Ippo - Actualité manga
Dossier manga - Ippo

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Sommaire

Publié le Jeudi, 08 April 2010


La boxe, une affaire d’hommes uniquement ?

  
Ippo est indéniablement dessiné par un auteur masculin. Que ce soit au niveau de l’humour, des réparties ou des émotions, on baigne indéniablement dans la testostérone et dans la sueur (Mention spéciale pour la traduction au tome 13 lors de la scène du bar entre Takamura et le coach : « On les voit venir tes coups bas »). N’oublions pas cependant qu’il s’agit d’un shônen, et que le titre s’adresse surtout aux jeunes garçons. Mais une série sans présence féminine serait cependant bien triste. Cependant, étant donné que Morikawa ne traite pas de boxe féminine à aucun moment, les filles ont bien souvent un semblant de rôle de potiche, d’un point de vue extérieur.
Mais il serait malvenu de les réduire à cela. Après tout, cela n’a rien de sexiste de dire que les filles ne sont pas promptes à la violence et à la bagarre. Un sport où des hommes « s’en mettent plein la tronche » n’est par conséquent probablement pas un de leur hobby favori. Dans « Ippo », elles ont la plupart du temps un rôle de soutien, ou de motivation.
La maman d’Ippo soutient son fils dans sa décision, malgré son aversion de le voir rentrer avec des blessures terribles. Mais jamais elle n’a pensé à le décourager de continuer la boxe, quand elle voit à quel point il semble heureux et épanoui lorsqu’il en parle.
Mari, la journaliste, ainsi que le docteur Yamaguchi, sont surtout là pour apporter un peu de sex-appeal, c’est vrai. Mais il n’en reste pas moins qu’elles sont compétentes et motivées dans leurs domaines. Même si leur rôle est mineur et sert quelque part à faire « joli », il n’en reste pas moins qu’elles ne sont pas là uniquement parce qu’il le faut bien.
Le cas de Kumi Mashiba est un peu particulier. Elle est un soutien pour son grand frère, qui se donne à fond pour elle et lui assurer un avenir meilleur. Même si elle n’aime pas du tout qu’il revienne couvert de blessures après un match, tout comme la mère d’Ippo, elle a abandonné l’idée de s’opposer à son désir de mener une vie de boxeur, car il y trouve quelque chose qu’elle ne peut comprendre, mais qui lui apporte ce dont il a besoin pour trouver son équilibre. Elle a aussi un second rôle, dans le développement d’Ippo cette fois-ci. Elle regroupe en effet toutes les caractéristiques de la fille parfaite, douce, gentille, intelligente, un peu timide, discrète, et plutôt mignonne. Bref, tout ce qu’Ippo pourrait espérer de mieux. Mais s’il fait preuve d’un courage sans bornes sur le ring et dans son travail, il en va tout autrement lorsqu’il s’agit de sentiments. Toujours laissé un peu de côté, à cause de son caractère effacé et de son travail après les cours, il semble n’avoir jamais envisagé sérieusement la question de l’amour et de la sexualité. Il préfère se contenter d’en rêver et de vivre un peu dans le rêve. D’ailleurs, c’est toujours Kumi qui l’appelle pour lui demander de ses nouvelles ou pour l’inviter quelque part, et la seule fois où il le fait lui-même, c’est sous l’influence de ses compères de la gym, qui prennent un malin plaisir à le torturer. Évidemment, Ippo est toujours timide et pas vraiment à l’aise en société, et comme on l’a vu, la boxe n’a pas vraiment changé sa personnalité. Il a toujours la maturité d’un gamin dans certains domaines. Mais malgré tout, si Kumi l’appelle, c’est qu’elle est de toute évidence intéressée par lui, et pas seulement amicalement. On se demande même parfois si la boxe ne lui sert pas de prétexte pour ne pas avoir à se confronter aux autres et à certaines réalités du monde… Mais l’aventure ne fait que commencer, et gageons qu’Ippo saura prendre un jour son destin en main, et pas seulement en boxe. Ou pas.
En somme, les femmes sont dans le cas de Hajime no Ippo une garantie de sécurité et de paix, un peu comme les femmes de soldats qui partent à la guerre. Elles représentent la chaleur et la quiétude du foyer. Un peu de douceur dans ce monde de brutes s’appliquerait plus que jamais au rôle qu’elles jouent dans la série. Certains peuvent trouver ça sexiste et tout ce qu’ils veulent, ils n’empêchent qu’il est difficile d’imaginer une plus grande présence féminine dans le contexte de la série. À part les groupies d’Hayami (qui ne sont pas forcément des caricatures, bien au contraire), elles portent toutes un intérêt à la boxe, comme Mari, ou bien soutiennent les boxeurs dans leur quête, à la façon de la petite amie d’Aoki ou de la femme de Date. Par conséquent, même si elles tiennent une place mineure, elles n’en restent pas moins indispensables au développement des boxeurs, et ce sans jamais se limiter aux rôles de potiches nunuches ou d’objets de fantasmes purs (sauf pour Takamura le roi des pervers, évidemment).
        
       
  
  

Dessin, adaptation et dynamisme des combats

   
Du côté des dessins, la série datant du début des années 90, ils pourraient paraître un peu « vieillis » et anciens à certains. Mais il ne faut pas oublier non plus que le trait d’un auteur s’affine toujours au gré des volumes, s’habituant petit à petit à ses personnages. Et le style très masculin, qui dépeint très bien les muscles des boxeurs sans jouer la carte de l’exagération et rend parfaitement la violence des coups est parfait pour ce type de récit.
De plus, un manga de sport n’est rien évidemment sans des matchs à la hauteur. Et de ce point de vue là, Morikawa n’a rien à envier aux meilleurs du genre. Le découpage est dynamique, les coups sont parfaitement mis en valeur, bien qu’évidemment plus décomposés que lors de vrais matchs. Ils misent aussi bien plus sur le côté spectaculaire et « nekketsu » propre au genre. Des matchs poids plume, compte tenu de leur gabarit, ne se terminent pas si souvent par un K.-O. Mais en même temps, une victoire aux points est moins intéressante à observer, et laisse une empreinte moins forte sur le lecteur. On peut dire d’une certaine façon que l’auteur sacrifie le réalisme pour des affrontements plus spectaculaires. Mais il ne tombe pas dans la caricature pour autant, et c’est là le plus important. Il n’a jamais prétendu non plus, je pense, dessiner un manga parfaitement réaliste en tous points, mais plutôt un grand hommage à son sport préféré, et à l’esprit qui anime ces hommes. Et s’il est certain qu’on peut être découragé de s’y essayer sérieusement en tant que sport, il est cependant indéniable qu’un débutant regardera un match de boxe d’un autre œil, essayant de dégager une stratégie et de repérer les techniques qu’il a pu observer dans Ippo, espérant peut-être, qui sait, pouvoir assister un jour à un Dempsey roll en direct.
Et pour conclure, il me semble utile de dire un petit mot sur les conditions de parution de la série dans nos contrées. Ippo est une série longue. Très longue même, et toujours en cours qui plus est. Avec plus de 80 volumes d’avance à l’époque, une parution à un rythme mensuel était sans conteste le meilleur choix possible, et suivre une telle série à un rythme soutenu était bien agréable. De plus, pour éviter en cas d’arrêt brutal de couper l’œuvre en plein milieu d’un combat ou d’une nouvelle évolution des membres du club Kamogawa, Kurokawa a divisé la série en plusieurs saisons, chose qui n’existe évidemment pas dans l’œuvre originale. Cette idée présente l’avantage de présenter une prise de risque moindre pour l’éditeur en cas de problèmes, et d’éviter de frustrer le lecteur le cas échéant. L’idée présente également l’avantage pour le lecteur de plus facilement s’y retrouver dans cette très longue série. Car arrivé au tome 50, pas dit qu’il soit évident de retrouver un combat en particulier dans ce « fouillis ». De plus, les sous-titres des saisons sont bien choisis, en adéquation avec les événements se produisant dans cette tranche de la série. Le premier, « la rage de vaincre », illustrait ainsi bien la volonté d’Ippo de s’imposer dans le monde de la boxe professionnelle. Maintenant qu’il a atteint un autre niveau, il est temps de faire face à son destin de boxeur renommé, tout comme Takamura, qui est en route de son côté vers un titre mondial, étant donné qu’il est sans rival en Asie. Et qu’en sera-t-il des destins de Miyata, de Kimura, d’Aoki, de Mashiba, de Sendo, et de tous les grands boxeurs qui ont marqué les trente premiers volumes de « Ippo » ? Pour le savoir…
           
     
       
          

© George Morikawa / Kodansha Co. Ltd.

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