Dossier manga - Love Mode

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Sommaire

Publié le Vendredi, 26 November 2010


Une série des plus inégales


Si la série s’attache de beaucoup à sa trame dramatique qui se veut profondément réaliste, ce n’est pas pour autant qu’elle l’est. En effet, est-ce vraiment la réalité que de proposer un nombre effrayant de couples homosexuels sans même parler du reste du monde ? Est-ce la réalité de leur inventer à tous un passé difficile type viol ou trahison ? Il est alors essentiel de notifier que Love Mode n’est en aucun cas un témoignage exhaustif ou même plausible vis-à-vis de la vie des homosexuels japonais. La série s’approcherait plus d’un yaoi tiré par son époque (années 90 plutôt qu’années 2000) et ses défauts notables dans le réalisme et la pertinence des idées. On plonge en effet dans un océan de clichés et de stéréotypes tirés des vieilles œuvres du genre. Les codes du style yaoi sont alors visités en long en large et en travers, si bien qu’on en ferait presque une indigestion ... Des uke particulièrement dominés, obéissant, timide et exposant leurs moindres émotions ou ressentis aux yeux de leurs partenaires. Ceux-ci font très bien l’incarnation du rôle du seme dominant plein pot, avec leurs grandes tailles, leurs airs un peu distants et leur grande maitrise de l’amour et de l’acte. Ils semblent tous un peu durs mais finissent par exposer leurs grands cœurs qui dorment toujours en eux. Les rôles dans la relation sentimentale comme dans la représentation de leur sexualité sont alors clairement identifiés, notamment quand le uke rougit, a les larmes aux yeux et ne peux retenir ses gémissements et autres manifestations de gêne ou de plaisir. Pendant ce temps, son partenaire doit toujours avoir l’air de prendre un plaisir plus profond et moins exprimé, contenant ses sentiments et essayant surtout de combler son petit partenaire fragile. Les scènes de sexe pleuvent d’ailleurs sans discontinuer sur le scénario de Love Mode, et l’en priver serait une chose bien étrange, enlevant alors la cerise sur le gâteau et frustrant les gourmands. Mais trop en faire rappelle le côté uniquement « gay » du manga, nous faisant regretter ce sacre de l’homosexualité, qui existe partout dans Love Mode, même si l’on peut compter sur la disparité des différentes romances, qui permet de ne pas confondre les couples même si on perd souvent les noms de ceux qui les composent …

De plus, la société de Love Mode a beau être homosexuelle à part entière, il n’était pas forcément nécessaire de faire se connaitre tous les protagonistes ... Certes, cela offre une force particulière au récit en enrichissant les sentiments et les interactions de chacun, leur permettant d’évoluer dans un plan plus large et pas uniquement centré sur eux-mêmes et leur partenaire. Mais cela rend également la chose beaucoup moins réaliste, en partant d’un groupe de quatre personnes qui se connaissent par l’intermédiaire de Takamiya et Reiji, et élargir ce groupuscule en conviant tout le monde à la fête. Frère, serviteur, parent ... Tout est bon pour agrandir la communauté de Love Mode, au détriment de la réalité des sentiments. On a alors à faire à une représentation totalement subjective d’un phénomène de société qui devient ... un phénomène de mode et de répétition. Surtout que tout ce petit monde se lie par total hasard, un hasard qui a bon dos pour justifier toutes ces belles histoires. Celles-ci sont d’ailleurs parsemées de sentiments un peu doucereux et de scénario très inégalement développés : certains personnages sont passionnant, d’autre n’ont aucun intérêt. Il devient alors difficile de plaire à tout le monde et la mangaka aura peut être fait un pari trop ambitieux …

Quid es de la réalité des drames et leur impact vis-à-vis de la volonté d’un scénario plausible ? Comme si ici, il fallait absolument choisir l’un ou l’autre. Associer les deux parait alors bien compliqué, tant l’auteur veut en faire d’un côté et moins de l’autre. Pas d’équilibre, pas de mesure, et on le déplore bien. Ceci-dit, personne ne nous a promis une photographie pertinente de la réalité, aussi Love Mode s’illustre-t-il bien dans une fantaisie décomplexée qui ne cherche rien, à part nous faire nous évader le temps de quelques tomes pour nous émouvoir au passage, nous faire rire un peu sans nous demander de nous appesantir sur la cohérence de l’ensemble. Le viol est un élément utilisé plus d’une fois ? Il faut le voir comme un concept au service de l’émotion et de la construction des personnages et pas le prendre en temps que tel. Pas toujours évident, mais absolument indispensable pour lire Love Mode par le bon côté. Un détonnant mélange de sérieux, avec des personnages qui doutent, d’humour aux situations explosives, de fantasmes avec le host club et de réalisme vis-à-vis d’une étude sensible des émotions de chacun. Des moments tendres et touchants côtoient des scènes chaudes voire brûlantes dans un seul et même manga, ce qui en fait un titre particulièrement inégal, mais pas forcément dans le mauvais sens du terme. Malgré de nombreuses erreurs scénaristiques.
     
 
    
    

LOVE MODE © YUKI SHIMIZU (1996-2003) / Libre Publishing Co.,Ltd.Tokyo

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