Samidare - Actualité manga
Dossier manga - Samidare

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Sommaire

Publié le Jeudi, 06 March 2014


Détournement de codes

 
 
Mais Mizukami ne se contente pas de réexploiter des codes bien connus. En plus de les maîtriser brillamment, il les détourne et s'en amuse de façon étonnante. L'auteur n'est pas le premier à faire ça. Rien que dans le Young King Ours, le magazine où a été prépublié Samidare, les exemples ne manquent pas. On peut citer Drifters, Excel Saga, Space Chef Caesar ou même Asagiri qui s'amusent bien en revisitant certains poncifs. Mais voyons tout de suite ce qui fait l'une des spécificités de Samidare.


Moi, le lézard parlant, le marteau géant et la culotte lapin


« Un beau matin, je me réveillai avec un lézard sur ma couverture. Après quelques instants d'un pesant silence, il déclara : « Je me nomme Lord Noy Crezent, je suis un chevalier. Je suis venu sur cette planète afin de protéger notre princesse des forces du mal et implorer ton aide pour sauver le monde de la destruction ». Une journée ordinaire, en quelque sorte. »

D'emblée, avec cette réplique qui n'est autre que la première du tome 1, le ton est donné, et le décor est très vite planté. Avec l'apparition pour le moins absurde de Noy, puis son vol plané par la fenêtre de la chambre de Yûhi juste après, Satoshi Mizukami instaure dès les premières pages une ambiance particulière, faite d'un humour branque qui ne tarde pas à se confirmer. Ainsi, à peine Yûhi a-t-il le temps de se faire à l'idée qu'il devra sauver le monde, qu'il voit débarquer devant lui sa jeune voisine, Samidare Asahina, qui vient dégommer d'un coup d'un seul la première marionnette de boue qu'il était en train d'affronter. La première image forte qu'il retiendra d'elle ? C'est simple : le petit lapin qui orne sa culotte.

Cette entrée en matière particulière, partagée entre l'arrivée absurde de Noy et les petites visions perverses humoristiques de Yûhi, installe un humour assez unique qui fera ensuite de nombreuses apparitions remarquées, même s'il s'atténuera dans la dernière ligne droite sans disparaître pour autant. Le retour dans le tome 9 sur la rencontre entre Anima et une Samidare enfant totalement à l'ouest en est la preuve. Et entre le début et le tome 9, bon nombre de passages sont là pour entretenir cette ambiance assez décalée : les représailles de Samidare ou de Hisame quand Yûhi laisse parler son côté vicieux, les rencontres parfois à la ramasse des autres chevaliers avec leur animal, la dégaine de certains de ces animaux... ou tout simplement l'idée hallucinante de ce marteau géant, en l'air dans le ciel, prêt à s'abattre sur la Terre pour la réduire en miettes.

Il y a dans Samidare un humour branque souvent présent, qui se mêle étonnamment bien aux codes du shônen d'action, pour un résultat qui est régulièrement à la limite de la parodie.
 
 
  
 
 

Petites surprises et contrepieds


Si l'on sent d'emblée une ambiance régulièrement décalée qui est proche de tourner en dérision certains codes sans pour autant le faire franchement, d'autres petits éléments sont là pour confirmer de façon plus claire cette tendance. Des petits contrepieds qui surprennent le lecteur, parce qu'ils vont totalement à l'encontre de ce à quoi l'on s'attend, de ce à quoi d'autres séries du genre nous ont habitués.

Par exemple, avec cette idée des animaux s'alliant à 12 chevaliers, on s'attend forcément à voir débarquer les 12 signes du zodiaque chinois, comme si souvent dans les titres partant sur cette idée (hem hem Saint Seiya huuuum). Ha ha, hé bien non ! A la place, vous aurez un lézard court sur pattes, un espadon géant, une mante religieuse, une tortue, ou une chouette grassouillette. Et quand on retrouve réellement des animaux faisant partie du zodiaque chinois, ils sont plutôt particuliers, le coq agressif et le serpent trop bavard en étant de jolies exemples. A vrai dire, ils ont tous quelque chose de particulier. Et avouez que dans le genre mascottes animales, on a là des bestioles plutôt perchées. Et un contrepied, un !

Cet exemple est le plus parlant, mais tout au long de la série, d'autres petites surprises plus ou moins évidentes sont là pour accentuer cette impression. On vous laisse découvrir et dénicher ces tout petits contrepieds, en se contentant de n'en citer que deux autres
En premier, le caractère des deux collégiennes, qui ne colle pas forcément à leur dégaine. Là où, la plupart du temps, on a plutôt l'habitude d'avoir le garçon manqué déterminé en la fille aux cheveux courts et la mignonne pleurnicharde en la gamine à couettes, Satoshi Mizukami inverse les rôles avec Yukimachi et Subaru.
En deuxième, le physique de certaines marionnettes de boue. Elles ont beau être de plus en plus puissantes, la plupart de ces créatures possèdent une dégaine assez absurde, un peu branque, voire quasiment mignonne ou ridicule, comme ce monstre capable de se diviser en une multitude de petites créatures à première vue pas bien dangereuses... mais qui le sont bien plus qu'on pourrait le croire.
    
    

Ma princesse veut défoncer la planète


Mais celle qui vous conquerra définitivement, celle qui vous surprendra à plus d'un égard en vous prenant totalement à contrepied par rapport à ce que vous attendez de son rôle de princesse devant sauver la terre, c'est évidemment la jeune fille offrant son nom à la série : Samidare Asahina.

Du haut de ses 16 ans, elle doit désormais assumer le rôle qu'Anima lui a confié à l'époque où elle était encore une gamine un peu naïve et à l'ouest : mener les Chevaliers-Animaux vers la victoire. Mais la miss est un peu particulière. Juste un peu. Car si elle souhaite sauver la Terre, c'est simplement pour mieux pouvoir la détruire elle-même juste après. Parce que cette Terre, elle l'aime. Parce qu'elle lui appartient, dit-elle.

Cette révélation, balancée dès le premier tome, fait tout le sel de la série, en faisant de Samidare un personnage franchement imprévisible et pas forcément facile à cerner, qui dès lors va à l'encontre de bon nombre d'héroïnes de shônen d'action.

Et cette information, elle la donne avec une conviction infinie à un Yûhi qui ne peut que rester bouche bée, comme ébahi par une volonté si clairement affirmée. Difficile de résister à Samidare, et Yûhi tombe instantanément sous son charme. Après tout, lui aussi aimerait bine faire disparaître la Terre, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons.

Avec ce désir inattendu, Samidare finit de dégommer les codes. Elle, sauveuse de la Terre ? Oui et non. Mais dans le fond, pourquoi cette jeune fille en apparence si sincère et pleine de vie a-t-elle fait ce choix pour le moins extrême ? Et Yûhi ainsi que les autres chevaliers lui seront-ils fidèles jusqu'au bout ? Vous pourrez entrevoir de plus en plus les réponses au fil de la série, en découvrant les liens qui se créent entre les différents chevaliers et leur princesse, mais aussi en observant des informations, sur son passé rongé par la maladie ou sur sa situation familiale, permettant de la comprendre de mieux en mieux. Et avec tout ceci, gageons que la princesse diablesse va vous surprendre à plus d'une reprise.
   
   
  
 
  

Réflexions sur la vie

 
 
L'énigme Samidare nous amène vers le plus brillant tour de force de la série. Oui, la série reprend des codes précis qu'elle maîtrise brillamment et s'amuse à détourner. Oui, elle parvient à joliment mêler de l'action tendue et parfois dramatique à de la tranche de vie souvent teintée d'un humour décalé où brillent les personnages. Mais tout ceci cache surtout une réflexion étonnamment pertinente sur la condition humaine. Samidare brasse une multitude de thèmes forts, en voici les principaux axes.


Ce qui fait une vie


Avec pas moins d'une quinzaine de personnages principaux, Samidare offre une palette de caractères très variés, où chacun possède ses propres tourments, positifs ou négatifs, pour autant de focus sur toutes ces choses qui font une vie.

Au fil de notre existence, nous sommes tous amenés à passer par des expériences dont nous ressortons blessés ou grandis, et dans tous les cas plus expérimentés.

Il y a des choses positives, des rêves d'avenir, comme ceux que Taro Kusakabe affiche quand il affirme vouloir devenir cuisinier, la soif de justice de Hangetsu Shinonome, l'amour de l'action qui anime Mikazuki, ou même le sérieux que Hanako montre dans les études. Des ambitions, désirs et envies, modestes ou moins modestes, qui nous poussent vers l'avant à plus ou moins grande échelle, mais qui, dans tous les cas, nous poussent bel et bien vers l'avant.

Mais tout ceci peut être mis à mal, à tout moment, par des étapes plus douloureuses, quel que soit son âge. Dès sa jeunesse, on peut se retrouver frappé par la maladie, comme Samidare, ou on peut perdre son intérêt pour le monde, comme Yûhi, trop isolé par son grand-père. En tant que jeune adulte, on peut malgré tout se confronter à des problèmes comme l'amour transi, à l'image de Yayoi Hakudô. Même une fois adulte chevronné, on peut voir ses illusions brisées par les déceptions professionnelles ou familiales et regretter de ne pas avoir été assez responsable pour réussir à conserver son bonheur, comme le quarantenaire Soîchirô Nagumo. Quel que soit l'âge, on peut se confronter à des problèmes familiaux, à des mésententes, à des absences pesantes que l'on a du mal à pardonner, même si elles sont parfois justifiées. Au bout de ce long chemin, la mort nous attend tous en guise d'ultime épreuve, mais il peut arriver qu'elle frappe bien plus tôt qu'on ne le pense. La notion de mort est omniprésente dans la série, est souvent mentionné, sous des angles différents.

Mais ce qu'il faut retenir, c'est que toutes ces expériences nous construisent et nous obligent à nous surpasser. Un personnage que l'on ne révélera pas ici devra apprendre à faire son très douloureux deuil en laissant enfin exploser tout ce qu'il ressent. De son côté, Nagumo pourra enfin se relancer en se comportant comme l'adulte digne de confiance qu'il rêvait d'être. Hyô Shimaki ou Taiyô Akane devront faire le point sur ce qu'ils veulent. Les petites Yukimachi Tsukihiro et Subaru Hoshikawa devront entretenir l'espoir que leur maître a placé en elles. Quant à Yûhi, il pourra à nouveau ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure.

Cette construction passe obligatoirement, entre autres, par nos relations avec les autres. Tout au long de la série, les nombreux personnages tissent des liens de tous types, qui vont forcément les amener à changer. Des liens de rivalité, à l'image de la relation entre Yûhi et Mikazuki. Des liens de maître à disciple, comme pour Inachika Akitani et les deux collégiennes. Des liens où l'un doit progresser vers son modèle, comme ce sera le cas de Yûhi vis-à-vis d'un Hangetsu qui l'a littéralement réveillé en lui redonnant confiance dans le monde. Ou tout simplement des liens d'amour ou d'amitié, indispensables. Et enfin les liens familiaux, parmi les plus fort,s et parfois parmi les plus difficiles à appréhender, comme le verront Samidare et Yûhi.
Ces relations ne s'arrêtent à celles liant les humains : les nombreux animaux de la série en feront aussi l'expérience. Qu'ils se détestent, se craignent, s'ignorent ou se respectent, qu'ils soient discrets, agressifs ou simplement gentils, ils seront tous amenés à changer un peu de comportement, que ce soit dans leurs relations entre eux ou avec les humains qui les accompagnent dans cette aventure.

Qu'elles soient prometteuses ou malheureuses, toutes ces expériences et ces relations que nous entretenons avec les autres font de nous ce que nous sommes. C'est avant tout ce que la longue bataille de Samidare nous enseigne : un parcours initiatique qui est tout simplement celui de la Vie, et au bout duquel nous devons tous devenir la même chose : devenir adulte.
  
  
 
 
 

Ce qu'il faut protéger


Et devenir adulte, c'est aussi être capable de protéger ce à quoi l'on tient, à sa manière. Cette idée est l'une de celles qui animent toute la série. Chacun des personnages, d'une manière ou d'une autre, tente de protéger ce qu'il a de plus cher, et différents cas se présentent.

Les choses à protéger peuvent prendre différentes formes, différentes échelles. On peut vouloir protéger les gens de manière générale, à la manière du justicier Hangetsu. On peut vouloir protéger la personne à qui l'on est le plus lié par amour ou amitié, comme le font l'héroïque Taro, ou Tsukimachi et Subaru de façon mutuelle. On peut vouloir protéger sa famille. On peut vouloir se protéger soi-même, comme Animus.

Dans tous les cas, on constate que chacun a à cœur de préserver ce qui fait le sel de sa vie. L'ultime exemple de cette idée réside dans un point bien précis de la série, un élément que nous avons pris soin de ne pas aborder jusqu'à présent, qu'il fallait garder pour la fin parce qu'il est un peu la parfaite représentation de tout ce qu'est la série. Un élément que l'on retrouve régulièrement dans les shônen d'action fantastique, et que Satoshi Mizukami réexploite brillamment pour porter le message de son œuvre : le concept des vœux. Chaque Maître-Chevalier, pour passer définitivement le pacte avec son animal, a dû lui formuler un vœu qui a été ou qui sera exaucé dans la mesure du possible. Certains ont trouvé leur vœu rapidement au point de donner l'impression de l'avoir bâclé, d'autres ont mis un peu plus de temps pour y réfléchir. Mais dans tous les cas, pas de vœux de grandeur ou de richesse : en observant finement les vœux émis, on constate que chacun a choisi un moyen de protéger ce à quoi il tient, d'une manière ou d'une autre.

C'est notre lot à tous : tenter de préserver comme on le peut ce que l'on aime. Les personnes que l'on aime, des idées que l'on soutient, ou notre propre bonheur. Mais ces tentatives peuvent prendre bien des formes, parfois heureuses, parfois malheureuses, parfois un peu trop extrêmes, et les exemples de ces différentes formes ne manquent pas dans Samidare. Ainsi, en plus des vœux formulés, chacun fait acte de protection à sa manière, et certaines méthodes peuvent se révéler négatives mais néanmoins humaines et compréhensibles. Parmi celles-ci, il y a le sacrifice de sa propre vie, presque instinctivement, comme le montreront certains vaillants personnages de la série. Un geste qui laisse ceux qui survivent dans la douleur, et il faut alors réussir comprendre. Mais il y a aussi des décisions délicates, pouvant entraîner la détresse de la personne que l'on veut protéger. Sur ce point, deux cas sont très parlants dans la série, et ils sont tous deux liés à la famille. En premier lieu, il y a le grand-père de Yûhi, qui, pour ne pas revivre la mort des parents de notre héros, n'a rien trouvé de mieux que de le couper du monde. Solution désespérée et tristement humaine. En deuxième lieu, il y a la mère de Samidare, qui a passé beaucoup trop de temps à tenter de trouver un remède à la maladie de sa fille, au point d'oublier l'essentiel : être à ses côtés. Mais à leur tour, nos deux héros pourraient bien réussir à protéger un peu ce qu'il reste de leur famille, simplement en pardonnant et en essayant de comprendre. C'est peut-être aussi ça, devenir adulte. Une notion d'adulte présente tout au long de la série.

Le dernier exemple de cette notion de protection arrive évidemment dans le dernier combat de la série. Un affrontement opposant deux personnes qui ont décidé de combattre de leurs propres mains la chose la plus chère à leurs yeux. L'une pour détruire cette chose, l'autre pour la préserver. Avec, dans les deux cas, l'idée de ne pas perdre ce qu'on aime en le gardant pour soi. Ce combat offre l'aboutissement du portrait de l'héroïne éponyme de la série, qui n'a toujours vécu qu'au jour le jour en ne pouvant pas compter sur grand chose, et n'a pas trouvé d'autre moyen de s'emparer de ce qu'elle aime pour le protéger... Aujourd'hui, prendra-t-elle conscience qu'elle n'est pas seule, ou est-il déjà trop tard ? On vous laisse le soin de le découvrir.
  
  

HOSHI NO SAMIDARE © SATOSHI MIZUKAMI

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