Le Voyage de Ryû - Actualité manga
Dossier manga - Le Voyage de Ryû

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Publié le Vendredi, 23 October 2015


L’art de conter d’Ishinomori



Découpage et narration en phase avec son temps


En 1970, date de parution du manga, Tezuka a influé sur la bande dessinée nippone depuis bien longtemps, et le gekiga a déjà fait son apparition comme une alternative narrative. Bien qu’Ishinomori soit de l’école de Tezuka, il va réussir à puiser dans toutes les qualités nouvelles qu’offre le média manga pour produire le voyage de Ryû.

À l’instar du manga de boxe Ashita no Joe par exemple, le voyage de Ryû est un manga publié dans un magazine shônen et qui montre une forte polarité dramatique, aussi bien dans son scénario que sa narration. Dans le découpage notamment, Ishinomori s’éloigne de Tezuka pour créer quelque chose de plus technique. Entendons-nous bien : la narration de Tezuka est très efficace, s’inspire à certains égards du cinéma, mais son efficacité ne réside pas dans le découpage. C’est bien le gekiga qui va accoucher d’histoires découpées « comme au cinéma », pour reprendre l’idée de Yoshihiro Tatsumi, le fer de lance du mouvement gekiga. Le voyage de Ryû fait partie des histoires dérivées de cette technique, dans le sens où les actions sont nettes, et que régulièrement, l’auteur insère des double-pages très détaillés pour focaliser et saisir l’attention du lecteur. Le résultat est redoutablement efficace.


Le contraste des décors


Ishinomori avait beau rendre 500 pages par mois à ses éditeurs, il parvenait l’exploit de ne bâcler aucunement son travail de dessinateur, avec l’aide de ses assistants. Si les personnages sont, à l’instar de bien d’autres auteurs de l’époque, relativement simples, les décors sont en revanche très soignés, très détaillés et aident à saisir le climat anxiogène de ce monde inconnu et dangereux. La végétation, les forêts, sont obscures et touffues, et il est impossible de déceler le nombre de bestioles qui s’y cachent (c’est en tout cas l’effet qu’elles font au lecteur !). Les villes futuristes sont stylisées et différentes de l’une à l’autre. Le dessin est un des réels points forts du manga, il surprend même.

Les personnages, eux, rentrent plutôt dans le moule de l’époque. Cheveux vaguement en épis, yeux humides, ils proviennent tout droit du style « à la Tezuka », qui a été le maitre d’Ishinimori. Même les mutants sont quelque peu simples (hormis quelques exceptions). Ishinomori semble avoir plus mis l’accent sur le scénario et les décors et qui aident à rendre une ambiance étouffée et stressante.




Personnages tourmentés


La caractérisation des personnages contribue à la consistance du scénario. C’est bien entendu le héros qui est le plus abouti psychologiquement. Il est constamment mû par la volonté de trouver des semblables et rétablir une vie paisible sur Terre pour les hommes. Il a la chance d’être charismatique et de gagner le respect des personnages qu’il va rencontrer. Il est revanche régulièrement assailli par le doute, et remis en question par la réalité des faits. Lorsqu’il a un jugement hâtif sur une situation, cela lui coutera cher.

Les autres personnages ne sont pas en reste. Maria est caractérisée par sa féminité, qui, on s’en doute rapidement, est importe dans sa complémentarité avec Ryû. Sans être clairement dit, ils sont les Adam et Eve de cette planète dévastée, et représente donc l’optique d’une nouvelle civilisation engendrée par eux. Maria est aussi très fragile mentalement, et rappellera à Ryû qu’aller de l’avant est une chose, mais il est aussi important de préserver ses compagnons de la barbarie tant que possible.

Les personnages secondaires ont leur utilité à chaque étape du manga. Il en apparait à chaque étape du périple de Ryû et se montrent rapidement aboutis dans la place qu’ils occupent dans l’intrigue.


Hyperviolence


Bien que paraissant dans un magazine pour jeunes garçons, la série n’épargne le lecteur en termes d’images crues, d’une violence inouïe. De nombreux innocents sont tués dans le voyage de Ryû, par des êtres cruels. Une scène est particulièrement marquante à ce sujet, puisqu’Ishinomori ne manque pas de dessiner sur une page entière un cadavre aux yeux vides.

Cet excès n’est cependant pas gratuit. Elle est là pour montrer que dans un monde anarchique guidé par la loi du plus fort, la cruauté l’emporte sur la raison et l’empathie. Si les hommes n’avaient pas joué avec le feu, d’innombrables vies auraient pu être sauvées. C’est là le talent d’Ishinomori, l’éveil des consciences par le dessin.
  
  
 


© Shotaro ISHINOMORI/ISHIMORI PRODUCTION INC.

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