L'habitant de l'infini - Actualité manga
Dossier manga - L'habitant de l'infini

Reader Rating 19 /20

Sommaire

Publié le Vendredi, 07 January 2011


Le charme d'un graphisme « artisanal »

   
L'Habitant de l'infini s'illustre par son style graphique, très différent de la plupart des autres mangas. Samura fait ses dessins exclusivement à l'encre de Chine, a en horreur la peinture à l'huile et refuse l'utilisation de techniques informatiques. Il en résulte un dessin particulier, avec un aspect crayonné-brouillon très marqué. Un style qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui vaut généralement à l'Habitant de l'infini d'être connu pour être un des mangas les plus beaux et réalistes actuellement. Les premiers tomes n'ont clairement pas vieilli, l'aspect crayonné étant juste un peu plus prononcé.
   
L'auteur excelle dans bon nombre de domaines, tandis que son souci du détail est incontestable. Les poses prises par ses personnages, les combats et beaucoup d'autres événements nous donnent une idée de sa maîtrise de l'anatomie humaine.
Jamais un personnage n'a été aussi bien proportionné. Les traits du visage ne sont pas en reste, pour un ensemble totalement réaliste. La majorité des combats font office de petits ballets, le graphisme de l'auteur contribuant à donner un effet de légèreté. Et quel plaisir de voir l'auteur conclure lesdits combats sur des double-pages oniriques somptueuses.
Jamais l'on a vu effets de lumière et conditions climatiques aussi bien rendus. La nuit, la pénombre, l'hiver glacial, la pluie sont présents dans d'autres mangas, mais l'Habitant de l'infini est sans nul doute le plus abouti, bluffant même, sur ce genre de scènes.
   
La violence, élément caractéristique de l'Habitant de l'infini, profite du talent de l'auteur pour être totalement réaliste elle aussi : dégoût et écoeurement assurés. Les décors suscitent des sentiments divers : claustrophobie dans les cavernes, vertige aux abords des cascades, campagnes ouvertes, intimité et isolement dans les intérieurs.
   
Ce graphisme de haut vol justifie sans doute un rythme de parution lent (un tome par an environ).




Adaptation


Sakka a choisi de ne pas censurer l'oeuvre de Hiroaki Samura. Cela vaut pour les différentes scènes de violence dont recèle ce seinen mais aussi pour la présence du svastika. Le svastika est un symbole religieux répandu dans différentes civilisations et ayant des significations différentes. En Occident, ce symbole est connu pour avoir été repris par le régime nazi (croix gammée). Dans l'Habitant de l'infini, le svastika figure sur l'uniforme du personnage principal Manji. Or, « Manji » est aussi la prononciation japonaise du svastika bouddhiste et hindou, qui représente des qualités de paix, d'intelligence et de force, signe de bon augure. A chaque apparition du svastika dans le manga, l'éditeur Sakka a eu la pertinence d'insérer une note pour éviter toute confusion. L'Habitant de l'infini n'est d'ailleurs pas le seul manga à soulever la question de la présence de la croix gammée. Oda Eiichiro (pour le drapeau de l'équipage de Barbe Blanche dans One Piece), Masashi Kishimoto (pour le symbole sur le front de Neji Hyûga dans Naruto) et Tite Kubo (la garde du katana noir ressemble à un svastika lors de la libération du bankai d'Ichigo dans Bleach) ont tous été contraints de revoir leur copie pour que leurs oeuvres ne posent pas problème en Occident. On retrouve aussi ce symbole sur le foulard du gang d'Onizuka dans GTO (le signe se justifiant dans ce cas comme étant le symbole de la force).

Hiroaki Samura a mélangé une dizaine de styles linguistiques différents allant des dialectes régionaux à des styles de paroles propres à certaines catégories de personnes (paysans, punks...). En plus de l'intérêt historique certain, le manga multiplie les clins d'oeil à la jeunesse japonaise actuelle. Un effet qui a pu être retranscrit dans la version américaine du titre, mais que l'on ne retrouve pas dans la version française. Les difficultés de traduction apparaissent évidentes et on se contente aisément de l'homogénéité du langage utilisé dans notre version, qui fait honneur à Sakka.

Sakka doit aussi être salué pour avoir opté pour un grand format, qui permet de profiter des talents graphiques de l'auteur dans des conditions idéales, l'encrage étant qui plus est de très bonne facture.

L'éditeur se distingue enfin en nous proposant une présentation de 100 personnages et des différentes écoles dans le quinzième tome, présentation très pratique, car intervenant à un moment-clef du manga.
       
     
    

Produits dérivés

   
Un anime (site officiel) de 13 épisodes a été diffusé au Japon sur la chaîne AT-X du 13 juillet 2008 au 28 décembre 2008. Le studio Bee Train a été chargé de l'adaptation, studio connu pour les séries .hack, Noir et Tsubasa Chronicle de Clamp. Samura a prêté sa voix à un vendeur de virevent (jouets pour enfants) dans l'épisode 10 et a réalisé une fresque de fond pour le dernier épisode.
   
  
   
Entre 1998 et 2006, Samura publie de nombreuses illustrations extrêmes dans des magazines pour adultes. Ces dernières sont réunies en 2006 dans l'ouvrage « Hitodenashi no Koi » (The Love of the Brute). L'ouvrage ne met pas en scène des personnages de l'Habitant de l'infini, mais le design demeure proche et cet ouvrage a de profondes implications sur l'ensemble de l'oeuvre de l'auteur. Présenté avec une couverture souple et trompeuse, puisqu'exposant des jeunes filles jouant au bord d'un lac, The Love of the Brute comporte plus de 80 illustrations de femmes soumises à des tortures physiques et sexuelles, avec un trait réaliste propre à l'auteur. Ce recueil dessert l'ensemble de l'oeuvre de Samura puisque l'on y trouve des scènes de bondage, mutilations, ero-guro (érotisme macabre), viols... dans un registre purement gratuit, là où tout au contraire l'Habitant de l'infini utilise ce genre de scènes pour illustrer une époque et l'évolution des personnages. Bien que Samura se surpasse en matière de graphismes, et que la torture et la souffrance sous un aspect esthétique comportent malgré tout un intérêt, ce recueil reste incontestablement malsain.
Un superbe artbook autour de la série est paru au Japon en juin 2008, intitulé Adanami Mugen no Juunin Gashuu. Un roman reprenant le base de l'histoire est disponible uniquement aux Etats-Unis. 
    
     
   
       
Les goodies sont rares... Mis à part l'OST de l'anime, on notera l'existence de quelques mini-figurines en Super-Deformed et d'une résine du buste de Manji.
   
   
    

Conclusion

    
Le dernier arc de la série voit les intrigues politiques se renforcer, les rapports entre les personnages devenir toujours plus complexes, avec des alliances insoupçonnées qui se forment. L'auteur continue de prendre son temps en nous livrant des combats d'anthologie attendus depuis les premiers tomes.
 
Avare en révélations, si ce n'est lors des tout premiers volumes et lors de quelques flash-backs, l'auteur a la lourde tâche de conclure sa série en répondant au moins à deux questions :
- Lever le voile sur les origines et la nature du Kessenchû, et plus globalement sur le passé de Manji. Comment s'est déroulée la confrontation avec son maître et les 99 poursuivants, quelles ont été les conditions de l'implantation du Kessenchû ?
- Lin va-t-elle soulager sa conscience ou pardonner à Anotsu, le chef du Ittoryû qui a tué sa famille ?

La fin de l'Habitant de l'infini est-elle satisfaisante de ce côté-là ?
Ce sont les deux derniers chapitres qui se concentrent sur cela. Trop courts pour répondre à tout, on ne peut nier qu'ils se penchent pourtant sur l'essentiel.
L'avant-dernier chapitre s'intéresse aux survivants. Il y en aura peu. Quelques pages supplémentaires auraient été appréciées, tant on a eu le temps de s'accrocher à des personnages aussi bien écrits. Néanmoins, ceux-ci étant tous meurtris, on ne tient pas grief à l'auteur de ne pas s'attarder plus que cela, on a presque envie de laisser ces personnages tranquilles, ils méritent le repos.
Enfin, le dernier chapitre ose le flash-forward, le saut dans le futur. Classique, mais efficace. L'occasion de voir le devenir, passionnant, des deux personnages principaux, Lin et Manji. Vivant ou mort ? Ayant trouvé la paix intérieure ou poursuivant leur route ? Séparés ou rassemblés ? Le mangaka reste fidèle à son scénario jusqu'au bout. Tout n'est pas noir ou blanc dans L'Habitant de l'infini, il ne faut donc clairement pas s'attendre à une happy end.
En plus de rester grave, mature, dans le ton général des tomes ayant précédé, cette fin répond complètement à l'une des questions, la vengeance de Lin, tandis que le passé de Manji est évoqué. Peut-être aurait-il fallu en proposer un peu plus sur cet aspect... Mais c'est aussi cette part de mystère qui aura rendu l'histoire de Manji si forte, si poignante.
 
On ne peut qu'aimer un manga d'une telle qualité. Aimer À l'Infini. 





 
 
Mise en ligne le 07/01/2011. 
Mise à jour le 11/10/2012.
Mise à jour le 26/10/2015
(c)
  
   
   

Dossier réalisé par RogueAerith


© Hiroaki Samura / Kodansha Ltd., Tokyo

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News