Saiyuki - Actualité manga
Dossier manga - Saiyuki

Reader Rating 18.50 /20

Sommaire

Publié le Vendredi, 14 August 2009


La véritable richesse de Saiyuki

        
Une base mythologique -vaguement respectée-, un univers complexe, le mélange des genres … Tout cela ne suffit pas à faire du titre le manga à succès de Minekura. Au fur et à mesure de la lecture, on se rend peu à peu compte que le scénario n’est PAS basé su un voyage vers l’occident. Plus on avance dans la narration, plus on apprécie ce qui est la vraie richesse de Saiyuki : les détours, qui ne sont jamais inutiles. La force de la lecture réside dans les personnages, leurs personnalités si différentes mais complémentaires, les thèmes développés à travers eux, et bien sûr l’humour de la mangaka. Si au début, les répliques souvent redondantes énervent, on s’habitue vite à la manière de penser des quatre compagnons. Ces répétitions, ces belles paroles, deviennent alors une source insoupçonnée d’intérêt. Si la bande à Sanzo paraît très hétéroclite au premier coup d’œil, avec ces personnalités si différentes les unes des autres, il ne faut pas sous estimer leurs liens d’amitié, qu’ils mettent un point d’honneur à cacher afin de se dire complètement libres. La variété des réactions permet de nombreuses situations savoureuses, et une très grande exploitation du domaine psychologique du manga. Car s’ils sont bien disparates, les quatre amis se ressemblent sur un point : leur passé les pèse, et même s’ils se disent libérés de toute entrave, les protagonistes restent enchaînés à leurs expériences douloureuses. On survole la vie mouvementée d’un orphelin marginal, qui deviendra un moine bouddhiste un peu singulier, l’amour impossible et contrarié d’un jeune homme si doux, qui donnera son âme à la violence et au crime, la solitude d’une étrange créature enfermée depuis trop longtemps déjà, et les relations familiales particulièrement dérangées d’un homme qui se plonge dans la luxure pour oublier. Les souvenirs des personnages sont toujours amenés avec brio, au bon moment. Et, même si la même histoire est racontée plusieurs fois, ce n’est jamais pareil, il y a toujours à prendre, et le lecteur ne se lasse pas une seconde.
           
Par là, on découvre aussi des scènes de la vie quotidienne, à différents moments de la vie commune des quatre personnages principaux. Leur rencontre, leurs tares, leurs secrets, leur joie et leurs rares moments d’insouciance font de la dimension psychologique du manga une grande réussite. Mais cela ne s’arrête pas là : si chacun d’eux présente des faiblesses passionnantes, Saiyuki ne serait rien sans l’amitié qui lie les héros. Ceux là même qui veulent rester forts, faisant sembler de ne pas assumer, de ne pas reconnaître de tels liens. Les émotions sont ici perçues comme une faiblesse, une blessure. Du moins le pensent-ils. Car cette faille est en réalité l’origine de leur force d’esprit, ce qu’ils n’admettront jamais. On pourrait penser que ce caractère dédaigneux que l’on retrouve souvent ainsi que leurs pensées très surfaites sont superficiels et sans trop d’intérêt. Pourtant, chaque déclaration est mûrement réfléchie. La philosophie de la mangaka transparaît à chaque page, même s’il faut parfois aller la chercher un peu loin pour les simples curieux … Le schéma très simple et répétitif du scénario permet donc une plus grande exploration des esprits de Sanzo, Goku, Gojyo et Hakkai. Malheureusement, en deux saisons et actuellement 16 tomes, le tout commence à tourner en rond. L’arrivée de nouveaux personnages -comme Hazel- a le mérite de relancer des affirmations, des points de vue, mais lorsque l’auteur se relâche, une nette diminution de la qualité du titre se fait sentir.
            
Heureusement, le charme des bonnes idées n’est pas le monopole des héros : les « méchants », eux aussi, peuvent réfléchir ! D’ailleurs par méchants, on ne nomme que ceux que l’on ne voit jamais (Dame Gyokumen par exemple), car Minekura ne prend pas la peine de s’attarder sur elle. Mais la bande à Kogaiji et même certains yokais, eux aussi, sont exploités. Une fois oublié le rôle de chair à canon de 90% des yokais du manga, on retrouve une certaine logique et une grande part d’humanité chez les principaux ennemis du groupe. Yaone, par exemple, est soignée par l’auteur qui prend la peine d’expliquer sa position et son rôle. Kogaiji et ses sbires ne sont pas là uniquement pour contrer la bande à Sanzo ou leur donner un prétexte pour avancer : le manichéisme et le stéréotype du méchant obstacle disparaît totalement dans ce manga. Un bon exemple est le bonze Ukoku Sanzo : encore très secret, on ne le comprend pas, on ne peut pas prévoir ses réactions, ses motivations restant mystérieuses. Sa présence est cependant l’un des éléments clés de la série, qui en rajoute dans le charisme et le soin accordé aux personnages. Ukoku a un rôle, sans doute primordial, à jouer. Reste à savoir quand, et comment... En ce sens, plus que l’aspect quête pour sauver le monde, caractéristique d’un shonen bien senti, la série flirte largement sur les plates bandes du shojo, et joue la carte de l’attachement affectif aux personnages quel que soit leur camp. Saiyuki est peut être une quête à la base, mais celle-ci agit plus comme moteur pour l’humour de répétition. Le voyage vers l’occident n’a que l’intérêt d’inventer une pléiade de rencontres et de situations pour nos personnages si patients … Sans oublier que l’humour est une source intarissable d’inspiration pour Minekura ! Il est amusant de voir les jeunes gens, si aguerris aux combats et aux sarcasmes, se sentir incertains face aux sentiments. Leurs disputes, leurs rebellions, les sous entendus de l’auteur sur la nature des relations qui les unissent … Le rire côtoie le drame, l’humour la tragédie. De l’un à l’autre, Minekura se promène sans à coups ni mauvais goût. Cela lui permet de détendre un peu le lecteur, tout en l’intéressant aux mésaventures des quatre compagnons. De plus, leur charisme se voit renforcé par cette dose humoristique conséquente, omniprésente tout le long du titre. Le fait d’être spectateur de leurs prises de bec, de leurs oppositions si fréquentes et, en parallèle, de leur entraide amicale procure un grand sentiment de satisfaction au lecteur, qui ne peut que se délecter des attitudes ridiculement humaines et faibles de nos héros à l’air invincible.
     
    
                      
                         
                            

Saiyuki © by MINEKURA Kazuya / All rights reserved / Ichijinsha

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News