Dossier manga - Princesse Kaguya

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Sommaire

Publié le Jeudi, 02 August 2012


Entre légende et modernité

 
Tout commence dans un environnement isolé de tout, sur une île au sein de laquelle des techniques ancestrales de prière et d’adoration semblent encore voir le jour. On découvre un univers archaïque, basé sur des croyances d’un conte mettant en scène la Princesse Kaguya, descendue sur terre et prisonnière loin de la Lune, détenue par la cupidité des hommes. Cette légende, considérée comme le texte narratif japonais le plus ancien, est aussi appelée l’histoire du coupeur de bambou, parce que tout commence lorsqu’un vieux coupeur de bambou trouve une pousse de bambou différente des autres, luisante. Il la coupe, et dedans il y trouve un bébé qu’il décide d’élever avec sa femme, tout deux n’ayant pas d’enfant. Lorsque la jeune fille grandit, tout le monde se mit à l’appeler « Princesse Kaguya », à cause de sa beauté étincelante qui fascinait toute la région. Bien que ses parents essayent de la protéger du monde extérieur, tous les hommes des environs finissent par vouloir l’épouser ? Parmi eux, cinq nobles vinrent demander sa main, et ils finirent par convaincre la princesse Kaguya de leur laisser une chance. Celle-ci leur demander de rapporter chacun un objet précieux et rare, dans une quête impossible. Aucun d’eux ne revint avec le véritable objet, tentant de la tromper ou abandonnant en cours de route. Elle n’épousa donc personne, pour sa plus grande satisfaction. Mais un jour, l’empereur du Japon en personne rencontra la Princesse et en tomba amoureux. Là encore, il lui proposa le mariage mais la belle refusa. Malgré son obstination, les deux jeunes gens restèrent en contact par de longues lettres. Mais un jour, un envoyé du ciel descendit sur terre pour lui annoncer qu’elle était la princesse la Lune, et qu’elle devait revenir dans son pays. L’empereur tenta de protéger sa belle des envoyés de la Lune, qui réussirent malgré tout à enlever la princesse Kaguya pour la ramener chez elle, vêtue d’un manteau de plumes qui lui fit oublier sa tristesse de partir. Elle remit pourtant une lettre à l’empereur avec un élixir d’immortalité, qu’il refusa en faisant brûler la lettre sur la montagne la plus proche du ciel, espérant que ses mots parviendraient à sa princesse.
 
 
 
 
 
Sur l’île de Kabuchi, la Princesse Kaguya n’est pas qu’un mythe. Elle existe vraiment, et sa cupidité sans limite réclame du sang, et donc des sacrifices. Ce en quoi elle s’éloigne un peu du conte, puisqu’elle parait plutôt sympathique et prend en pitié ses prétendants en leur laissant une chance, même s’ils ne peuvent relever ses défis. Pour apaiser sa colère et subvenir à ses envies, une solution de facilités. Les croyants qui vivent sur l’île ont « élevés » des enfants dans ce but. Ainsi, chacun d’eux à l’âge de 16 ans, est sacrifié à la princesse pour satisfaire son désir. Il leur est dit qu’ils partent pour un monde meilleur, mais un jour les jeunes gens découvrent que tout n’est que mensonge, et un de leurs amis est sacrifié sous leurs yeux. Ils décident donc de fuir, mais des années plus tard ils y reviennent ... Et l’ancestralité de la vie est la même. Le groupe de survivants doit faire face aux méthodes de survie, de cuisine rudimentaire et de partage des vivres. Voler de la nourriture devient le crime le plus grave, car tout repose sur les besoins élémentaires de l’homme. Les relations humaines deviennent ainsi plus basiques, davantage basées sur les passions les plus primaires, et les pulsions qui animent chaque être humain. Ce monde sur l’île est comme un univers à part, coupé de tout et se nourrissant exclusivement de la chasse, des économies, de la survie et de la découverte des ennemis. L’homme redevient un prédateur, mais aussi une cible. Ils découvrent alors peu à peu l’ampleur de la réalité de la légende sur l’île qui les a vus grandir, avec l’existence de cinq prétendants pour la beauté de Kaguya. Et si la Princesse s’était réincarnée en la personne d’un d’entre eux ? Les passions seraient alors d’autant plus ranimées, puisque la beauté d’Akira en séduit plus d’un.

En parallèle, il y a le monde réel. Ce qui ne fait pas partie de l’île, et qui est pourtant mitigé et partagé entre deux tendances. D’un côté, on a les civilisations ancestrales et leurs convenances. Lorsque nous sommes plongés en Chine, c’est un univers de convenances, de protocoles, d’impératrice et de mariages arrangés que l’on découvre avec surprise. Comment d’aussi vieilles coutumes peuvent-elles encore exister à l’ère de la modernité ? Par exemple, le rituel de mariage de la future impératrice est d’une cruauté sans nom et dissimule mal le viol qui y est rattaché. On comprend alors que Yu-Ling cherche à fuir tout cela, par son comportement provocateur et rebelle. Akira hérite de cette attitude avec peut être encore plus de force, tentant de se retourner contre cette institution qui tente de la briser par tous les moyens. Cet univers nous ramène des années et des années en arrière, voire de siècles, et cela tranche étrangement avec le reste. La seconde partie du manga, celle qui se détache de l’île, prend en effet naissance sur l’opposition de deux mondes qui n’ont rien en commun. D’un côté, les traditions archaïques de la Chine impériale, de l’autre la science-fiction. On y trouve en effet nombre d’éléments qui nous plongent dans un environnement presque futuriste tant il est perfectionné. Si les armes, les commodités, sont toutes de notre époque il y a bien un point qui n’a rien à voir avec le monde que l’on connait : la technologie biologique est avancée à un point que l’on ne soupçonne pas. Le clonage humain est en effet d’actualité, et c’est en fait le thème principal du manga, au-delà de la légende qui n’est qu’une couverture à quelque chose de bien plus grand. Chacun de nos héros a été créé à partir d’une personne existante, et incarne un réservoir d’organes bien pratique. Cela nous amène violemment au trafic d’êtres humains ou d’organes, aux lois bioéthiques, aux assassinats médicaux ... Autant de sujets passionnants que l’auteur parvient à développer en sous-jacent, juste pour nous faire nous poser des questions et nous interroger, au-delà du fantastique de son histoire. Ce qui permet une profondeur qui n’a jamais rien de lourd, et une certaine discrétion dans le propos.
  
 

KAGUYA HIME ©1994 by Reiko Shimizu/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

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