Dossier manga - Love Mode

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Sommaire

Publié le Vendredi, 26 November 2010


Différentes façons d’aimer


Onze tomes pour un yaoi, voilà un chiffre conséquent. Interminables répétitions ou coup de génie ? En tous les cas, Taïfu a sans doute entreprit une bonne initiative de publier une série digne de ce nom pour vérifier ce que disent les mauvaises langues à propos de l’essoufflement probable de la narration dans un genre comme celui-ci. Simples dénégations gratuites ou réalité ? Love Mode va peut être nous éclairer, sur le bien fondé de créer une si longue narration pour un même yaoi.

En effet, ce manga se base sur le principe de plusieurs petites histoires. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que le titre est regardé aujourd’hui comme un incontournable en matière de Boy’s Love, et en dépit de sa sortie un peu plus tardive en France. Il faut ainsi rappeler que ce manga a été créé voilà de nombreuses années et que, s’il a tant été attendu dans nos régions, il y a peut être une raison toute simple à ça … A l’époque, l’idée de Yuki Shimizu de créer une série qui tournerait autour de plusieurs couples est plutôt révolutionnaire dans l’univers du genre mettant en scène beaucoup de one shot ou séries courtes rabâchant toujours les mêmes situations. Se servir des héros d’un tome pour en faire des figurants dans les suivants, et inversement est un concept assez osé, d’autant plus quand on sait qu’une fan de yaoi s’attache à un couple et ne jure plus que par lui, phénomène largement montré sur internet et par les sondages de popularité régulièrement mis en place sur une série. C’est ainsi que la plupart des lectrices (et lecteurs !) conçoivent le genre, pouvant aduler les échanges entre deux seuls protagonistes qui représentent pour eux parfaitement la série dont ils sont issus. Alors risquer de se prendre de front des lecteurs pour le moins peu enthousiastes à voir leurs petits chéris relégués au rang de détails, c’est tout de même un pas en avant conséquent de l’auteur à l’époque dont découle Love Mode. Et, paradoxalement, c’est sans doute ça qui fait aussi bien marcher la série, ou du moins cela y aura-t-il contribué largement. A présent, de plus en plus de titres autres que les one shot exploitent ce style apprécié par les lecteurs, qui voient d’avantage de pays de cette manière (on peut citer Love Pistols, la série des « Game » chez Asuka, Tendre Voyou et bien sûr Gakuen Heaven qui aura fait exploser le genre des couples multiples, même si garder un des protagonistes identiques à chaque fois est encore une autre affaire …).

A l’époque de la sortie de Love Mode, c’est en tout cas un procédé assez inédit sur une longue série, montrant que l’auteur n’a pas froid aux yeux en proposant autant de changement et de chassés-croisés. La diversité n’est pas forcément bien vue par les lecteurs de Boy’s Love, malgré ou plutôt à cause du renouvellement indéniable que cela implique. Il ne faudrait tout de même pas croire que la série est dépourvue de toute logique, puisque chaque nouvelle focalisation se fait sur quelqu’un ayant un rapport avec les héros que l’on connait bien. Essentiellement par l’intermédiaire du Blue Boy que Reiji dirige … Si certaines histoires de montrent alors très indépendantes et n’ayant qu’un vague lien avec l’établissement, d’autres se focalisent bien plus sur le passé des dirigeants de ce club, comme le dernier tome sorti en France …


 
Placé sous le signe des associations de contraires, les couples de Love Mode ont alors tous un schéma assez précis pour former ainsi une association : entre le colérique et le je m’en foutisme, le naïf timide et le prévenant plein d’assurance, la pauvre petite chose persécutée et tremblante et celui plein de bonne humeur et de joie de vivre … Tant d’évidences qui rendent alors les couples si particuliers, si identitaires et complémentaires. Ainsi, la narration peut s’adapter en fonction de chacun puisque les héros d’un jour varient très facilement d’un tome à l’autre. Pour certains, le scénario se concentre sur les pensées du jeune homme timide qui ne parle que peu, nous permettant ainsi de le prendre en affection et de faire du lecteur un confident privilégié, habile manœuvre pleine d’intelligence. De la même manière, l’auteur module les relations sexuelles en fonction du contexte et de l’importance des couples dans le récit global : cela peut être très rapide ou très lent, sachant que l’un et l’autre sont complémentaires des sentiments des acteurs. En effet, entre Izumi et Takamiya tout va trop vite, tandis que les sentiments et la tendresse être eux va mettre longtemps à se positionner, dévoilant la gêne, les tabous, les interrogations et la logique des sentiments d’Izumi dans un très beau parcours en parallèle de l’aspect sexuel. Ce dernier vient alors en complément et en tant que conséquence logique de sentiments profonds et complexes, ne se mettant pas aussi facilement en place surtout dans le cadre des personnages principaux : il faudra attendre cinq ou six tomes pour voir enfin Reiji et Naoya consommer leurs sentiments, tandis qu’il nécessitera aussi du temps du côté d’Izumi pour accepter la chose. Après, ce temps nécessaire que l’on applaudit des deux mains n’est réellement mis en exergue que dans le cas du couple phare du manga, à savoir Reiji et Naoya, ce qui rend les autres un peu « faciles » et précipités. Dommage que tous ne soient pas traités avec les mêmes égards … On apprécie pourtant vraiment le dosage entre l’histoire principale, dépourvue de sexe pour du sexe, et les bonus qui sont d’avantage orientés en ce sens, ce qui s’avère être un excellent choix narratif. Tout comme le fait que la mangaka fasse régulièrement revenir les personnages ayant servis à d’autres histoires, afin de ne pas totalement les oublier … Et de même dans des bonus de fin de tome, afin de ne pas pâtir complètement de sa décision concernant la narration. Même si la plupart du temps même un couple principal comme Izumi x Takamiya est complètement mis à l’écart.

Toutefois, la narration qui s’adapte en fonction des couples a quelques défauts quand elle commet un impair sur le choix des protagonistes. Laisser une grande partie de tome dévoué à un couple contentant un TRES jeune garçon nous laisse une impression un peu malsaine, surtout avec le dessin de l’auteur qui accentue les disproportions entre les deux amoureux. Si l’un des deux pense à la pédophilie, nous aussi ! Et cette focalisation très intime sur cette relation n’a rien de bien agréable, plante complètement le reste du volume, d’autant plus que la situation manque de crédibilité. En somme, ce mécanisme d’écriture est-il une bonne représentation de ce qu’il peut se passer ? A voir, car si la réalité est vraiment celle-ci, il faudra se poser des questions. On opterait plutôt sur une diversité osée qui porte ses fruits et permet à l’auteur de tenir ses protagonistes sur la longueur, en les faisant revenir petit à petit, par des bonus ou des histoires annexes.
 
 
  
  
  

LOVE MODE © YUKI SHIMIZU (1996-2003) / Libre Publishing Co.,Ltd.Tokyo

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