Osamu Tezuka - Actualité manga
Dossier manga - Osamu Tezuka
Sommaire

Publié le Vendredi, 26 December 2008


LES ANNÉES 1960

                        
Les années 1960 sont celles de la maturité artistique pour Osamu Tezuka. Celles de ses débuts dans le monde de l’animation, dont il dira : « La bande dessinée fut ma femme, et l’animation ma maîtresse. » Celles aussi de ses premiers récits destinés à un nouveau public : les premières générations de ses lecteurs ont grandi au fil de son œuvre et sont désormais en attente de manga en accord avec leurs préoccupations. Enfin, la fin des années 60 voit la naissance de COM, une revue que Tezuka envisage comme un véritable laboratoire, dans lequel il se permet lui-même toutes les expérimentations et livre au public son chef-d’œuvre le plus personnel et démesuré : PHENIX.
En 1960, Tezuka est co-réalisateur avec Taiji Yabushita (auteur de l’historique SERPENT BLANC, disponible en DVD) de SAI YU KI , le Voyage en Occident, d’après son manga BOKU NO SON GOKU, version moderne du Roi des Singes, qui sortira aux U.S.A dans une version censurée naturellement désavouée par ses créateurs.
En juin 61, il réalise enfin son rêve d’animation en fondant les studios Mushi Productions, « mushi » signifiant « insecte(s) », clin d’œil à sa vieille passion. En 1962, son premier film d’auteur estampillé Mushi s’intitule HISTOIRES D’UN COIN DE RUE (TALES OF A STREET CORNER), un moyen-métrage de 38 minutes qui en annonce beaucoup d’autres : les courts-métrages MALE (1962), MEMORY (1964), MERMAID (1964, connu en France lors de sa diffusion cinéma sous le titre « La Sirène »), DROP et CIGARETTES AND ASHES (1965) ou encore GENESIS (1968). Mais aussi et surtout le fabuleux moyen-métrage PICTURES AT AN EXHIBITION, très apprécié de Disney notamment, premier film musical de Tezuka construit à la manière de FANTASIA, ici autour des « Tableaux d’une Exposition » de Moussorgski, mêlant déjà de nombreuses techniques d’animation différentes, une par sketch donc par « tableau », vingt ans avant le sublime (et inachevé) LEGEND OF THE FOREST.
Parallèlement à ce travail remarquable dans le domaine de l’animation d’auteur, la révolution de l’animation populaire a lieu sur les petits écrans en 1963 : TETSUWAN ATOMU / ASTRO BOY, adaptation de son manga best-seller en 194 épisodes noir et blanc. A raison de 6 à 8 images par seconde, Tezuka a relevé un défi a priori impossible : offrir au public un rendez-vous hebdomadaire d’une demi-heure avec leur personnage favori ! Cadence cependant infernale pour les animateurs et standards de coûts gelés pour longtemps par les producteurs : « Puisque Tezuka le fait, tout le monde doit pouvoir le faire… » sous-entendant « Pourquoi augmenter le budget d’une série puisque tout fonctionne très bien comme ça ? » ; inévitable revers de la médaille à cet exploit accompli au début des années 60 et dont les effets pernicieux ne se sont véritablement dissipés au Japon que ces dernières années, avec l’agonie de l’O.A.V (animé réalisé directement pour le marché vidéo) et le développement de séries T.V « de prestige » (Cowboy Bebop…), définissant de nouveaux standards en la matière.
                                              
                                                
La série d'ASTRO BOY est un triomphe et une révolution visuelle pour des millions d’enfants ! Devant ce succès, d’autres manga populaires de l’auteur sont adaptés : BIG X en 1964, W3 (Wonder Three) en 1965… et la même année, la couleur arrive avec les deux premières séries consacrées au ROI LEO (sur une superbe partition d’Isao Tomita), qui sera aussi la toute première série télévisée d’animation japonaise à parvenir sur les écrans français et remporter un franc succès, bien avant la génération Goldorak.
Citons aussi PRINCESSE SAPHIR (1967), qui connut une rediffusion à la fin des années 90 sur France 3, première série animée pour filles adaptée… du premier véritable shôjô manga, ou encore DORORO et VAMPIRES (1969, mêlant animation et prise de vues réelle), premières séries plus adultes, en accord avec l’évolution de la production manga de Tezuka à la fin de cette décennie mouvementée.
Les « TV SPECIALS », téléfilms animés, sans lien ici avec des séries en cours de diffusion, sont eux aussi au rendez-vous : NEW TREASURE ISLAND (1965)  Space Journey : The First Dream of Wonder-Kun  (1969) ou Till a City Beneath the Sea Is Built (1969).
Quant aux premiers longs-métrages de Tezuka, ils misent le plus souvent sur les succès télévisés en cours et leur production présente davantage de liens avec l’animation limitée pour la télévision qu’avec ses courts et moyens-métrages. Ainsi, en pleine vague ASTRO BOY, les petits japonais peuvent voir dans les salles le premier long-métrage consacré au petit robot : ASTRO BOY : THE BRAVE IN SPACE (1964), ainsi qu’une première adaptation du ROI LEO (1966), surfant elle aussi sur le succès de la série T.V… près de trente ans avant le plagiat des studios Disney…
Deux longs-métrages relativement fastueux et ambitieux se distinguent singulièrement lors de cette première période de Tezuka au cinéma : 1001 NIGHTS (1969), qui dévoile (et  exacerbe) tout l’érotisme latent des Contes des 1.001 Nuits et CLEOPATRA (1970), que la subtilité coutumière des distributeurs américains n’avait pu s’empêcher de sous-titrer : CLEOPATRA… QUEEN OF SEX (!). Tous deux visent, à l’époque de l’envol de la revue COM et de l’explosion du gekiga, un public clairement adulte… et seront hélas deux échecs cuisants, le public n’étant pas encore prêt pour ce genre de « dessins animés ». (Le serait-il davantage aujourd’hui ? Le contexte social de l’époque était pourtant nettement plus favorable…)

Et les manga de cette époque riche en animation?
Il y en a beaucoup, et pas des moindres ! Citons d’abord CAPTAIN KEN (1960-61), série de science-fiction qui eut son heure de gloire en mêlant visions futuristes et western (bien avant l’immense Leiji Matsumoto) ; BIG X (1963-66) et W3 (1965-66), deux autres grands succès de S-F qui seront parmi les premiers manga à connaître une adaptation animée, ainsi qu’AMBASSADOR MAGMA (1965-67), autre manga célèbre de l’époque, dans la foulée des premiers robots géants de la pop culture japonaise. Dans un tout autre registre, the TOPSY TURVY ANIMAL ENCYCLOPEDIA présente en 1964 un Tezuka graphiquement très éloigné de son style habituel : un trait cartoonesque proche du dessin de presse, stylisé et beaucoup moins rond qu’à l’accoutumée, pour des strips délirants de caricatures animalières.
Ce sont pourtant les années 1966-67 qui marquent un tournant majeur dans l’œuvre de Tezuka avec VAMPIRES (1966-69), DORORO (1967-69) et surtout PHENIX (1967-68), qui apparaît à la une du numéro 1 de la revue COM, dernier bébé de Tezuka destiné à devenir un véritable laboratoire d’idées en images... COM s’affirme comme un espace de liberté et d’expérimentation à une époque où l’industrialisation du manga menace (déjà) la créativité des auteurs. VAMPIRES est une étonnante histoire liée au MACBETH de Shakespeare et aux traditions fantastiques japonaises, hélas inachevée, mais qui s’est imposée malgré cela comme un classique de Tezuka. DORORO plonge aussi à la source des traditions nippones, mais d’une toute autre façon : Hyakimaru, dont le corps n’est au début du récit qu’un morceau de chair informe, se bat pour recouvrer, membre après membre, la totalité de son corps livré aux 48 démons dont il doit triompher.



Quant à PHENIX, considéré par Tezuka comme l’œuvre de sa vie, difficile de résumer une fresque historique qui s’étend des origines de l’humanité au futur le plus éloigné, enjambant chapitre après chapitre les civilisations, les continents, voire les univers, fable cosmique visant toujours l’essence même de la philosophie de Tezuka : une approche spirituelle et humaniste de la condition humaine, partant d’allégories de tous les temps pour mieux éclairer notre époque et notre place dans le monde. Cosmique, mystique au meilleur sens du terme, vertigineux… Combien de récits dessinés ont à ce jour atteint une telle ampleur ? Une dimension et une multitude des niveaux de lecture qui ne trouvent peut-être un écho aujourd’hui que dans le meilleur d’Alan Moore (Promothea, V pour Vendetta, From Hell…) ou de Jorodowsky (L’Incal, Bouncer, Face de Lune…).  
A la fin de la décennie, les recueils de nouvelles UNDER THE AIR (1968-70, l’un des préférés de Tezuka) et LE CRATERE (1969-70), mais aussi les récits SWALLOW THE EARTH (1968-69)  et I.L (1969-70), présentent de nouvelles façons d’envisager la narration dessinée, tandis qu’un ouvrage autobiographique passionnant, qu’il serait heureux de voir traduit en France : I’M A MANGA WRITER (1969), vient couronner vingt-cinq premières années de création d’une fertilité et d’une générosité toujours renouvelées.
            
               
                              
                        

Pour les visuels © by Tezuka Productions

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