Dossier manga - Love Mode

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Publié le Vendredi, 26 November 2010


Une trame dramatique


Composante essentielle du manga, nos héros aussi divers qu’ils soient cachent tous une blessure, une trahison, une faille à exploiter pour distiller un peu de pathos au milieu de l’humour assez vivant dans l’histoire de certains couples. La construction en tiroirs comme on l’a présentée auparavant permet alors d’explorer des thèmes variés mais surtout de changer les personnages qui en sont la cible, permettant de ne pas accabler une même figure (bien que ça soit un peu le cas) et surtout de réutiliser des drames sur plusieurs protagonistes et s’essayer à être encore plus touchant ! Entre les amours interdits, la maladie, le deuil, la prostitution, l’abandon, le viol et les familles un peu étranges ou totalement brisées, on en a pour notre lot de mouchoirs pour peu qu’on y soit sensible … En effet, faut-il encore que toutes ces bonnes idées ait un impact sur le lecteur. Et cela, comme tout le reste, dépend en grande partie de l’attachement que l’on a avec certains personnages et du temps qu’il nous est donné pour les connaitre. On commence par exemple avec le viol d’Izumi dans le premier volume, moment assez pertinent car si sur le coup l’acte manque de force, la réflexion qui en découle est bien plus habile que ce qui l’a induite. L’acceptation du statut d’homosexuel n’est pas chose facile pour un adolescent, et le pardon est alors bien difficile à accorder quand on a souffert physiquement et moralement. Le travail mental du lycéen est alors plutôt crédible vis-à-vis de ce traumatisme, même s’il manquera toujours un peu de réalisme dans un tel drame. La proximité physique a beau être alors très rapide, l’aspect plus psychologique dure sur plusieurs chapitres, et c’est sur cette démarche réflexive que se base la plupart de la connotation dramatique du manga.

Le plus bel exemple reste néanmoins Naoya, un lycéen sans le sous, sans famille ni soutien. Ayant perdu ses proches dans un accident de voiture, il est très introverti et a le sentiment de perdre de nouveau quelque chose chaque année à Noël. Puis c’est son tuteur qui le met dehors, l’école qui lui refuse une bourse, son appartement qui brûle … Bref, il est certain que ce jeune garçon n’a pas beaucoup de chance. Le sort s’acharne sur lui, et pourtant la lumière au bout du tunnel le guette comme tout autre garçon dans le besoin. Quand le drame permet de faire évoluer ses personnages comme le cas de Naoya, que ce soit en maturité ou en relation sentimentale, on dit pourquoi pas ! En effet, le jeune homme va énormément grandir dans les derniers volumes parus en France, lorsque sa famille tente de le récupérer et qu’il devra installer toute une décision assez lourde pour lui afin se dégager de ses problèmes et du drame familial dans lequel il a été plongé. La mangaka parvient alors à développer une histoire d’amour qui est celle du couple principal, des problèmes de famille, une fraternité acquise avec mal mais retentissante, et la première fois des deux amoureux … Un coup de maître dans la mise en œuvre, comme toujours ou presque lorsqu’il s’agit du couple Reiji x Naoya. De plus, on justifie beaucoup ce choix de passé par un regard terne, un repli sur soi et un adolescent presque muet, jamais souriant ou seulement plus tard. Bref, une réelle évolution a lieu, ce qui est loin d’être aussi évident dans le cas d’Izumi l’host boy : son caractère effacé, inconstant, soumis et pleurnichard déçoit quelque peu et son passé est un peu trop cruel et sa capacité à attirer le viol à lui se trouve vite agaçante. Ce n’est pas forcément une mauvaise idée, c’est juste … trop vu, et sans réalisme dans la détresse ou la progression du jeune homme. De même pour le jeune garçon fasciné par Rin qui est prêt à se prostituer pour un rien … Toutes les situations sont légèrement exploitées et critiquées par l’auteur, mais rien d’assez profond pour justifier tous ces viols qui ont lieu dans le manga. Il en est d’ailleurs de même dans le passé de Kiichi et d’Haruomi, mis en scène à travers un flash back sur la famille Aoé.

Somme toute, trop de drame tuerait le drame si le manga ne se reposait pas beaucoup sur l’humour pour reprendre un ton plus léger et ainsi pouvoir réintroduire des thèmes assez sombres sans trop de problème. Toujours au bord retenu de la tragédie, le récit dérive souvent vers la nonchalance d’une boite de chocolats aphrodisiaques ou d’un petit tour made in Kiichi, d’une attitude très laxiste et enfantine de Takamiya face à Izumi … Le passage entre les deux genres est un peu brutal parfois, tant on garde à l’esprit la dureté d’un viol, et ce même si les personnages sont moins marqués qu’une véritable personne le serait, même aux moments les plus comiques du titre. Et puis, après quelques tomes pour se mettre en jambes, le lecteur se fait vite à cette transition pas toujours évidente.
   
  
  
  
  

LOVE MODE © YUKI SHIMIZU (1996-2003) / Libre Publishing Co.,Ltd.Tokyo

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