L'habitant de l'infini - Actualité manga
Dossier manga - L'habitant de l'infini

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Sommaire

Publié le Vendredi, 07 January 2011


Poésie barbare

   
Par un début accrocheur, Hiroaki Samura nous lance directement dans l'action. Mieux vaut avoir une bonne concentration pour bien retenir tout ce qui se passe, car le seul premier tome est fondateur de tout ce qui se passe dans la suite de la série, à savoir qu'il présente les deux tragédies qui auront pour effet de donner naissance au duo Manji/Lin. En plus d'être la base inaliénable d'un scénario complexe, le premier tome donne le ton, notamment à travers un personnage, Kuroï Sabato, assassin du père de Lin et violeur de sa mère. Rares sont les mangas à nous envoyer aussi vite dans un bain de perversions : Sabato s'est fait greffer deux têtes empaillées de femmes sur les épaules (et il ne tient qu'à vous de découvrir quelles ont été les victimes de cette atrocité).

Les tomes suivants prouvent que l'Habitant de l'infini est l'un des mangas les plus violents du marché. La sauvagerie des personnages est une constante. Mais l'Habitant de l'infini verse avant tout dans le malsain : scènes de torture, expériences inhumaines, viols collectifs, charniers, personnages laissés en pâture aux animaux. Sur ce point, le manga peut difficilement être rapproché d'un autre titre... Là où la violence d'Eden révèle la misère sociale, celle de Berserk qui est surfaite pour en devenir chaotique, esthétique et jouissive, l'Habitant de l'infini vise à exposer la souffrance de personnages prisonniers d'eux-mêmes – car invulnérables –  ou celle de personnages fous à lier ou contraints de se mutiler pour s'en sortir. Samura ne montre pas la violence pour la dénoncer, ne cédant pas ainsi à une facilité vulgaire. Il en reste à une violence classique et animale faite de tranchage de membres, de giclées de sang, dans la plus pure tradition des films de sabre nippon. C'est parfois un peu exagéré, mais le réalisme reste malgré tout le sentiment général se dégageant de l'oeuvre. Et lorsque le mangaka se penche vers autre chose, à savoir des scènes tendant vers la négation de l'homme ou de la femme, c'est l'aspect historique qui remonte. On oublie trop souvent que les notions d'humanité et de dignité étaient en Occident comme en Orient bien différentes de ce qu'elles sont à présent. Samura privilégie d'ailleurs tout au long de son manga des combats en un contre un plutôt que des vagues d'ennemis ou de la violence de masse. Pas de hauts-le-coeur à avoir donc devant un manga qui ne fait que retranscrire une réalité historique et la souffrance de ses personnages.

L'Habitant de l'infini est fait d'une richesse discrète qui n'apparaît qu'aux yeux des plus avertis. Derrière une violence si aisée et outrageante se dissimulent des thématiques insoupçonnables. Les expériences menées sur Manji constituent en cela un moment fort. Jusqu'où la médecine peut-elle aller ? Quelles sont les limites de l'humanité ? Le repentir a-t-il un sens ?

Les métaphores ne sont jamais loin non plus. A travers leur nouvelle existence, certains personnages se cachent d'eux-mêmes et des autres. Araya, en fabricant de masques, dissimule son inhumanité, qui refait surface lorsqu’il est démasqué ; ou serait-ce a contrario sous le masque du monstre que se cache l’humain menant une vie toute neuve. Burando, qui sera responsable des expériences sur l'immortalité, redevient un simple docteur tentant de se racheter. Voulant donner un sens à sa vie en poussant les recherches toujours plus loin dans l'inhumain, il comprendra que ce sens peut se trouver dans la simplicité d'un exercice normal de la médecine, une discipline qui, au contact de situations quotidiennes, change, doucement, mais sûrement.


  
    

Immortel : la vie comme fardeau


Entretenant des liens avec la résurrection et la jeunesse éternelle, l'immortalité a des origines anciennes (la Bible, évidemment et bien avant elle des essais de savants des grandes civilisations antiques). Elle est omniprésente depuis des siècles dans la littérature, le cinéma et la culture populaire. Les sous-cultures nippones n'échappent pas à la règle. La série de jeux vidéo Metal Gear Solid s'est illustrée avec ses personnages extravagants (le fameux échange de Vamp et Raiden dans le quatrième opus : - You too immortal ? - No, I just don't fear death). Les grands méchants du jeu vidéo japonais qui nourrissent des desseins proches d'une quête de l'immortalité ne sont pas rares.

Le manga s'illustre aussi dans ce domaine. Bon nombre de shônen et seinen se sont essayés sur le thème de l'immortalité, soit avec des personnages apparaissant comme immortels, soit parce que la quête des bons ou les objectifs des mauvais n'en sont jamais très éloignés. Hidan et Orochimaru dans Naruto, Aizen dans Bleach, Brook dans One Piece, le comte et les Noé dans D.Gray-man, les Homonculus et la pierre philosophale dans Fullmetal Alchemist, les immortels de Hoshin, Ban dans Dragon Quest, Hao dans Shaman King, Francine, les automates et les Shiroganés de Karakuri circus, Dio dans Jojo's bizarre adventure, Darren Shan et ses compagnons, Victor de Busô Renkin, Kim Yee Hin de Reiko the zombie shop, les vampires de Gunnm Last Order, l'homme de verre de Cobra, Miyabi et les vampires dans Higanjima, D dans Vampire Hunter, Akabara et sa race dans Vampire chronicles, Griffith de Berserk... Tous entretiennent un rapport particulier à l'immortalité. Mais globalement, celle-ci est souvent évoquée comme source de puissance.

L'Habitant de l'infini est unique en son genre sur plusieurs points. D'abord, il distingue invulnérabilité et immortalité. Manji peut mourir sous certaines conditions : il n'est donc pas immortel, mais invulnérable. La nuance a le mérite d'exister ! En second lieu, l'oeuvre de Samura fait de l'immortalité l'un des piliers narratifs du récit, ce vers quoi tout concourt. Enfin, c'est la souffrance liée à l'impossibilité de pouvoir mourir qui marque. Etre impuissant face à soi-même, ne pas contrôler son destin, endurer sans jamais pouvoir se libérer, voir défiler les époques. Sur le terrain d'un traitement éclairé du thème de l'immortalité, seul le récent Lost odyssey s'est distingué, jeu vidéo sorti sur Xbox 360 avec au character-design... Takehiko Inoue, dont le manga Vagabond est souvent cité comme autre référence du manga de sabre.
  
   
   
   

© Hiroaki Samura / Kodansha Ltd., Tokyo

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