L'île de Hôzuki - Actualité manga
Dossier manga - L'île de Hôzuki
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Publié le Vendredi, 01 July 2016


Un scénario en demi-teinte


Dans ses ambitions, l’intrigue de L’Île de Hôzuki a de nombreux points forts. La série est réussie en termes d’ambiance mais aussi par les différentes lectures qu’elle propose, développant des thématiques universelles. Mais est-ce que les réponses de l’œuvre de Kei Sanbe aux promesses symbolisées par ses intentions sont suffisantes ? L’Île de Hozuki est-elle une série qui réussit dans le développement de ses thématiques et de son scénario teinté de mystères ? A ce sujet, il y a de quoi être partagés.

En développant sa trame sur la dualité entre deux générations, autrement dit les enfants aux adultes, l’auteur a donné à son œuvre de belles pistes de réflexion... mais peut-être trop présentes sur le titre. Les quatre volumes nous aiguillent effectivement sur cette thématique afin que le lecteur puisse développer son questionnement quant à la tournure de l’intrigue au fil du temps plus que de donner de réguliers indices, de manière ponctuel. Alors, la résolution de l’intrigue est trop simple et peu surprenante étant donné la manière dont Kei Sanbe amène les révélations. Trop diriger le lecteur sur ce questionnement lié à l’intrigue n’était pas des plus habiles, ce dernier comprenant alors de plus en plus les réels tenants et aboutissants de la série qui n’ont plus grand-chose de surprenant lorsque la vérité survient.

Cette même conclusion vient gâcher la série à plus d’un titre. Les clefs de L’Île de Hôzuki nous sont toutes données de manière assez brève et assez subitement, ce qui vient créer une rupture avec l’ambiance du climax du dernier tome, malveillant, dans lequel le mal redouté des personnages et du lecteur se révélait au grand jour. D’un moment à l’autre, cette atmosphère glaçante laisse alors la place à une résolution lumineuse si bien que le lecteur n’a plus forcément besoin des explications de l’auteur pour comprendre ce qui se passe réellement sur l’île. La fin de L’Île de Hôzuki agit presque comme une farce, la chute est soudaine et à des allures de blagues qui incarnerait le quiproquo qui caractérisait le scénario depuis le début. La conclusion, dans ses idées, aurait pu se révéler efficace mais Kei Sanbe a clairement manqué de maîtrise pour décortiquer son final.





On peut néanmoins supposer que l’intrigue était vouée à se développer sur un hypothétique cinquième tome et que, par conséquent, la série a dû s’achever plus vite que prévu. Bien des éléments portent à croire que beaucoup de clefs ont été révélées de manière précipitée, à commencer par toutes les révélations qui arrivent de manière surprenante et du fameux dernier chapitre qui, se déroulant des années après, est une longue narration où tous les mystères les plus saugrenus de la série sont expliqués, si bien qu’on a l’impression que Kei Sanbe justifie les derniers points d’ombre de son histoire avec des réponses tombées du camion. On se questionne alors sur la tournure de l’intrigue et sa légitimité, comme s’il paraissait naturel qu’un dernier volume aurait permis à l’auteur de développer ses idées de manière bien plus habile. Cela rejoint ainsi nos réflexions par rapport au thème principal du manga, la jeunesse déphasée, qui aurait peut-être eu un achèvement plus pertinent avec un opus supplémentaire. Il est toutefois aussi possible que la durée du titre, de vingt-sept chapitres en quatre volumes, soit celle voulue et assumée par l’auteur, ce qui prouverait définitivement que ce dernier a été maladroit sur son récit horrifique.


De l’horreur et de l’érotisme


Kei Sanbe est un auteur prolifique qui a pour mériter de toucher à tous les registres. L’Île de Hozuki n’est pas sa première série et avant de s’attaquer à l’horreur, le mangaka a notamment dessiné de la comédie, de la fantasy, mais aussi de l’érotisme et ce notamment sous un autre nom de plume : Keisuke Kawahara.

La présente œuvre a beau être un manga d’horreur, les couvertures dépeignent néanmoins un côté aguicheur qui a de quoi interpeler. Derrière les jeux d’ombres que présente le dessinateur sur les héroïnes qui figurent sur les visuels de jaquettes et les rendent inquiétantes, on peut craquer sur leurs tenues particulièrement moulantes quand elles ne sont pas transparentes, ainsi que quelques postures suggestives. Et le lecteur ne se serait pas trompé avec cette première idée à la vue des tomes de la série en magasin puisque tout le long de l’œuvre, Kei Sanbe possède cette patte un peu frivole.





La proportion de l’érotisme est toutefois minime dans le sens où elle ne constitue pas une marque de fabrique de L’Île de Hôzuki contrairement au mystère ou à l’horreur. Elle se fait même très discrète de prime abord et vient surtout du design établi pour le personne de Yukino Kai, professeur d’E.P.S de l’école Hôzuki et pourvue de charmants attributs en plus de tenus qui lui moule le dessous de la poitrine. On peut imaginer que lorsqu’il dépeint les agressions sexuelles subie par l’enseignante de la part du malveillant Kuwadate, l’auteur cherche à la fois à profiter du design attrayant de la demoiselle mais surtout garnir son intrigue d’une dimension angoissante supplémentaire en donnant au viol une dimension oppressante voire glaçante. Dans la même optique, on retient Hatsune Miyazawa, demoiselle aphone parmi la troupe d’enfants qui va aussi subir les intérêts du mauvais Kuwadate. A ce titre, la démarche est habile puisque représenter l’hypothétique agression d’une enfant donne immédiatement une image néfaste à l’agresseur et accroit cette sensation d’horreur par le fait que Hazune est une enfant particulièrement attachante par son caractère timide.

Mais dans les deux cas, on ne peut nier que le mangaka se plait à dessiner les deux personnages féminins en petites tenues ou dans des maillots moulants. En agissant ainsi avec un personnage relativement jeune, du haut de ses onze ans, le fait que Kei Sanbe flirte avec la limite de la moralité est évidente mais ce dernier évite toujours d’aller trop loin. Les parties intimes de Hatsune ne sont donc jamais montrées contrairement à Yukino Kai dont les tétons sont dévoilés à plusieurs reprises. Fort heureusement, la petite Yume est constamment épargnée, ce qui est la moindre des choses. Représenter la nudité d’une enfant de cinq ans n’aurait effectivement pas été du meilleur goût…

De la sorte, la touche frivole que l’auteur apporte à son manga n’a rien de honteuse. L’érotisme reste modéré, plaisant en ce qui concerne l’adulte qu’est Yukino Kai tout en étant bien moins évident pour les jeunes filles, et apporte parfois un plus à l’horreur de la série quand il s’agit de représenter des agressions sexuelles dont le rôle est de provoquer le malaise du lecteur plus que de l’émoustiller. Rien d’étonnant donc que le titre s’octroie cette dimension, horreur et érotisme ont d’ailleurs souvent fait bon ménage…
  
  
  


© Kei Sanbe / SQUARE ENIX

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