Dossier manga - Negima !

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Sommaire

Publié le Vendredi, 13 May 2016


Le successeur spirituel de Love Hina ?


L’œuvre qui a propulsé Ken Akamatsu, que ce soit au Japon ou en France, est Love Hina. Le récit, en quatorze tomes adaptés par la suite en anime et en OAV, a connu une certaine popularité pour avoir dynamité le genre du manga harem car si la frivolité se trouvaient déjà chez certains auteurs comme Masakazu Katsura qui jouaient sur l’ambiguïté des sentiments entre un jeune garçon et plusieurs demoiselles, l’ambiance atteint ici des sommets de démesure. Dans sa démarche initiale, Akamatsu s’est inspiré des visual-novel, des jeux-vidéo typiquement nippons axés bien souvent sur la drague, où le joueur a le choix de séduire différents personnages pour souvent aboutir à des fins différentes. En accentuant ce concept et en l’adaptant au manga, l’auteur a créé l’œuvre que nous connaissons, durant laquelle Keitaro Urashima se trouve au centre d’un groupe de jeunes filles, dans le cadre d’une pension, et même si son histoire d’amour avec Naru est la plus marquée ses déboires autour des autres adolescentes sont récurrent. Mais loin de chercher à dépeindre une ambiance fraîche et purement sentimentale, le mangaka axe beaucoup son ambiance sur le burlesque, au point qu’il soit régulier de Keitaro finisse à voltiger dans les airs telle une certaine Team Rocket.

C’est bien cette œuvre qui a valu le succès de l’auteur qui, sur sa série suivante, n’a pas tellement pu s’en détacher immédiatement, et ne quittera pas totalement ce registre jusqu’à la fin de la série. Dans Negima !, Ken Akamatsu reprend le concept du harem par le biais du personnage de Negi, magicien en herbe de 10 ans qui se retrouve à jouer les professeurs auprès d’adolescentes qui ont entre 14 et 15 ans. Le lecteur habitué au stylé du mangaka trouve alors vite ses repères puisque la naïveté de Negi peut souvent s’assimiler à celle de Keitaro dans la première partie du manga, de même qu’Asuna Kagurazaka n’est pas dans rappeler Naru Narusegawa par son caractère et sa couleur de cheveux. On peut même aller plus loin en trouvant dans la classe de 2-A des schémas de personnages conformes à ceux de Love Hina ou une forte reprise de traits physiques : Nodoka rappelle énormément Shinobu, et Sû présente de grandes similitudes physiques avec Kû-Fei. Difficile alors de séparer totalement les deux œuvres qui font échos sur de nombreux éléments, à tel point qu’on peut imaginer que Ken Akamatsu a vu de Love Hina un brouillon, une esquisse, de ce que pourrait être sa série suivante.

Et outre la reprise d’une multitude de concepts du casting, l’aspect harem demeure intacte durant la première grande phase de Negima !. Ainsi, c’est même ce qui donne le ton aux premiers opus, Negi se trouve au milieu d’une flopée de demoiselles, certaines tombant immédiatement sous son charme tandis que d’autres voient en lui un petit bonhomme mignon qu’une grand-mère verrait en son petit-fils. Dans un premier temps, la série axe alors son ton sur l’humour basé sur ce harem, et par conséquent les quiproquos en tout genre. Les similitudes avec Love Hina sont donc particulièrement fortes au point qu’on se demande finalement si Negima ! n’en serait pas une sorte de remake se déroulant dans un monde fantastique.





Pourtant, la plus longue série de l’auteur parvient à se démarquer rapidement de sa grande sœur, et ce même dès les premiers volets qui sont reconnus comme les moins inspirés par les fans. Le choix d’un petit-garçon comme héros n’est pas anodin car il permet d’instaurer certaines limites dans le harem. Car si présenter régulièrement les collégiennes dévêtues représente un fan-service récurrent dans les comédies sentimentales de type shônen, on peut le considérer comme un point totalement indépendant, destiné à ne satisfaire que le lecteur et le lecteur seul, ce qui n’a pas vraiment d’impact sur le personnage de Negi. Petit homme de 10 ans, ce dernier ne montre jamais ses attirances pour le sexe opposé ou la frivolité en générale, seule la gêne liée à la pudeur le marque et, au grand jamais, il ne se sent concerné par les pulsions amoureuses ou sexuelles, ce qui représente même un running gag au cours de l’œuvre quand certaines des élèves cherchent à lui avouer leurs sentiments. Ce simple aspect est très important car la facette harem se voit ainsi traitée de manière nettement différente et ce même si Negi et Keitaro se rejoignent par certains traits de caractères. Ainsi, rares sont les jeunes filles qui envoient voltiger le petit mage d’un coup de poing sous tant sa personnalité et son jeune âge nous empêchent de le voir comme un pervers. La candeur qui se dégage des premiers tomes est même l’argument phare poussant certains à voir dans les débuts de Negima ! un Love Hina un peu plus édulcoré et souvent très mignon, à raison puisque c’est là toute la sensation que Ken Akamatsu cherche à procurer dans les premiers tomes de son manga.

Néanmoins, le côté harem de la série et le jeune âge des personnages ne suffisent pas à justifier que Negima ! n’est qu’une pure œuvre de fan-service. L’ingéniosité de Ken Akamatsu, c’est d’avoir su rebondir et utiliser tous ces éléments vers une intrigue beaucoup plus mature et un traitement de certains personnages et quelques relations si bien menés qu’une poignée de demoiselles prend, à un moment donné, une couleur que n’avaient peut-être pas les personnages de Love Hina. Oui, Negima ! est un titre qui commence comme un harem mignonnet, mais qui sait évoluer et proposer une suite dépassant largement nos attentes. Cette évolution se constitue de deux axes, le scénario et les personnages, ce qui donne alors le plan de la suite de notre dossier.


Akamatsu est synonyme de nekketsu



L’évolution progressive de l’intrigue


Dans le pitch de base de la série, il n’est que question du jeune Negi qui doit s’occuper de la classe de 3ème A en vue de devenir un mage certifié et accompli. Rapidement, la quête de son père disparu est contée mais ne représente pas un enjeu immédiat, on aurait alors presque pu se contenter d’un récit tournant autour des relations entre Negi et sa classe de collégienne. Seulement, une évolution progressive a lieu et ses premières marques imprègnent le troisième volume (correspondant à l’apparition d’Evangeline) qui commence à instaurer des intrigues secondaires. Ce type de démarche est récurrent dans la partie la plus légère du manga, ne serait-ce lors de l’arc du Kansai aux tomes 4 à 6 qui présente l’air de rien l’antagoniste principal du manga, et ce sans que le lecteur s’en doute une seule seconde.

L’importance de la magie, des magiciens et du monde magique d’une manière générale, prend de plus en plus d’importance dans le cadre du campus Mahora. De nombreuses nouvelles figures souvent liées au père de Negi font irruption, au point qu’une fois la douzaine de volumes atteint on se doute que Ken Akamatsu a pour ambition d’aller plus loin et de ne pas se contenter d’une banale comédie sentimentale basée sur le harem. Ceci trouve d’ailleurs une explication dans la difficulté d’entretenir ce type de récits, très épisodiques, ayant poussé le mangaka à s’orienter vers une grande intrigue globale avec des arcs plus fluides moins complexes à scénariser et à réaliser. L’évolution de la série se poursuit toujours dans cet unique sens, celui d’en arriver à une seule grande intrigue dont les premières marques ont été faites dans les premiers chapitres, une réussite puisque le tout renvoie continuellement aux mêmes enjeux qui trouvent beaucoup d’explication, aboutissant à un tout de 38 tomes qui nous ferait presque douter que Ken Akamatsu n’avait pour ambition que de créer un nouveau titre de harem au départ.

Car l’apogée du manga débute aux alentours du vingtième tome, et ce jusqu’à son dernier, relatant le long arc du Monde Magique qui propulse Negima ! de la simple comédie sentimentale fantastique à la véritable épopée de Fantasy dont le scénario se complexifie à chaque chapitre, de même des enjeux qui deviennent colossaux au fil du temps. Du manga d’humour axé sur le fan-service, l’œuvre devient alors un titre d’aventures et de combats qui s’appuie sur la mise en avant d’une multitude de personnages mais aussi des factions géopolitiques à part entiers, le tout sur un rythme purement épique à de grands moments, sous oublier quelques moments émotionnellement forts car même si la comédie sentimentale disparaît peu à peu, les relations entre personnages (et souvent amoureuses) ne sont jamais évincées.





Les codes du genre, respectés à la lettre


On peut dire qu’à partir du dixième tome, qui marque le début de l’arc du festival de Mahora, Negima ! s’oriente définitivement vers le nekketsu et ce même si des combats magiques très vivants avaient déjà eu lieu dans la première dizaine de volets. Il convient dès lors de reconsidérer les a priori que nous pouvions avoir sur l’œuvre : la comédie se fait bien plus mineure et le titre de Ken Akamatsu est finalement un titre d’action qui retranscrit tous les codes ainsi que les valeurs que l’on connaît déjà dans les grands titres de combat. Et à ce titre, les amoureux du genre seront conquis quand ceux qui en sont las se détourneront peut-être du manga. Tel un nekketsu se déroulant dans un univers de Fantasy, surtout avec l’arc du Monde Magique, Negima ! propose de mêler ces différents éléments à un univers fictif vaste où magie et créatures fantastiques se côtoient, une recette de plus en plus présente dans le shônen moderne, ne serait-ce avec les œuvres de Hiro Mashima ou encore le très adulé actuellement Seven Deadly Sins.

On note tout de même une certaine logique dans la progression de l’histoire car l’objectif de Negi ayant toujours été de retrouver son père, il est cohérent qu’il doive atteindre son niveau pour cela, ce qui passe par une logique montée en puissance du personnage à base d’entraînement et d’accumulation de pouvoirs magiques. En soi, il n’est donc pas étonnant de voir le protagoniste devenir un être surpuissant parvenant à manipuler des sortilèges présentés comme les plus redoutables de l’univers. Néanmoins, il est bien plus étonnant de voir une dominance du combat au corps à corps comme les titres basés sur les arts-martiaux comme Dragon Ball, d’autant plus que la pratique de combat que Negi apprendra est loin d’être en accord avec l’univers de la magie, une alchimie qui dote toutefois Negima ! d’un charme et d’une originalité certains dans son genre.

Dans cette dynamique du nekketsu, la montée en force des principaux personnages, pas seulement Negi puisque même ses élèves seront concernés, on retrouve nombre d’éléments propres au genre comme l’apparition de mentors pour les héros, mais aussi de redoutables adversaires qui, en plus de légitimer la surenchère en termes de puissance, apportent de la consistance et des enjeux à un scénario qui ne cesse de s’enrichir, jusqu’à atteindre une importance que trente-huit tomes ne suffisaient pas à l’auteur pour tout développer, comme s’il avait sous-estimé l’ampleur de son récit. Mais ceci est un point sur lequel nous reviendrons ultérieurement…





A quête initiatique, univers vaste


La qualité de l’univers de Negima ! est indéniable mais elle n’est pas palpable afin la seconde moitié du manga, autrement dit l’arc du Monde Magique qui est le plus important de l’œuvre. Dans les premiers tomes, celui-ci est parfois évoqué mais jamais réellement traité, si bien qu’il ne fait que de la figuration… jusqu’à ce que l’intrigue se charge de mettre cet univers au cœur du scénario. A ce moment et comme si nous avions changé d’œuvre, Ken Akamatsu revoit ses ambitions à la hausse. Dans la tête de l’auteur, il semblerait même qu’il se soit imaginé un monde digne des J-RPG puisque la partie sur le Monde Magique développe en un peu moins de vingt tomes de nombreux axes.

Dans la forme, l’univers de Ken Akamatsu n’est pas des plus originaux puisque magiciens, humains et créatures légendaires sont les formes de vie dominante. Là où l’auteur a su jouer correctement sa carte en revanche, c’est justifier le parallèle entre le vrai monde et le Monde Magique pour garder une cohérence dans son œuvre et crédibiliser des aventures dans un tout environnement, cette fois davantage marqué par la Fantasy. Et dès lors, l’écriture de l’auteur se montre plus précise tant celui-ci joue énormément sur la géographique de sa nouvelle carte, sur l’Histoire du monde et sur les différentes relations géopolitiques qui en découlent. Les tomes concernés, par leur richesse, deviennent passionnants tant ils axent l’histoire de l’œuvre sur une multitude de points de vue, développent l’intrigue et l’avancée de plusieurs factions en mettant à l’honneur des alliances militaires et des nations, une ambition malheureusement trop vaste pour le peu d’opus qu’il restait à la série. Car porter moins de vingt tomes uniquement sur le Monde Magique ne sonne finalement que comme un amuse-gueule scénaristique, ce qui donne parfois la sensation de manque d’exploitation de certaines données, si bien que l’histoire de l’univers de Negima ! aurait pu constituer à elle seule une série de pas moins d’une quarantaine de tomes. L’auteur a eu les yeux plus gros que le ventre en termes d’intrigue mais qu’à cela ne tienne, la seconde étape de l’histoire de Negima ! est ainsi rendue passionnante.
  
  
  


© Ken Akamatsu / Kodansha Ltd.

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