Le Berceau des Esprits - Actualité manga
Dossier manga - Le Berceau des Esprits
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Publié le Vendredi, 10 May 2019


Une série B sans prétention


C'est sur un synopsis somme toute totalement et volontairement "too much" que se présente Le Berceau des Esprits. Une histoire qui semble tenir sur un fil nylon, ce que la lecture nous confirmera assez souvent, et on comprend tout de suite que l'on va avoir affaire à une bonne grosse série B. Oui, mais une série B diablement efficace !

Efficace, car Kei Sanbe y fait du pur Kei Sanbe, à ceci près qu'il ne s'embarrasse pas ici d'un véritable scénario fait de mystères demandant un minimum de vrai développement. Bien sûr, il y a au fil des volumes des développements scénaristiques sur lesquels nous allons revenir par la suite, mais globalement l'auteur se consacre surtout à quelque chose qu'il fait très bien : du divertissement popcorn bourrin à souhait et totalement décérébré.

Et il attaque très vite dans cette voie, puisque dès les toutes premières pages du volume 1, le sang gicle. Pas de préambule, Sanbe plonge directement son lecteur dans le vif du sujet. Lorsque la lecture débute, le massacre a déjà bien commencé, et il ne faut pas attendre longtemps avant de voir le bateau piquer la tête dans l'eau. Rien de mieux pour poser l'ambiance globale qui attend lectrices et lecteurs.
  
  


Entre alliances et trahisons, des personnages faisant entre clichés et efficacité


Dès le tome 1, rapidement se crée une petite équipe de survivants, faite dans ce premier volet de quatre adolescents stéréotypés comme il faut: l'héroïne paniquée mais courageuse, le bad boy sans tact qui semble faire peu de cas de la vie d'autrui, le séducteur qui se veut rassurant en faisant chavirer les coeurs des minettes, et la minette en question, crétine de base à moitié hystérique qui passe son temps à refuser d'avance à cause de la peur. Typiquement le genre de personnage qu'on a envie de voir mourir, justement. Kei Sanbe, doué pour réveiller nos pulsions sadiques ?

Pour tenter de justifier un tant soit peu tout ça, Kei Sanbe tente vaguement d'apporter quelques tourments à ses personnages. Doit-on achever sans état d'âme une personne qui le demande ? Laisser derrière soi quelqu'un inapte à se déplacer facilement ? Cet aspect est survolé, mais à vrai dire, ici on s'en fiche un peu, car n'importe quel amateur de séries "popcorn" bourrines, gores et idiotes sera plus occupé à prendre son pied devant les planches sanguinolentes de Kei Sanbe.

Reste que dans tout ça, perdu au beau milieu du navire, notre petit groupe tente de se sortir du pétrin, menacé par un psychopathe, et ne cessant de croiser sur sa route des camarades ou des inconnus morts ou qui n'ont plus rien d'humain. La folie semble s'être emparée des lieux, ce qui se confirme bien lorsque nos héros croisent la route, dans le tome 2, de Yayoi, une camarade de classe qui ne tarde pas à les attaquer.

Ainsi démarrent et se poursuivent alors les déboires de nos héros dans cet univers où le danger peut débarquer de partout.

Dans le tome 2, les évolutions au sein du groupe sont assez peu nombreuses, car s'ils comprennent enfin que la folie meurtrière est contagieuse et peut se transmettre par une simple morsure, nos ados ont encore du mal ici à émettre l'hypothèse des zombies que tout lecteur a pourtant cerné dès le premier volume. Ne leur en demandons donc pas trop, et continuons de les regarder avec délectation s'entre-déchirer (la chair, cela va de soi), se tirer des balles dans le pied ou tenter de s'en sortir par tous les moyens.

Face au danger plus ou moins rapproché, chacun réagit à sa manière. Toujours dans le tome 2, tandis que l'un, par exemple, n'hésite pas à tatouer les gens pour les différencier des zombies, ou à massacrer tout le monde à tout va sans se poser de questions, l'autre, mordue, fait tout pour cacher sa situation en allant jusqu'à semer la discorde au sein du groupe. Et d'autres encore préfèrent jouer la carte de l'entraide, avec plus ou moins de réussite. Dans le feu de l'action, Kei Sanbe en profite également pour développer un peu plus le personnage de Takigawa, le genre de brefs développements qu'il réitérera à quelques reprises dans la suite de la série.
  
 
  
 
Dans le volume 3, un personnage en particulier symbolise la chute psychologique : Kana. Mordue par un zombie, celle-ci doit se rendre à l'évidence : elle est désormais infectée. La situation a raison d'elle, et la voilà qui sombre petit à petit dans la folie, bien décidée à emporter avec elle ses compagnons, à commencer par Makoto. Sa chute se poursuit pendant que l'on découvre rapidement quelques bribes de son passé, tout ceci permettant de mieux appréhender la personnalité de la demoiselle.

Marquée par ce genre de cas, la situation bouge assez souvent concernant les rapports entre les personnages, notamment dans le tome 3 où les différents clans sont amenés à évoluer de manière significative. Des personnages se séparent, rejoignent d'autres survivants, et chacun commence à trouver sa place, y compris ceux qu'on n'avait qu'entraperçus jusque là, telle Hanna. On a le sentiment que les groupes se consolident un peu plus, mais que certaines mentalités risquent de prendre le dessus sur les autres. A ce sujet, Kei Sanbe alterne quand il le faut sa narration sur les différents groupes (ce qui lui permet, en prime, de créer quelques mini suspenses en laissant de côté un groupe à un moment tendu), s'arrête sur chacun d'eux, et en fait ressortir les aspects les plus sombres. Ainsi, si la chute psychologique de Kana a déjà été évoquée, on a là tout le loisir de voir l'aspect implacable de Serizawa, qui n'hésite pas à sacrifier des personnes pour s'en sortir, y compris celles qui avaient apparemment sa confiance.

Le volume 4 est dominé par les personnages de Kana et Kasuga, et l'on assiste alors à une confrontation brutale et sans concession comme sait les faire Kei Sanbe, et qui met face à face deux personnalités résolument inquiétantes. Porté par une mise en scène efficace et qui fait volontiers dans la surenchère et le gore à petites doses, la série B que nous propose l'auteur continue de divertir. Pourtant, trop de surenchère tue la surenchère, et c'est bien là le problème de ce volume : à force d'enchaîner chez Kana des visages exagérément déformés et des retours alors qu'on la croyait morte, Kei Sanbe donne l'impression de se parodier lui-même, et la lassitude guette, d'autant plus qu'à côté de ça, il faut souvent attendre plusieurs dizaines de pages avant de voir l'histoire évoluer réellement un minimum. Par exemple, dans ce 4e tome, il faut se contenter de quelques nouvelles explications expéditives sur les origines du mal qui sévit sur le bateau, explications qui ont néanmoins le mérite de confirmer la personnalité très inquiétante de Kasuga, personnage qui revêt alors un nouveau statut...

A partir delà, la situation se complique encore, et les personnages se divisent encore mieux entre bienfaiteurs d'un côté et éléments nocifs de l'autre. Les différents clans tentant de se sortir du navire continuent leur chemin, fait de trahisons et de morts. A partir du tome 5, Kasuga, désireux d'être le seul à s'en sortir vivant, profite de la crédulité de Mami et de Haru pour faire tomber dans un piège le redoutable et impitoyable Serizawa. Quant à Yûya, qui se sait perdu depuis qu'il a été mordu par Kana, il donne tout pour essayer de sauver Yume et les autres.

Dans le tome 5, Au fil des pages, des vies s'éteignent à nouveau, au grand dam de certains, et à la grande joie d'autres. L'auteur prend le temps de s'intéresser un peu plus à certains de ses personnages, Yûya et Kasuga en tête. Ainsi, la détermination et la gentillesse bien cachée du premier restent un point fort qui se révèle peu à peu, au fil des faiblesses que le jeune garçon montre en avouant avoir peur de ne plus être lui-même. Sans chercher à faire dans le pathos, Kei Sanbe offre tout juste ce qu'il faut à son héros. Quant à Kasuga, tandis qu'on se régale face aux coups bas, manipulations et trahisons qu'il enchaîne, on découvre un peu plus les raisons qui le poussent à agir ainsi.
  
 

  
  
Dans la dernière ligne droite, au fil des ultimes épreuves imposés par les derniers sursauts de Kasuga et Serizawa ainsi que par un navire qui continue de couler, les groupes se scindent, se rejoignent, et surtout se renforcent autour de sentiments que l'on voyait largement venir. Et tandis que certains y vont de leur petite déclaration au moment le plus critique, d'autres se rapprochent tout naturellement au fil des épreuves, sans forcément se l'avouer. On appréciera donc ce petit travail sur les personnages, ces sentiments entre Yûya et Makoto que l'on devinait et qui éclatent enfin, ce rapprochement entre Mami, qui a tant de choses à se faire pardonner, et Koyuki, qui se doit de se montrer plus fort. De même, certains protagonistes présentent un sens du sacrifice exemplaire, qui finit d'offrir à la série son quota de bons petits climax.
Néanmoins, si tout ceci entretient convenablement un suspense dont on devine les tenants et aboutissants, il y a toutefois de nombreuses facilités et rapidités qui viennent un peu entacher le plaisir de lecture. Entre autres, facilités du côté des retrouvailles entre Mami et Kasuga, ou de la réapparition soudaine, au bon moment et au bon endroit de certains personnages. Rapidité dans les derniers rebondissements autour de Shimada ou de Kasuga, ou dans le traitement de certains protagonistes dans l'épilogue (on aurait aussi aimé revoir Koyuki et Mami).

Evidemment, dans ce travail sur les personnages, il n'y a jamais rien de très profond et tout ne reste qu'un prétexte pour offrir une bonne série B d'action. Et la mission est réussie : grâce à une assez bonne utilisation des personnages, le récit est rythmé, prenant, bien servi par la mise en scène et la pointe de gore, les protagonistes sont poussés dans leurs derniers retranchements.. Pour tout amateur de série B, le divertissement est assuré.
  
  

© Kei Sanbe / SQUARE ENIX CO., LTD.

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