Heartbroken Chocolatier - Actualité manga
Dossier manga - Heartbroken Chocolatier

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Sommaire

Publié le Vendredi, 26 Febuary 2016


Amours conquérants et sentiments brisés



A la conquête de sa proie


Le personnage principal de Heartbroken Chocolatier, Sohta, est mû quasiment constamment par son désir de conquérir le cœur de Saeko. Un amour passionné qui dure depuis de nombreuses années, et qu'il rêve de concrétiser, malgré ses nombreuses maladresses et son incapacité à se déclarer directement. Mais le jeune chocolatier est loin d'être le seul à vouloir séduire, et via les différents cas, Setona Mizushiro lance des interrogations quant à la façon d'aborder l'être aimé. On peut y aller franco comme Olivier, de manière stratégique comme Sohta, ou ne pas y aller du tout comme Kaoruko...

L'élément primordial de la stratégie de Sohta, c'est le chocolat. Saeko adore les sucreries, et c'est un grande partie pour elle que le jeune homme est devenu chocolatier, pouvant dès lors admirer la joie de sa belle quand elle déguste ses créations. Pourtant, sa réussite dans le milieu du chocolat semble inversement proportionnelle à l'échec de ses tentatives de conquête de Saeko. Il lui manque quelque chose, et l'amoureux transi n'aura alors de cesse de chercher comment parvenir à la faire tomber dans ses filets, par exemple en essayant de devenir moins effacé et un peu plus « bad boy » dès le tome 2.

Tout au long de ce volume, des doutes ne cesseront d'apparaître chez notre chocolatier. Face à Saeko, il n'aura de cesse de changer, tantôt gentil et serviable, tantôt au 36ème dessous, tantôt cassant et impassible... La route pour devenir un véritable "bad boy" est  longue, car selon Mizushiro, maîtriser ses plus profonds sentiments amoureux est plus difficile qu'il n'y paraît pour un homme, d'autant plus lorsque les sentiments amoureux en question sont frustrés...
Mais "heureusement", Sohta pourra compter sur une aide pas forcément attendue: celle d'Olivier, qui, derrière ses airs de simple otaku, cache, lui, un vrai côté sombre, capable de véritables raisonnements de manipulateur, de calculateur, quand il s'agit de se rapprocher petit à petit de sa proie... Lui nous montre une autre facette de jusqu'où peut aller un homme amoureux transi.

Parfois douces et consensuelles, parfois cruelles, les réactions de Sohta et Olivier montrent à quel point un amour fou mais frustré peut flirter avec les sentiments de mépris, voire de domination. Le chocolatier français et le "Prince du chocolat" sont prêts à tout pour satisfaire cet amour furieux et orgueilleux qui confine à l'obsession, le premier n'hésitant pas à se montrer désagréable envers Matsuri, le deuxième allant jusqu'à coucher avec une autre femme. Au beau milieu de tout ceci, ce sont les femmes qui en font les frais: tandis que Matsuri subit de plein fouet les remarques d'Olivier, la si attachante mais bien malheureuse Kaoruko ne peut qu'observer l'obsession de Sohta sans jamais oser quoi que ce soit... Ne peut-on donc pas conquérir sa cible sans créer de dommages collatéraux, de tristesse et de désillusions à côté ?

Le cas de Kaoruko est bien différent. Amoureuse secrètement de Sohta, elle ne se déclare jamais. Tome après tome, elle reste passive, certaine que rien que son âge est un obstacle, que ça ne sert à rien qu'elle tente sa chance, que ça ne ferait qu'embrouiller Sohta. Et c'est en restant dans cette passivité qu'elle encaisse silencieusement. Pourtant, dès le tome 4, Sekiya, jeune homme récemment rencontré, la remue  en lui faisant prendre conscience de certaines de ses faiblesses. Les cartes semblent alors être entre ses mains si elle souhaite réellement changer quelque chose à sa situation... Mais le veut-elle vraiment ?  Garder pour soi un amour inavoué peut être, à petit feu, destructeur.

Enfin, le cas de Saeko mérite aussi qu'on y revienne : minaudant un peu auprès de Sohta, jouant les coquettes, cette jolie petite poupée aime plaire, sans forcément chercher à conquérir totalement. Mais cela change à un certain moment, quand l'épouse malheureuse qui n'a plus rien pour croire en son mariage, redevient pleinement séductrice, en jouant pour sa part la carte de la provocation pour faire tomber dans ses filets sa cible. Là où Kaoruko ou Matsuri ne bronchent pas, Saeko s'avère plutôt n'hésite pas à jouer de ses charmes expérimentés, ce qui aura un impact sur les deux autres femmes.

Tout au long de la série, Mizushiro décortique plusieurs façon de conquérir l'être aimé... ou en tout cas, de tenter de le conquérir. Car en amour les choses ne sont pas si simples, et comme nous allons le voir il risque d'y avoir plus de déçus que d'heureux.





Portraits d'amours déçus


"J'ai décidé de vivre une déception amoureuse."

Comment vivre une déception amoureuse ? La question est au coeur de Heartbroken Chocolatier. Après avoir notamment abordé les amours incertains d'adolescents se cherchant dans L'infirmerie après les cours, les amours homosexuels dans Le jeu du chat et de la souris, ou l'amour comme moyen de transmettre son ADN dans Black Rose Alice, Setona Mizushiro s'attache ici à dépeindre les amours déçus, et offre alors différentes orientations et réactions chez chacun de ses protagonistes.

Il y a évidemment l'amour déçu de Sohta, qui anime toute la série. Cet amour qu'il n'a su concrétiser quelques années auparavant, et qui l'anime toujours sans qu'il soit de nouveau capable de se déclarer convenablement, d'autant qu'il doit très vite faire face à l'insurmontable, à savoir le mariage. Pourtant, Sohta se morfond et insiste dans son amour fou pour Saeko jusqu'à en faire une obsession, il ne lâche pas bien que ça le fasse souffrir, à croire qu'il est un peu maso.

Attachante de par la gentillesse, la bonne humeur et le courage qu'elle montre, Elena, bien que fragile, montre une autre manière, plus forte et plus optimiste, de faire face à la déception amoureuse. Elle est certes profondément attristée, mais émet vite une volonté de se relever et de rester positive.

Le cas d'Olivier et Matsuri semble presque à part dans la série. La déception amoureuse de Matsuri est à trouver dans le fait qu'elle vit dans un premier temps un difficile mais irrépressible amour coupable avec un autre homme déjà casé. Elle 'nest pas seule sur le coup, se sent forcément coupable mais a un mal fou à renoncer à son amour, on la sent chamboulée et perdue... C'est précisément là qu'intervient un Olivier qui, lui, ose faire face à ses sentiments déçus sans tergiverser, déterminé à conquérir malgré tout sa cible, quitte à se montrer plus sombre.

Chez Kaoruko, éprise de Sohta, c'est une sorte de fatalité qui domine. Elle ne se plaint pas, en tout cas pas extérieurement, au moins au début... mais son incapacité à avouer ce qu'elle a sur le cœur fait qu'en accumulant sa frustration elle devient une sorte de bombe à retardement, capable d'exploser à tout moment pour déverser son flot de paroles blessantes. Plus intériorisée et maladroite dans sa façon abrupte de dire ce qu'elle pense, on la sent de plus en plus, au fil des premiers tomes, sur le point de craquer totalement. Son comportement face à la déception amoureuse, face à son amour inavoué, est plus sombre, car elle a plus de mal à encaisser le choc. Et si elle peut paraître détestable dans le tome 7 de la série, son comportement reste compréhensible, car sa façon d'aimer est plus directement liée à son propre ego...

Pour Saeko, la déception sentimentale réside en un mariage raté, et ses réaction pour y faire face prennent des tournures tour à tour différentes. Il y a d'abord sa façon de se réfugier dans son seulv rai plaisir, à savoir le chocolat, et quand cela ne suffit plus, c'est la fugue. Petit à petit, dans la série l'insupportable croqueuse d'hommes calculatrice que semble être Saeko dans les premiers tomes laisse la place à une jeune femme bien plus tourmentée qu'il n'y paraît auprès de son entourage... Est-elle seulement capable de jouer le rôle de femme au foyer "toutou" que son mari attend d'elle ? On la prend de plus en plus en pitié... Sa déception sentimentale à elle est encore différente, c'est celle d'une femme qui n'a pas pu trouver le bonheur dans un mariage tout sauf épanouissant.

Enfin, il y a le mari de Saeko. Il a beau être marié, il vit lui aussi, via la fuite de Saeko, une forme de déception amoureuse qui le pousse à une certaine rédemption. La mangaka évite d'en faire un personnage plus détestable que de raison, même s'il est clairement le plus antipathique de tous, et son récit sonne alors d'autant plus juste.





Dure réalité et lueurs d'espoir


Tome après tome, les déceptions amoureuses s'enchaînent pour plusieurs personnages, qui semblent incapables de trouver le bonheur. Et pourtant, malgré toute la déception que la réalité peut leur rejeter à la figure, des lueurs d'espoir apparaissent, essentiellement à travers les interactions que nos différents héros ont et qui les font changer, à la fois eux et leur situation.

Dès les débuts, c'est bien en s'appuyant sur Olivier que Sohta, gagnant un peu en caractère, tente de devenir un bad boy.
Et plus tard, la déception amoureuse d'Elena lui fait prendre conscience qu'il doit se déclarer pour pouvoir passer à autre chose. Mais c'est à ce moment précis que Saeko elle-même change de comportement, fuyant son mariage décevant. De nouveaux rebondissements les attendent alors, leur permettant d'évoluer ensemble.

Et cette situation permet ensuite d'autres changements. Les relations de nos personnages continuent d'évoluer doucement, au gré de leurs conversations. Face aux conseils de Saeko la femme douée en amour, Matsuri et Kaoruko sont amenées à remettre en cause leur façon d'être. La jeune soeur de Sohta doit prendre son courage à deux mains pour aller de l'avant dans sa relation avec Olivier. Le parcours de Kaoruko, lui, s'annonce plus délicat. La si caractérielle brune est contrainte de remettre en cause ce qu'elle pense d'elle. Son arrogance en prend un coup, elle parvient doucement, mais sûrement à faire le point sur ce qu'elle est, car touts ces problèmes de sentiments déçus permettent également aux héros de de changer. Et n'oublions pas Elena, qui, de son côté, doit elle aussi arrêter de se voiler la face et ne plus prendre sur elle pour tenter d'avancer.

Au fil des pages, on a toute le loisir d'apprécier la finesse avec laquelle Setona Mizushiro aborde les différents angles des relations amoureuses (aimer pour l'autre, ou avant tout pour soi...), la naissance des sentiments et leur fin, l'importance d'entretenir une relation pour qu'elle ait une chance de perdurer, ce que pourrait impliquer le mariage... L'auteure fait s'entrechoquer avec douceur les différentes visions et façons d'être de ses personnages sur ces différents thèmes, pour un résultat qui reste captivant. Car n'existe-t-il pas autant de façons d'aimer que de personnes sur terre ?

Une chose est sûre en tout cas, c'est que toutes les déceptions amoureuses des personnages leur permettent d'évoluer et de prendre conscience que le bonheur qu'ils recherchent n'est peut-être pas dans ces amours passionnés difficiles voire impossibles à assouvir, mais plutôt dans des relations qu'ils sont amenés à créer petit à petit et où ils semblent plus en osmose.
Tentant de séduire Saeko quand elle est loin de lui, mariée, puis voulant renoncer à elle pile quand elle revient vers lui, Sohta semble ne jamais devoir être totalement sur la même longueur d'onde que celle qu'il poursuit depuis des années. Tout le contraire de la relation qu'il bâtit avec Elena, qui semble d'abord purement sexuelle, mais où l'on ressent bien toute la complicité de deux jeunes adultes qui se comprennent et prennent simplement plaisir à être ensemble.
Pour Kaoruko, le salut pour oublier ses sentiments inavoués pourrait petit à petit se dessiner dans ses rencontres avec Sekiya, qui ont d'abord lieu simplement pour discuter, mais Mizushiro nous fait bien ressentir que ces deux-là, dans leur caractère un peu taciturne et franc, se ressemblent au point de pouvoir s'entendre tout naturellement.
Les lueurs d'espoir pour que les personnages trouvent le bonheur sentimental sont sans doute là, et pas dans la conquête obsessionnelle de personnes qui ne leur correspondent pas forcément.





Dans son final, la mangaka n'oublie alors aucun de ses personnages, et offre à chacun d'eux une porte de sortie tout en nuances, car dans les différentes relations sentimentales qui se sont installées, aucune n'apparaît totalement heureuse au final, sans pour autant qu'il y en ait des malheureuses. Il faudra simplement laisser le temps faire son œuvre pour effacer les déceptions, et certaines seront plus longue que d'autres à effacer. Mizushiro reste réaliste jusqu'au bout dans l'abord de chacun des cas, et le ton reste globalement résolument posé, afin de s'appliquer au mieux à peaufiner le ressenti des protagonistes.
  
  
  



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