Les Gouttes de Dieu - Actualité manga
Dossier manga - Les Gouttes de Dieu

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Sommaire

Publié le Jeudi, 04 March 2010


Poésie graphique

   
Le talent de Shu Okimoto pour le dessin n'est sans doute pas étranger au succès de la série. Le trait de la dessinatrice est à la fois léger et élégant, une caractéristique qui le rapproche plus du shojô, tout en restant parfaitement réaliste. Un plus non-négligeable pour le néophyte. Pas besoin de froncer les sourcils ou de tourner le manga dans tous les sens, tout est clair du premier coup d'œil.
La dessinatrice nous propose des personnages charismatiques sans pour autant en faire des originaux comme la plupart des mangas le font. Isseï ou Shizuku ont beaucoup de classe mais restent néanmoins simples. Ils prennent vie dans le manga avant tout à travers les émotions que transmettent leurs visages. Des émotions qui évitent de paraître sur-jouées mais jouant la carte de la justesse. Autre point important, aucun personnage ne se ressemble ! La série fait appel à de nombreux personnages, réels ou imaginaires, mais aucun ne viendra perturber la compréhension du lecteur. On reconnaît aisément chacun, les situant facilement dans leur tranche d'âge, beaux ou moins attrayants. De plus contrairement à la plupart des dessinateurs, Shu Okimoto sait dessiner les femmes aussi bien que les hommes. De quoi ravir les lecteurs des deux sexes.
    
Okimoto a le sens du détail : ses décors sont criants de vérité. Que ce soit l'urbanisme japonais, les campagnes françaises, les restaurants huppés ou les bars de quartier, le lecteur sait très vite où il se trouve. Quand il s'agit de représenter la nourriture ou le vin, là encore, Okimoto fait des étincelles. Tout gris qu'il soit, le divin nectar prend pourtant une teinte rouge dans l'esprit du lecteur. Les bouteilles sont également reproduites avec pertinence dans le moindre détail.
La dégustation du vin est aussi l'occasion de voyager dans le monde intérieur du gouteur, dans son sentiment et ses impressions. On commence par un grand champ de fleurs avant de continuer vers des endroits très étonnants, que ce soit un concert de Queen, l'atelier de Léonard de Vinci ou encore le Japon de l'enfance de Shizuku. Autant d'univers différents qu'Okimoto dessine de manière crédible.
Le plus gros défaut de la dessinatrice est sans doute le manque de renouvellement dans les scènes de dégustation, les moments où Shizuku ou un autre personnage découvre un vin nouveau toujours avec la même expression de surprise. Un aspect répétitif qui passe pourtant bien.
Et heureusement, lors de petites scènes comiques, Shu Okimoto peut se lâcher, marquant sa féminité en se laissant aller à transformer les personnages en Super Deformed, faisant de Shizuku un renard facétieux.

L'édition française des Gouttes de Dieu proposée par Glénat se veut très proche de la version japonaise. Le papier et l'impression sont de bonne qualité. La traduction est fluide, que ce soit dans le manga ou dans les fiches, et les coquilles sont rares. Petite différence : la version japonaise de la jaquette est pailletée, ce qui donne un effet brillant au manga, effet quelque peu enfantin pour un titre adulte. On comprendra donc facilement que Glénat ait voulu privilégier les vernis sélectifs et les effets de relief pour donner du cachet à la jaquette française.
On regrettera cependant l'absence de pages en couleur où le talent de coloriste d'Okimoto explose. Autre bémol, le prix. La série a inauguré chez Glénat un nouveau tarif, presque 9 € pour le format seinen classique de l'éditeur habituellement à 6,50 €. Mais devant la qualité du travail effectué, on pourra passer outre tout en déplorant que les petites bourses passeront leur chemin devant un titre qui en vaut pourtant la peine.
        
      
                           
                                        
                      

L'œnologie pour les nuls

     
Le dernier point -et pas le moins intéressant- que l'on soulignera sur le manga, ce sont les fiches pédagogiques que l'on retrouve à la fin de chaque tome. Car on ne s'improvise pas connaisseur du jour au lendemain. Même si la lecture de ces fiches s'avère facultative pour profiter de la série, elle apporte un plus non négligeable au lecteur qui voudrait aller plus loin tout en nous montrant les recherches importantes en documentation effectuées par les scénaristes.

Véritables cours d'œnologie, on y apprend d'abord le vocabulaire nécessaire à la compréhension du manga puis les différentes régions productrices de vins en France mais aussi dans le reste du monde comme l'Italie, la Californie ou encore le Japon. Schémas et cartes à l'appui, on découvrira au détour de fiches particulièrement complètes quels sont les meilleurs vins de Bourgogne, les meilleurs Bordeaux, les vins blancs ou rouges, les vins liquoreux... Certaines fiches se font plus techniques en nous apprenant comment décanter le vin, nous faisant découvrir l'importance de la forme du verre, comment déguster correctement un vin. On découvrira les grands noms, les domaines, les terroirs. On nous parlera parfois des producteurs et de la manière dont ils vont transmettre leur personnalité à une récolte, on nous parlera de l'importance des sols dans le goût du raisin... Yuko Kibayashi nous fera découvrir les meilleurs mariages entre les vins et différents plats, qu'il s'agisse de cuisine raffiné, plus banale ou de même de junk food. De quoi ne pas dénaturer le goût du vin et/ou des plats. On aura même droit à une interview de Jonathan Nossiter, réalisateur de Mondovino, réalisée par Tadashi Agi même.
Pour finir, le duo nous fera partager ses avis sur différents vins qu'ils ont eux-mêmes dégusté, le tout agrémenté de notes et de quelques commentaires.
      
      
    
      
     

© Tadashi Agi & Shu Okimoto / Kodansha Ltd.

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