Nodame Cantabile - Actualité manga
Dossier manga - Nodame Cantabile

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Sommaire

Publié le Jeudi, 11 July 2013


Au fur et à mesure des titres publiés dans nos contrées, un constat s’impose : les auteurs japonais les plus doués semblent être en mesure d’aborder n’importe quel sujet et de nous le rendre passionnant et plein de vie. L’exemple qui vient à l’esprit tout de suite serait « Hikaru no Go », où nous suivons un jeune garçon dans son parcours vers le monde professionnel de go. Un sujet terne en apparence avec son obscur jeu de plateau oriental devient une histoire fabuleuse et pleine de rebondissements et de contacts humains. J’irais même jusqu’à dire que ce sont les sujets les moins enthousiasmants qui engendrent les meilleurs titres, car ils tirent souvent le meilleur parti de leur approche et ne se contentent pas d’une simple toile de fond pour développer l’intrigue.

Dans le cas de « Nodame Cantabile », la série prend place dans l’univers de la musique classique. Sérieusement, en dehors des élèves de conservatoires, y-a-t’il encore beaucoup de jeunes de nos jours qui écoutent de la musique classique, s’y intéressent, connaissent les grands compositeurs et leur histoire, comme un autre se passionnerait pour le rock ou le jazz ? J’ai de sérieux doutes à ce sujet. Le terme « musique classique » apparaît malheureusement de nos jours comme vieillot, dépassé, d’une autre époque, celle de nos grands parents et plus vieux encore. Pourtant, à travers les yeux de Tomoko Ninomiya, elle retrouve toute sa force, sa noblesse, son sens premier, sa grandeur, sa raison d’être. À travers son récit, ses personnages, sa narration, l’image de cette musique se retrouve complètement dépoussiérée, remise dans le cadre de la modernité sans la trahir pour autant, et nous montrer qu’il s’agit d’une très belle époque de la musique qui n’est absolument pas démodée. D’où le terme « classique », d’ailleurs. Tout comme « Nodame Cantabile » le deviendra peut-être un jour, qui sait. Petit regard sur ce titre si injustement boudé dans nos contrées malgré l’aura qui l’entourait avant sa sortie francophone.
 
 
      
      
     

Piano

 
 
L’histoire débute dans un environnement universitaire. Nous faisons la connaissance de Chiaki, un élève brillant, pianiste accompli, violoniste confirmé, très intelligent et passionné par la musique, et accessoirement coqueluche de l’Université de musique Momogaoka en raison de son charme. De prime abord, il a tout pour plaire et pour réussir dans la vie, sans compter que sa famille est plutôt aisée. Certes, il n’est pas facile d’accès, possède son franc-parler un peu sec et n’y va pas avec le dos de la cuillère dans certaines situations, mais il est difficile de le détester. D’autant plus qu’il n’est pas mauvais pour un sou, seulement un peu trop impliqué dans certaines situations et que son caractère l’oblige à dire certaines choses. De plus, il souffre d’un grave traumatisme qui l’empêche de prendre l’avion et le bateau. Une sérieuse barrière quand on habite au Japon et que pour se rendre en Europe, centre majeur de la musique classique, il faut obligatoirement passer par un de ces moyens de transport. Il en résulte forcément une profonde rancœur envers lui-même, d’autant plus que tout le monde le pousse à partir vers l’Europe pour développer son potentiel, sans se rendre que ces paroles ne font que l’enfoncer encore plus dans son malheur. Dès lors, malgré toutes ses qualités, l’auteur ne fait pas de Chiaki un surhomme, un génie parfait à qui tout réussit. Au contraire, rarement a-t’on vu un personnage si humainement fragile face à la vie, avec ses imperfections, ses forces et ses doutes. Il galère pour progresser malgré les facilités que la nature lui a accordé, et le travail acharné qu’il fait sur lui-même pour avancer. Néanmoins, il n’est jamais pathétique, jamais loser, toujours fidèle à lui-même même au fond du trou de son désespoir personnel, si bien que ce n’est jamais un personnage pour lequel on est désolé et qu’on encourage toujours, parce que malgré son côté « perfectionniste » qu’il impose aux autres, il fait tout de même très attention à son entourage, à sa manière.

D’ailleurs, la force qu’il démontre dans la série, il la doit principalement à sa rencontre et sa relation avec Noda Megumi, dit Nodame. Une fille…, formidable, fantastique et fantasque, impossible à décrire réellement, tant elle vit dans un monde à elle. Excentrique à lier et pourtant très attachante, très négligente dans ses études et pourtant très appliquée quand la situation exige, incontrôlable dans son éducation musicale tant ses instincts prennent le dessus sur la rigueur, elle apparaît sans conteste comme un génie dans son domaine, avec un toucher et une oreille phénoménale pour le piano. D’ailleurs, c’est le charme particulier de sa musique qui a conquis le jeune homme. Si le manga porte le nom de la jeune fille alors que nous suivons principalement Chiaki, ce n’est pas pour rien. Si l’histoire nous est racontée du point de vue de Chiaki principalement, notamment dans ses états d’âme et dans ses pensées intérieures, Nodame demeure la grande force qui pousse l’intrigue vers l’avant, induit des changements, des émotions, fait se rencontrer des personnages qui ne se serait jamais trouvé sans elle. Le simple exemple de Miné, qui devient un ami de Chiaki autant qu’il est possible de se considérer comme tel du moins) grâce au désistement de Nodame lors d’un concours important pour le violoniste, illustre cette énergie incroyable que la jeune fille dégage dans son sillage. Pareil avec Milch, alias le grand chef d’orchestre Stresemann, dont le premier contact avec Nodame avant qu’il ne rencontre Chiaki joue énormément sur la dynamique de leur relation maître/disciple par la suite.

En fait, Nodame Cantabile fonctionne de la même manière qu’un grand théâtre de rue. L’auteure ne tente pas de jouer la carte du réalisme pur mais opte pour une approche très expressive des grands tournants de la vie et des grandes émotions qu’on y rencontre. Il n’y a pas de réel scénario, pas de vrai but avoué en soi qui marquera la fin du manga. Juste énormément d’énergie de la part des personnages qui peuplent ces pages, des rêves d’avenir qui n’aboutiront que dans de nombreuses années. Ce sont les interactions entre les personnages qui font bouger l’histoire, qui lui donne du sens et la rende vivante. En effet, on peut observer un effet notable et une progression quand les personnages se rencontrent. Ce n’est jamais gratuit, et il en ressort toujours quelque chose de ces expériences. Il suffit de voir la progression de Miné, de Nodame, de Chiaki, ou de personnages plus secondaires comme les sœurs Suzuki. Ce qui contribue à rendre le manga « déroutant » d’un certain point de vue et explique peut-être son manque de succès ? En effet, maître Ninomiya ne nous prend pas par la main dans son récit en pointant une direction générale de son œuvre, mais nous invite à faire la connaissance de ses personnages et leurs aspirations dans le monde de la musique. Nous suivons le but que chaque personnage s’est fixé, jusqu’à ce qu’il l’atteigne ou décide de passer à autre chose, et c’est tout, mais avec beauté, joie, richesse et attachement pour les personnages qui peuplent son œuvre.
 
 
  
 
 
Les personnages sont tous très expressifs à leur manière, très « théâtrales » dans leurs actions, dans leurs expressions, dans leurs déclarations, jusqu’à dans leurs décisions. En fait, Nodame Cantabile ne joue jamais la carte du drame et reste tout en légèreté dans son approche et le ton employé, ce qui n’empêche pas l’émotion de pointer régulièrement le bout de son nez, notamment lors de la séance d’hypnose de Chiaki par Nodame. Cela ne signifie pas un manque de profondeur, que du contraire même. L’auteure s’attache à nous décrire subtilement, sans emphase ou apitoiement, les difficultés et l’état d’esprit de la plupart des membres de sa troupe. Que ce soit Chiaki et ses nombreuses remises en question quand Nodame le confronte à une part de lui qui l’empêche d’avancer, Nodame et sa terreur d’aller trop loin dans le monde du piano,… et pareil avec Miné, Masumi, Saïko, ou même Stresemann, qui révèle rapidement une profondeur insoupçonnée.

Nodame Cantabile représente quelque part un Ovni en matière de narration dans la production manga disponible chez nous. L’œuvre est très accessible, pleine de richesse, enjouée, bourrée d’humour et de moments tendres, d’émotions et de personnages hors-du-commun, et c’est peut-être cette légèreté apparente qui repoussent les gens, qui cherchent souvent dans le manga des titres sombres, dramatiques ou violents. Une œuvre à la fois légère et mature comme Nodame Cantabile, classée shôjo mais qui n’attirera pas la cible visée, puisqu’il s’agit d’un josei (pour femmes adultes) et qui aborde des thèmes qui ne parleront pas vraiment aux adolescents et dont l’impression générale n’attirera pas le lecteur moyen de manga… Le titre ne pouvait qu’avoir du mal à percer chez nous, malgré son excellente réputation dans son pays d’origine, son drama et son adaptation manga.
  
  

NODAME CANTABILE © 2002 Tomoko Ninomiya / Kodansha Ltd.

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