Dossier manga - KIKI

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Sommaire

Publié le Vendredi, 30 October 2009


Le côté technique

               
La mise en scène de tout ce petit monde se caractérise avant tout par un dessin très sobre, en aucun cas surchargé. Il suffit pourtant de faire un peu attention pour se rendre compte que c’est parfaitement pensé. En effet, le vide sur certaines pages est la condition sine qua non pour faire passer l’humour d’une situation ; en règle générale les arrières plans des planches de la mangaka sont remplis par un dessin ou des effets de style, ce qui permet de ne pas s’habituer aux personnages posés sur un fond blanc, qui pourtant ressortent nettement plus. Mais globalement, le graphisme de KIKI est assez minimaliste. Ce n’est pas pour autant qu’il faut croire que son travail est bâclé : les personnages ne se ressemblent pas malgré son trait très simple et donc peu changeant. L’auteur trouve toujours un moyen, même d’une série à l’autre, de différencier ses créations par la coiffure ou l’attitude. Car les yeux et les expressions se ressemblent beaucoup : ils font parfaitement passer ce que les personnages ressentent. Du coup, le travail de KIKI a beau être épuré et assez statique, le tout conserve son charisme. De plus, son trait fin et peu chargé permet facilement de jouer sur le caractère androgyne des personnages, ce qui permet de ne pas creuser un fossé entre Nao, dont le travestissement est très réussi, et les autres. Enfin, on remarque un réel progrès depuis les débuts de Love me tender et le très récent cinquième tome : disparus, les problèmes de proportions, les grandes lèvres trop pulpeuses et les traits un peu cassants. La couverture du dernier volume prouve sa progression et l’esthétisme qui habille aujourd’hui chacun de ses dessins.

Le cadrage est bien adapté au contenu de l’histoire : se concentrant sur les personnages, leurs jeux de regards et leurs expressions, les points de vue sont rapprochés pour permettre de mieux se focaliser sur l’intérêt du manga, et de suivre plus facilement tout ce qu’il se passe entre les personnages. On remarquera d’ailleurs que la mangaka nous facilite la compréhension en ne représentant que rarement une multitude de personnages dans une même case. De plus, certains protagonistes sont très rapidement identifiables, pour permettre de les assimiler séparément. On pense alors tout de suite à Juliette, qui sous sa forme de canard s’improvise mascotte du manga et, en quelques courbes on ne peut plus simples, en dit bien plus que si l’auteur avait dessiné un canard plus réaliste. En somme, et à tout point de vue, nous voilà bien loin de la luxuriance d’un shojo, des débordements floraux et des grands yeux larmoyants : l’œuvre de KIKI préfère la sobriété. Par ses dessins, notamment dans Love me tender, elle se moque d’ailleurs de tels clichés graphiques ou scénaristiques : des cheveux au vent, un regard lointain et une main sur le front dans le plus pur style théâtral … Elle joue dans ses dessins aussi bien qu’elle s’amuse avec son histoire, et sa confiance en elle se dégage de l’ensemble, qui en devient lui-même mûr et posé. En clair, les dessins de KIKI s’accordent parfaitement avec sa vision de la vie : simple, élégante, maîtrisée et souvent humoristique.

Détenues par Taïfu Comics, les licences des œuvres de KIKI parues en France sont dans l’ensemble assez bien traitées. On appréhendait un peu le rendu, étant donné que l’on sait que l’édition a eu quelques passages difficiles. Mais il semblerait qu’un réel travail de fond ait été fait, ce qui permet d’apprécier une lecture soutenue par une qualité éditoriale correcte. Les traductions sont très fluides, et à aucun moment ne gêne le scénario. Celle-ci s’adapte sans dénaturer l’humour qui demeure constant, et c’est un vrai bonheur de voir que les onomatopées ont été traduites et les originales enlevées : voilà qui est extrêmement agréable. Malgré tout, les nuances sont parfois un peu trop effacées, et le papier reste beaucoup trop fin, en particulier dans les premiers volumes de Love me tender où ce bémol devient réellement désagréable. Les couvertures sont quant à elles agréables, le toucher et le format des mangas sont satisfaisants (sauf le troisième volume de Nibun no ichi qui change de texture : très décevant). Il est à noter, bien que cela ne soit pas de la faute de l’éditeur, que KIKI travaille très lentement, aussi le rythme de parution est il d’une lenteur extrême, surtout que la France a rattrapé la parution japonaise de Love me tender. En attendant, peut être serait il judicieux de sortir d’autres titres de l’auteur ? A bon entendeur …
              
                     
             
         
                 

Conclusion

    
Méconnus, les titres de KIKI restent très peu plébiscités en France malgré leurs grandes qualités. Mangas d’un nouveau genre, Love me tender et Nibun no ichi ont tous les éléments de la réussite : originalité des thèmes abordés, complexité des personnages, capacité à faire rire et à émouvoir, bon support graphique … Les protagonistes de l’auteur sont souvent travaillés bien qu’ils n’en aient pas l’air, et leurs blessures nous touchent tandis que leurs réactions nous font rire. Un paradoxe amené en douceur, preuve du caractère très singulier des œuvres de la mangaka capable de produire de vrais bijoux, bien loin devant les séries sur l’amour ou le cadre écolier que l’on peut trouver de nos jours.

Qu’on ne s’y trompe pas : bien que KIKI se plaise à aborder des thèmes toujours efficaces, Love me tender et Nibun no ichi se présentent avant tout comme deux comédies légères, mettant en scène des personnages aussi attachants que déjantés. Par un humour subtil et omniprésent, un trait fin et délicat dans le visuel des séries, l’auteur fournit un travail très lent mais d’une qualité indéniable. Love me tender est sans aucun doute un titre mémorable, bourré de dynamisme, d’humour et de sentiments parfaitement décrits, tandis que Nibun no ichi arrive à concilier le quotidien avec l’étrange dans une grande farce qui voit sa fin arriver un peu trop tôt et un peu trop facilement : on perd en puissance dans le troisième volume, mais ce n’est pas pour autant que la série n’est pas, au même titre que toute la bibliographie de KIKI, à découvrir d’urgence ! Une mangaka comme on en aimerait plus...
     
    
Mise en ligne le 30/10/2009.
Mise à jour le 07/06/2012.
     
      
   
Fiche de la série: Love me tender // Nibun No Ichi
Fiche de la série VO: Love me tender vo // Nibun No Ichi vo
Fiche de l'auteur: KIKI

Dossier réalisé par NiDNiM


© Kiki. All rights reserved

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