Dossier manga - Princesse Kaguya

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Publié le Jeudi, 02 August 2012


L’horrible vérité des enfants

 
Tous les personnages principaux sont des anciens enfants futurs sacrifiés de l’île de Kabuchi. Ils ont tous réussis à s’échapper avant la date fatidique de leurs seize ans, mais y reviennent tous. Chacun d’eux peut énoncer une raison assez claire à ce retour aux sources : l’intérêt de gagner une nouvelle identité en participant au stage organisé par l’armée qui brode autour de l’évènement. Parce qu’ils ont tous quelque chose à cacher, mais au final ils ont surtout tous besoin d’y retourner pour comprendre. De leur enfance, tous gardent un traumatisme qui s’est manifesté de différentes manières, mais tous sont malheureux et souhaitent améliorer leur vie, disparaitre, ou tout simplement s’échapper. L’un aurait blessé sauvagement un de ses camarades de classe, l’autre serait avec son frère jumeau criblé de dettes, encore un autre aurait dû dire adieu à une brillante carrière sportive, encore un serait recherché pour escroquerie et vol, ... Et les raisons ne manquent pas, même si leurs petits secrets sont dévoilés bien rapidement, et tous se sont enfuis de la société qui les oppressait. Ils ont pour héritage tous gardés une certaine forme de folie en eux, une impulsivité qui les pousse souvent à la faute, les éloigne des autres et les rend inaptes à vivre en société. Dans cette série, on voit assez bien l’opposition entre les enfants et les adultes. Ces derniers sont considérés comme innocents au début de la série, puis ils sont utilisés comme des victimes qui doivent se défendre par tous les moyens. Quitte à faire des choses horribles et se rendre coupables à leur tour de crimes ou de délits. Ils n’ont plus qu’un objectif : survivre. Et pour ça, ils deviennent prêts à tout, surtout quand on les poursuit avec l’intention de les tuer sans aucune bonne raison ... Ils ne sont donc que les malheureux pions d’un échiquier défectueux, qui subissent les règles anarchiques des adultes. Ceux-là font preuve d’ambitions démesurées, de désirs déplacés et de sans gêne vis-à-vis de ceux qu’ils considèrent comme des sous humains. Cette différence flagrante de génération est largement appuyée par la façon dont ont été élevés les enfants de l’île, et l’auteur tient fortement à marquer cette séparation, selon laquelle grandir vous pourrirait l’esprit.
 
 
 
 
 
Dans cet enfer sur terre, la plupart d’entre eux n’ont d’autre choix que de se raccrocher à leurs semblables. Naissent alors des relations parfois passionnelles, ambigües. On citera en premier lieu Akira et Mayu. Cette dernière, dégoûtée des hommes et du comportement de sa mère, jalouse et excessivement possessive, s’accroche à Akira et à sa pureté en souhaitant vivre avec elle un amour platonique. On sent que la jeune fille reste lucide tant qu’Akira est près d’elle, mais qu’elle perd tout bon sens dès qu’elle s’éloigne, se trouvant alors prête à tout pour la retrouver et la garder pour elle seule. Akira, quant à elle, la supporte et la rassure de temps en temps, lui promettant même certaines choses appuyant son délire. Tout ça parce qu’elle dit comprendre son comportement excessif, à cause de leur mère qui n’a jamais eu ce rôle, ni pour l’une ni pour l’autre. Elle essaye aussi de retrouver un semblant de relation avec cette sœur, même si elle doit s’exprimer de cette manière un peu particulière, un peu excessive. Un autre exemple, c’est Yui et Midori. De la même façon que Mayu, Yui a désespérément besoin de son ami pour vivre et se sentir bien, et il le surprotège en essayant de toujours lui plaire. Midori est le seul à le comprendre réellement, et leurs différences ne fait que les rapprocher un peu plus. L’un est fort, l’autre faible. Et inversement, mais sur le plan moral cette fois. Yui a absolument besoin de Midori pour s’affirmer, et c’est même à travers lui et uniquement lui qu’il arrive à nouer de nouvelles relations, par exemple avec Akira, quitte à rendre Midori jaloux. Yui est très maladroit, à toujours chercher ce qui fait plaisir à Midori, à toujours s’excuser et à chercher son consentement, ce qui agace le jeune homme. Pas parce qu’il n’aime pas Yui, mais parce qu’il connait sa force et aimerait qu’il l’exprime seul, et aussi que lui-même puisse enfin aller voir les autres et se débrouiller seul. Leur lien fusionnel a des bons comme des mauvais côtés, et ce n’est pas celui qu’on croit qui y est le plus attaché ...

La série prend à chaque tome un versant un peu plus dramatique, un peu plus horrible. Et pourtant on en voit de mieux en mieux l’orientation. La réincarnation de chaque orphelin de l’île va permettre à Akira de les rassembler peu à peu, et leur vengeance ira de concert. Akira est d’ailleurs le personnage devenu majeur de cette série, elle rayonne de sa folie, de sa gloire et des changements opérés en elle. Mais les personnages secondaires affluent peu à peu, après un long passage dédié uniquement à la nouvelle vie de Yu-ling. On apprécie tout particulièrement leur propre folie, caractéristique d’un traumatisme immense, et la volonté de Miller de tous les préserver, de se servir raisonnablement de leur formidable condition. Reiko Shimizu nous plonge petit à petit au cœur de la psychologie de sa série. Noire, souvent sans pitié. Entière. Et bouleversante à la lecture, délicieusement prenante. Akira se rapproche de plus en plus de la vision cruelle et impitoyable femme fatale, la princesse Kaguya dont elle soupçonne être la réincarnation. Son pouvoir lui apparait à présent comme un délicieux présent à exploiter pour se venger de tous ceux qui l’enferment ici, et elle a pour volonté de rassembler les cinq jeunes gens qui, attirés par elle, lui serviront de par leurs positions. Sutton, Mamoru, Kaede, Midori et Satoshi. Ce sont les cinq réincarnés qui recherchent désespérément Akira et dont elle compte se servir pour ses désirs et enfin retrouver sa liberté. Etrange ressemblance avec l’histoire originale de la princesse Kaguya que voilà. La mangaka nous emmène enfin sur les traces de la légende qu’elle met en avant, rendant Akira de plus en plus mystique et folle. Une vraie maitrise de son récit lui permet de littéralement nous tenir en haleine et de nous séduire à chaque page, à chaque tome.
   
   

KAGUYA HIME ©1994 by Reiko Shimizu/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

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