Critique du volume manga
Publiée le Mardi, 30 Décembre 2025
Boy's love sorti aux éditions Hana en ce mois de décembre, "D'abord l'enquête, les baisers, après !" est le tout premier manga professionnel de la carrière d'une autrice se faisant sobrement appeler Suu. De son nom original "Kiss wa Sousa no Ato de" (dont le titre français est une traduction assez fidèle), ce récit a vu ses cinq chapitres être initialement prépubliés au Japon en 2023-2024 dans le magazine Arca Comics des éditions Julian, avant d'être regroupés en septembre 2024 en un unique volume agrémenté d'un petit bonus exclusif, pour un total d'un peu plus de 170 pages. Notons toutefois que, depuis cette année 2025, la mangaka a entamé une suite au Japon sous le nom "Kiss wa Sousa no Ato de Again", et que l'on imagine que celle-ci arrivera également en France en temps voulu.
Cette histoire nous plonge dans un commissariat de police de campagne où Takoi, un homme de 38 ans affecté depuis sept ans au bureau des enquêtes, jouit d'une excellente réputation: souvent sur le terrain, toujours serviable même pour des broutilles qui ne sont normalement pas de son ressort, il est très apprécié aussi bien par ses collègues que par les habitants, à tel point que beaucoup de monde se demande comment un tel homme peut encore être célibataire, et que certaines personnes cherchent à la caser voire à se caser avec lui. Seule ombre au tableau: Shiono, 28 ans, voisin de dortoir et collègue du bureau des moeurs. Cet homme a beau avoir bonne réputation dans son travail et être beau gosse, il ne cesse de se montrer froid et cassant avec Takoi, si bien que ce dernier ne le supporte pas et pense qu'il le déteste sans savoir pourquoi. Pourtant, la vérité est tout autre: Shiono est juste complètement nul pour montrer ses vrais sentiments pour Takoi ! Cependant, quand ce dernier fait la connaissance d'une ravissante jeune femme dans ce qui s'apparente à une rencontre arrangée, Shiono, avec plus de maladresse que jamais, décide d'enfin passer plus concrètement à l'action pour essayer de faire comprendre ses sentiments à l'élu de son coeur...
Sur un fond d'affaires policières qui ne durent jamais longtemps mais qui sont suffisamment variées, entraînantes voire parfois amusantes, Suu livre une histoire d'amour entre flics qui, si elle n'a rien de spécialement originale sur le papier, s'avère assez bien campée, plus encore quand certains personnages secondaires amusants amènent une saveur supplémentaire, quand bien même ils se limitent malheureusement à quelques brèves apparitions (coucou Egawa). Derrière des situations parfois tendues (un baiser volé, une stalkeuse qu'il va falloir démasquer...), l'autrice vise avant tout à proposer un récit plutôt léger et fun, ce qui se ressent beaucoup dans le comportement d'abord à l'ouest de Takoi, tant celui-ci peine d'abord à capter que Shiono l'aime. Mais à partir du moment où il comprend enfin que cet amour est réel et que lui-même se sent de plus en plus attiré par Shiono, une autre problématique plus sérieuse arrive: jusque-là éternel hétéro, Takoi saura-t-il assumer à la fois, face au regard des autres, ses sentiments pour un homme, et les comportements moins "virils" et plus sentimentaux qui germent en lui ?
Côté dessins, c'est pas mal du tout pour une première oeuvre, car derrière une mise en scène assez classique Suu sait notamment fort bien jouer sur l'expressivité de ses personnages, sur leurs designs assez soignés, et sur un trait clair qui n'a aucune difficulté à souligner l'ambiance légère ainsi que les éléments humoristiques.
A l'arrivée, on a droit ici à une petite lecture sans grosse prétention mais se suivant toute seule. Il n'y a plus qu'à attendre la suite (pas encore sortie en volume broché au Japon à l'heure où ces lignes sont écrites), d'autant plus que la conclusion de ce premier volet n'en est pas réellement une.
Enfin, côté édition française, c'est satisfaisant dans l'ensemble, si l'on excepte quelques coquilles ayant échappé à la relecture mais ne nuisant jamais à la bonne compréhension du récit, ainsi qu'une impression délocalisée en Chine. La traduction d'Amandine Martel est claire et vive, le lettrage du Studio Tony est sobre et assez propre, l'impression est plutôt convaincante, le papier est assez épais malgré une légère translucidité, la première page en couleurs sur papier glacé est un petit plus appréciable, et la jaquette reste proche de l'originale japonaise tout en bénéficiant d'un logo-titre bien travaillé.
17/12/2025