent au son, et là encore la dualité sera de mise. D'un côté, le monde réel sera symbolisé par des thèmes musicaux pop-rock composés par le chanteur Reichi Nakaido, également interprète de l'ending de la série, Toobi Sakebi. On y retrouvera des ballades évoquant une certaine mélancolie, un certain mal-être, jusqu'à des morceaux plus vifs et déstructurés. En particulier, la composition utilisée lors de la première moitié de l'épisode 11, se constituant d'une longue improvisation, coïncide avec l'éparpillement de la psyché de notre protagoniste à cette étape de l'aventure. Mais bien sur, on retiendra surtout de Lain son entrainant opening, Duvet, du groupe britannique de rock alternatif Bôa. Ce titre aura apporté une notoriété internationale au groupe et l'aura même sauvé de sa dissolution. Tandis que les paroles du refrain, "I am falling, I am fading, I have lost it all", semblent évoquer la perte de repère de notre héroïne, les envolées lyriques de la chanteuse Janice Rodgers peuvent témoigner quant à elles de ses sautes d'humeur. Et puis, le calme arrive soudainement, nous faisant retomber doucement dans la torpeur de la série.
    
Le Wired, quant à lui, est logiquement investi par des sonorités électroniques et quelques thèmes technos, que l'on pourra également entendre au sein du Cyberia. Ici, les pistes se font plus expérimentales, moins mélodiques, plus imprévisibles encore que les solos de Nakaido. Aussi ces fonds musicaux nous font saisir le caractère impalpable et indescriptible de cet univers parallèle. Cependant, n'allez pas croire que le rock est réservé au réel et l'électro au Wired : les deux ambiances se croisent, se confondent. Et en guise de passerelle, la série se dote d'effets sonores atypiques, le plus récurrent étant le bruit sourd produit par les réseaux câblés. Une manière de retenir constamment l'attention du spectateur, jusqu'à le faire s'inquiéter du silence...
      
Pour clore le chapitre de l'ambiance sonore, il nous faut bien entendu évoquer le casting vocal de la série. Si les voix japonaises parviennent à nous faire saisir l'étrangeté et la mélancolie de l'œuvre, force est de constater que l'éditeur Dybex n'est pas parvenu à retranscrire cette patte dans l'adaptation française. La comédienne Hélène Bizot (Tomoko dans GTO, Kirika dans Noir, Re-I dans Ergo Proxy) offre à Lain une voix plus forte mais également plus robotique par rapport à la prestation de Kaori Shimizu, son homologue japonaise. Mais elle reste, hélas, la voix la plus convaincante du casting. De plus, on pourra sourire aujourd'hui devant l'approximation de certains termes techniques ("le e-mail"). Ainsi, sans jouer aux puristes, nous ne saurons que vous conseiller de vous immerger dans la saga au travers de sa version originale.
   
  

© GENEON ENTERTAINMENT INC

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