Dossier manga - Ryoichi Ikegami

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Sommaire

Publié le Vendredi, 05 June 2009


Ryoichi Ikegami, une sélection de ses œuvres traduites

         
Spiderman ou variante sur le thème du super-héros mal aimé:
Au milieu des années 70, Marvel qui est à ce moment-là le plus grand éditeur de comics des USA tente de percer sur le marché nippon en proposant des traductions de ses super-héros, spiderman en tête. L’aventure s’avère un échec face à un public pas du tout réceptif. Une seconde tentative est donnée à spiderman en transposant l’action au Japon. Ikegami est approché par les éditeurs de Shonen magazine extra, attirés par son style relativement réaliste pour l’époque. Le comics était traduit par Kosei Ono et redessiné par Ikegami dans un style plus nippon. Voyez plutôt les différences:
Yu Komori est un élève studieux et insouciant avec pour amie une correspondante de plume, Rumiko. Tard, un soir, Yu est plongé dans des expériences pour son examen du lendemain. Une araignée qui passait par là traverse un champ radioactif et mord Yu. Nauséeux après la morsure, il se rend à son examen. Sur le chemin du retour, il est pris à partie dans une bagarre et, usant d’une force qu’il ne se connaissait pas encore, provoque un accident qu’il esquive d’un prodigieux bond en l’air. Il découvre qu’il a hérité de nombreux avantages de l’araignée qui l’a mordue. Poursuivant ses recherches, il se fabrique un substitut de toile d’araignée et un costume.
   
    
                      
                          
La première histoire va voir s’affronter Spiderman et Electro au moment où Rumiko vient rendre visite à Yu. Le frère de Rumiko a disparu et elle le cherche pour l’aider à payer l’opération urgente que doit subir sa mère. Electro en train de braquer une banque et qui est en réalité le frère disparu de Rumiko meurt dans l’affrontement avec spiderman. Rumiko ne connaitra bien sûr pas l’identité de spiderman qu’elle va haïr pour la mort de son frère. D’autres histoires proches de celles éditées aux USA suivront avec le lézard et le kangourou (ridicule, non ?) puis des adversaires typiquement japonais. Les adaptations se poursuivent avec des scénarii remaniés par Hirai, mais ne durent que le temps de 8 volumes sans jamais faire de spiderman une série à succès. Juste retour des choses quand Marvel à récupéré la version japonaise pour la retraduire en anglais, ce fut également un échec. La série s’arrêta au n°31, au milieu d’un arc. (série en anglais uniquement)
              
                                 
Mai, the psychic girl ou l’aboutissement d’Ikegami vers son style définitif:
Avec Mai the psychic girl, Ikegami, pour la première fois, ne prend pas pour premier rôle un homme mais une jeune fille. L’idée de départ destinée à Shonen Sunday était de s’inspirer de la figure divine bouddhique Miruko (ou Maitreva) qui est sensée arriver sur Terre en sauveur dans trois milliards d’années mais apparait prématurément. L’idée de la fillette dotée de superpouvoirs psychokinésiques entretient une vague influence également avec le film « firestarter » où Drew Barrymore a le pouvoir de mettre le feu aux objets par la pensée (le film s’inspirant lui-même du roman Charlie de Stephen king). Malgré tout, la volonté des auteurs était de s’échapper de ce modèle pour en faire quelque chose de plus optimiste où les enfants surdoués s’associent pour fonder un monde meilleur.
   
   
    
      
La série eut un grand succès parmi plusieurs catégories de lecteurs des deux sexes bien que le style soit exclusivement destiné à un public adulte. Ce succès s’explique par un dessin très abouti et une pointe de sensualité discrète par la présence d’une jeune héroïne mignonne. L’histoire en elle-même est assez convenue : La méchante organisation « wisdom » traque Mai pour se servir de son pouvoir et la gamine trouve au long de sa fuite des alliés inattendus jusqu'à l’affrontement final. Une histoire assez manichéenne en somme mais agréable à lire avec quelques moments drôles ou tendres. (Difficilement disponible en français dans une édition inachevée et facilement disponible en anglais, 3 tomes perfect collection chez Viz).
           
                     
Crying  freeman, un héros ambigu pour une renommée internationale:
L’histoire de Crying Freeman est celle d’un artisan potier qui par hypnose se retrouve contraint de devenir un assassin pour une organisation secrète chinoise, les 108 Dragons. Assumant rapidement le destin qui lui est alloué, il va se retrouver confronté à divers autres organisations criminelles qui useront de techniques dignes des films de James Bond (ou des SAS) pour briser le monopole des 108 dragons. L’histoire se divise en 5 arcs mélangeant romantisme et violence, pornographie et tendresse.
Je ne dirais pas que Crying freeman est une très bonne série mais il est difficile de se détacher de sa lecture. Il y a au départ une très bonne histoire avec beaucoup d’éléments qui se contrebalancent pour former un équilibre précaire entre vraie histoire d’amour (celle que vivent le freeman et Emu Hino, une jeune peintre qui a été témoin d’une de ses exécutions) et de très violentes scènes de meurtres ou de tortures. On n’échappe pas à des passages lyriques ou oniriques par un ralentissement de l’action dans les scènes d’action et on a le sentiment que Koike et Ikegami placent exprès des poses très esthétiques dans les moments les plus sanglants (à la manière du réalisateur de film, Sam Peckinpah) pour exorciser la nécessaire vision de gens assassinés.
La série s’égare hélas au-delà du second arc dans trop d’invraisemblances, marquant une rapide décadence par la répétition du même schéma de récit d’arc en arc. Le manga n’est probablement plus disponible dans la mesure où son éditeur, Kabuto, a cessé ses activités. Il ne vous reste plus qu’a retourner les rayons de vos libraires et les sites de vente en ligne, ou de vous rabattre sur la réédition en anglais toujours très abordable faite par Dark horse.
  
    


Une série animée, gage du succès obtenu par la série, est réalisée entre 1988 et 1993. Elle reprend fidèlement le cours des premiers arcs avec une animation de bonne qualité comme vous pouvez le voir via un trailer joint au dossier.
             
Au final il reste de tout cela une histoire belle mais violente avec des moments visuellement forts que reconstitue parfaitement (mais sans imagination) Christophe Gans dans le film qu’il a réalisé en 1995. Ce film n’est pas mal du tout en soi, (je dirais même que Mark Dacascos est très convaincant dans le rôle du tueur à la larme facile) mais ne peut se libérer un seul instant de l’œuvre originale sous peine, comme à la fin du film, de tomber dans trop d’action au détriment des sentiments et de briser ainsi le fragile équilibre établi par Kazuo Koike. Gans s’en sort plutôt mieux que dans la version qui a été réalisée à Hong-kong par Clarence Fok Yiu-Leung en 1990, Dragon from russia. L'histoire identique mais les personnages ont perdus en crédibilité et la pauvre Maggie Cheung fait se qu’elle peut pour sauver le tout du naufrage.
    
    
                 
                                    
                      
Sanctuary, la clairvoyance politique:
Dans Sanctuary, deux hommes que tout sépare sont unis par un pacte: secouer le monde politique vieillissant et endormi par la réussite économique du Japon (Le récit prend place avant l’éclatement de la bulle économique favorable au Japon).
L’un, Akira Hojo, est devenu yakuza et s’efforce de monter dans la hiérarchie de son groupe, la société Hokusho. L’autre, Chiaki Asami, est au départ le bras droit du député Sakura. Les deux hommes ont survécu ensemble aux camps de la mort des khmers rouges. Leurs ascensions respectives vont s’orchestrer à coups de meurtres, de scandales ou de chantages, pour finalement obtenir un Japon politiquement jeune, fort et à nouveau agressif dans un libéralisme global.
Si la base de l’histoire est de décrypter les coulisses du pouvoir dans un Japon satisfait de sa réussite et dirigé par une armada de sexagénaires (pour les plus jeunes), l’intérêt est bien dans la relation qui lie Akira et Chiaki, prêts à tous les sacrifices pour atteindre leur but.
    
    
        
                                
Quand on aborde la complexité de Sanctuary, on est le plus souvent déjà habitué au style d’Ikegami, ce réalisme avec des personnages aux physionomies très variées qui évoluent dans des fonds photographiés et remaquettés. Ici, Ikegami radicalise son style dans une grande économie de moyens. Le manichéisme morphologique en énervera certains. Les héros sont jeunes, beaux et supérieurement intelligents (et interchangeables tant ils se ressemblent. C’est le hasard qui a décidé du rôle de chacun.), les femmes sont extraordinairement belles mais facilement soumises aux hommes (comme cette secrétaire d’état américaine tellement charmée par Chiaki qu’elle en oublie ses fonctions diplomatiques) et les « méchants » sont tous de vieux types laids, difformes, obeses,… et tous pourris avec un summum dans la physionomie de Isaoka qui, au fur et à mesure qu’il se place en rival de Chiaki, rapetisse et acquière un faciès de crapaud aux sourcils proéminents. Enfin, pour une révolution politique et des idées nouvelles, Buronson et Ikegami tapent un peu court avec l’abandon du protectionnisme économique de l’archipel et une ouverture mondiale des frontières aux lois du marché, preuve d’une impression de supériorité raciale avouée face au reste du monde.
Malgré d’énormes défauts cités ici, Buronson et Ikegami tiennent parfaitement le cap sur les 12 volumes que compte la série en multipliant manipulations et coups de théâtre, justifiant la lecture de cette série reflet d’un Japon connu pendant les années 90 comme une gérontocratie corrompue.
Cette série a aussi fait l’objet d’une version en animé en 1995 et d’un film live en 1996 réalisé par Takashi Watanabe.
           
                     
Lord, une plongée profonde dans une épopée historique et romanesque:
Renouant avec le récit historique après sa série Nobunaga en 1987, Lord est l’adaptation libre de l'Histoire des Trois Royaumes, roman historique chinois du XIVe siècle traitant de la fin de la dynastie Han et de la période des Trois Royaumes. Ce manga publié depuis 2004 au Japon nous narre la dernière période du roman épique. En l’an 184 après JC, l'unification de Wa a été accomplie par l'armée du général Ryô'u pour obtenir les faveurs de sa reine-prêtresse Himiko. Ryô'u décide de partir également à la conquête de la Chine et de la dynastie Han. Arrivé dans la province de Yû, il fait alliance avec Liu Bei, Guan Yu et Zhang Fei aussi ambitieux que lui. Leur mégalomaniaque projet est contré par le commandant Cao Cao, le mercenaire Lü Bu, l'insurgé Zhang Jue, le guerrier Sun Jian et le gouverneur Dong Zhuo qui cherchent tous à investir la capitale, Luoyang.
   
    
          
                           
Sous des aspects très réussis de reconstitution historique se cache bien une histoire romancée aux personnages encore une fois très archétypaux et manichéens. Cao Cao est un noble érudit impitoyable, en opposition à Liu Bei, un conquérant désargenté qui se bat pour le peuple et pour sa liberté. Guan Yu est droit et honorable, Zhang Fei rustre et impulsif, Lü Bu cupide et brutal.
Ryô'u est lui une totale invention de Buronson et Ikegami et n’existe pas du tout dans l’histoire des trois royaumes (mais donne un lien avec l’archipel nippon). Il passe pour plus civilisé que ses compagnons et permet encore une fois pour Buronson d’afficher une hautaine supériorité japonaise sur le reste de l’Asie comme il l’avait fait dans Sanctuary. Non-sens absurde dans la mesure où, à cette époque, la Chine était déjà une civilisation protectionniste et éclairée qui avait entrepris la construction de sa muraille depuis plus de six siècles quand le Japon, dans sa période Yayoi, peine encore à établir une gouvernance stable.
Les thèmes développés ici sont d’ailleurs fort proches de ceux de Sanctuary dans leur construction. Nous retrouvons ainsi de jeunes hommes virils, ambitieux et sans scrupules. On est toujours dans une balance entre civilisation et barbarisme pour arriver à ses fins. Les motifs de chacun sont très divers: recherche de virilité, de pouvoir, d’amour, de liberté.
La série en publication depuis avril 2008 en français se lit agréablement si on se détache des aspects nationalistes introduits par Buronson et du rôle presqu’inexistant des femmes dans ce récit. On voit bien que selon nos auteurs l’histoire s’écrit par l’homme et que les femmes ne sont que les jouets de leurs émotions. Le dépaysement est présent ainsi que tous les ingrédients propres à la touche Ikegami, décidément très à l’aise dans l’élaboration des décors et des vêtements d’époque.
   
                    

© by IKEGAMI Ryoichi / Shogakukan Inc.

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