Judge - Actualité manga
Dossier manga - Judge
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Publié le Vendredi, 25 September 2015


L’univers glacial et statique de Tonogai


L’auteur de Doubt, Judge et Secret a un style graphique très particulier. Ceux qui découvrent l’auteur pour la première fois remarqueront d’abord un character-design aussi soigné que simpliste. Le trait du mangaka est très fin et globalement assez précis, Tonogai ne se permettant pas tellement d’excentricité par rapport à ses choix visuels ni sur les détails apportés aux personnages. Ces derniers sont même ni lisses, dépourvus de reliefs graphiques, et tellement ordinaires de leur esthétique qu’on est même surpris que le mangaka ne prenne pas le parti d’autres auteurs, celui d’exagérer certains chara-design en jouant sur des clichés esthétiques associés au fan-service.

Le travail du dessinateur autour de ses personnages jouit du même constat : tout est à la fois très net et précis, notamment les décors si carrés qu’ils démontrent bien le travail sur ordinateur opéré par l’auteur, mais à la fois assez vide puisque les environnements où évoluent les personnages centraux ne sont pas si décortiqués que ça en termes de détails et d’effets, et ce même si chaque arrière-plan a un dessin très anguleux.

Dans ces conditions, Yoshiki Tonogai serait simplement un auteur qui brille par ses scénarios plutôt que son style graphique simpliste et dénué de personnalité ? Ou est-ce justement dans ces choix que l’identité du mangaka surgit et que l’ambiance de Judge (ou d’ailleurs de Doubt), a lieu ? Notre constat est ainsi le même que celui que nous avons décrit dans notre dossier sur la série antérieure à Judge, mais peut-être pouvons-nous étoffer notre argumentaire par le fait que Judge est une série plus longue, à l’intrigue différente, développant une ambiance qui n’est pas systématiquement la même et qui fait intervenir bien plus de personnages ?





Alors, ces personnages assez lisses en termes d’esthétique et dont les expressions faciales sont parfois très peu décortiquées apportent une profondeur dans l’angoisse. Les individus présents se sont rendus coupables de crimes, est-ce pour cela qu’ils montrent parfois si peu d’empathie à voir un camarade mourir de manière cruelle ? Sommes-nous vraiment en présence d’êtres humains ? On s’imagine alors progresser aux côtés de ces personnages et il n’y a pas d’angoisse plus forte que de nous dire que nous, lecteur, nous montrons bien plus sincères que des personnages pourtant placés dans une situation extrême. Le constat est assez similaires concernant les décors qui, nous l’avons dit, sont présents mais dépeints d’une manière très vide. Des lieux délabrés et très peu fournis représentent le cadre idéal pour développer une situation de tension et développer l’angoisse de chacun. On se surprend d’ailleurs à éprouver un certain malaise en imaginant les lieux et surtout l’individu qui aurait établi un tel endroit. Yoshiki Tonogai respecte de nombreux codes de l’horreur, le travail sur les environnements n’est donc qu’un élément supplémentaire pour instaurer une oppression constante tout le long de son récit. Imaginez-vous subir une telle situation aux côtés de personnages dont l’humanité laisse souvent à désirer, dans des lieux si vides qu’il vous donnerait des crises d’angoisses, et on peut facilement affirmer que le mangaka a utilisé les bons outils pour créer un thriller psychologique à l’ambiance réussie. Il est aussi possible que tous ces éléments de réponse quant au style visuel du mangaka soit une sorte de prétexte. Face à un trait assez limité, Yoshiki Tonogai a très bien pu reconnaître ses faiblesses et judicieusement les exploiter pour donner de l’ampleur en récit. Dans ce cas de figure, l’auteur ferait une belle maîtrise de ses limites graphiques.

Dans cette optique, on pourrait comprendre le choix de Tonogai d’évincer volontairement les scènes de massacres de la série. Celles-ci auraient en effet été difficiles à dépeindre et auraient nécessité une aisance dans le dynamisme du trait, dynamisme auquel on aurait du mal à associer le dessin de l’auteur dont la statisme fixe une atmosphère, ce qui est peut-être la raison pour laquelle le dessinateur ne montre pas ses séquences. Le choix est toutefois astucieux, ne pas montrer l’action permet de ne pas faire passer Judge au rang de manga gore et maintient une horreur dans l’ambiance, dans un crime que nous n’avons pas vu et dans un personnage qui a ainsi perdu une nouvelle part d’humanité.
  
  
  

© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.



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