Heartbroken Chocolatier - Actualité manga
Dossier manga - Heartbroken Chocolatier

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Sommaire

Publié le Vendredi, 26 Febuary 2016


Entre la douceur et l'amertume d'un chocolat


Bien que l'on assiste au succès grandissant de Sohta en tant que chocolatier, au gain de popularité constant de sa boutique, à l'arrivée d'un autre chocolatier (rival?) en la personne de Seinosuke Rikudo, tout ce qui est de l'ordre de l'entreprise-même reste largement secondaire dans la série, car la thématique du chocolat a un tout autre intérêt : titiller nos papilles bien sûr, mais aussi et surtout  se faire le symbole des ressentis amoureux de Sohta.

Car ce sont bel et bien les sentiments frustrés de Sohta qui, tome après tome, continuent de lui procurer une impressionnante créativité pour la confection de nouvelles bouchées. Et chacune de ses nouvelles créations témoigne de l'évolution du jeune homme, comme le prouve par exemple en fin de volume 2 un nouveau chocolat qu'il a l'intention de faire goûter à Saeko, et qui lui a été inspiré par sa nuit d'amour avec une autre femme. Un exemple qui, a lui seul, suffit à montrer l'évolution du jeune homme vers les plus sombres côtés de l'amour, puisqu'il n'hésite pas à se servir d'une femme pour chercher à en conquérir une autre...
Dans le tome 4, on retrouve un Sohta toujours au même point, s'interrogeant sans cesse sur son amour pour Saeko et sur sa possibilité de la conquérir, et puisant son inspiration en elle pour offrir de nouveaux mets reflétant parfaitement son amour transi. On retient ici sa bûche de Noël, ornée d'un papillon n'étant rien d'autre qu'une représentation de Saeko.
Dans le tome 8, son désir de créer une barre chocolatée capable de rendre heureux témoigne bien de son état d'esprit.
Et il ne s'agit que de quelques exemples.
Amoureux transi depuis des années, Sohta possède au fond de lui une cicatrice qu'il tente de combler à travers le chocolat, Saeko restant pour lui une source infinie d'inventivité pour ses conceptions pâtissières.

Saeko, elle, ne fabrique pas les chocolats, mais les mange, et ce qu'elle y ressent en plaisir trouve aussi un écho dans le symbolisme doux-amer de ces sucreries : dans son mariage raté, on comprend mieux le salut, les instants de douceur qu'elle peut trouver dans les chocolats de Sohta...

Les émotions amoureuses dans la série trouvent jusqu'au bout un écho subtil dans le chocolat. L'amertume et la tristesse des friandises passées laissent place à plus de chaleur, de celle capable de réchauffer et d'amener peu à peu le bonheur.

Vous l'aurez donc compris, amour et chocolat sont indissociables dans la série. Tous deux ont leur amertume, mais tous deux ont aussi une douceur réconfortante voire extatique qui fait que l'on ne peut s'en passer.





La patte de Setona Mizushiro



L'amour du chocolat


Une nouvelle fois, Mizushiro nous propose avec Heartbroken Chocolatier un thème original: celui du chocolat, qu'elle représente à merveille sous toutes ses formes grâce à son trait élégant et enlevé, qui donne instantanément l'eau à la bouche. La précision des bouchées qu'elle dessine répond à l'inventivité de celles-ci, et les description sur leur composition font très envie. On sent que la mangaka est une passionnée de chocolat, comme le laissent comprendre ses mots dans les tomes. On ressent également toute sa volonté de bien les croquer (de sa plume, pas de ses dents cette fois) à travers ses investigations personnelles, puisqu'elle s'est régulièrement rendue à des expositions ou, plus encore, dans des salons dédiés et des chocolateries, notamment en France où elle explique être venue plusieurs fois, par exemple au Salon du Chocolat de 2008, ou pour faire un tour des grands chocolatiers parisiens en 2009. Elle semble ensuite avoir continué de venir régulièrement dans divers recoins de France pour découvrir d'autres chocolatiers, et nul doute que toutes ces expériences ont influencé son travail.

Ultime preuve de la réussite du travail de la mangaka ? Sans doute le fait qu'à l'occasion du Salon du Chocolat japonais de 2014, le célèbre chocolatier Koji Tsuchiya a réalisé une série de boîtes de chocolats inspirée directement des créations du manga de Setona Mizushiro.


Finesse du trait, introspection des textes, subtilité des planches


Celles et ceux qui sont habitués aux œuvres de Setona Mizushiro le savent bien, l'auteure possède un style qui en a séduit beaucoup pour la finesse de sont trait, capable d'apporter des instants très envoûtants et d'offrir des regards forts qui en dissent longssur le ressenti des personnages. Mizushiro sait toujours insuffler quand il le faut des expressions faciales qui en disent beaucoup sur un état d'esprit, et offre une narration toujours aussi claire et exemplaire.

Par rapport à la plupart de ses autres œuvres, Heartbroken Chocolatier possède pourtant un rythme et un découpage que la mangaka qualifie elle-même de « banal », puisque c'est ce qu'elle a voulu faire : un manga plutôt normal et banal. En cela, il y a ici moins d'envolées que dans L'infirmerie après les cours ou Black Rose Alice par exemple, l'ensemble reste effectivement plus terre-à-terre, mais cela n'empêche aucunement l'artiste de conserver un découpage et une mise en scène immersifs, ainsi que des textes s'appliquant beaucoup sur les personnages et ce qu'ils ressentent, et quelques scènes beaucoup plus enlevées car se devant d'être très marquantes, comme dans le tome 6.





Mélange d'ambiances


Heartbroken Chocolatier se distingue par les différentes ambiances que Mizushiro est capable d'y instaurer.

Il y a évidemment une ambiance de quotidien classique, à laquelle se mêle une petite atmosphère de luxe due au statut de chocolatier réputé de Sohta, pour un résultat où les deux se marient assez bien.

Il y a aussi, bien sûr, toute l'ambiance de désillusion, d'amertume, de tristesse autour des problèmes de déception amoureuse que vivent les personnages, auxquelles se mêlent par instant une ambiance romantique captivante dans certains passages forts, presque inquiétante quand certains personnages comme Olivier et Kaoruko laissent entrevoir leur face sombre, ou a contrario humoristique, notamment dans les premiers tomes avec par exemple les piques de caractère de Kaoruko principalement envers Saeko, ou encore quand Olivier, du haut de son statut de jeune français beau et élégant, montre qu'il n'en reste pas moins un otaku de première ! Notons aussi les excellentes scènes où Sohta laisse aller son imagination quant aux réactions qu'il pourrait avoir vis-à-vis de Saeko.

Tout compte fait, ce mélange d'ambiances, c'est celui que l'on peut avoir dans toute vie normale, avec ses hauts et ses bas, ses moments d'amusement, de bonheur, d'angoisse, de tristesse, de mélancolie...


Quelques gros clichés fantasmatiques...


Mais aussi plaisant le récit soit-il, et quelle que soit la volonté de la mangaka de proposer un récit normal, on n'évite pas de gros clichés qui pourraient énerver un peu certains lecteurs.

On pourrait, par exemple, être irrité par la facilité avec laquelle Sohta se rend à Paris et s'y fait embaucher, puis revient cinq ans plus tard au Japon d'ores et déjà auréolé de gloire. Mais finalement, cela colle bien à l'ambiance du récit.

On pourrait aussi évoquer le fait que les deux principaux personnages masculins soient deux hyper beaux gosses, dont l'un est un chocolatier réputé et l'autre un richissime français otaku... Fantasmes, quand vous nous tenez. Pour le coup, on est loin de la normalité que Setona Mizushiro affirme avoir voulu proposer.





… et petites limites


Et en 9 tomes, il y a aussi, forcément, quelques moments où l'on ressent un petit coup de moins bien.

Parfois, il y a clairement trop l'impression que Sohta tourne en rond et que Setona Mizushiro a tendance à rallonger la sauce autour de certains personnages. Concernant le chocolatier, son incapacité à se déclarer clairement pendant une bonne durée ainsi que ses difficultés à cerner certaines choses tendent à le rendre légèrement irritant à quelques reprises.

Certains événements peuvent paraître clairement gros, à l'image du malentendu entre Sohta et Rikudo dans le tome 5.

Pour rester sur Rikudo, le cliché de « folle » qu'il véhicule, à visée humoristique, pourrait irriter par son petit manque de subtilité.

Par contre, là où l'on aurait pu regretter une dernière ligne droite qui paraît parfois un peu rapide (surtout concernant les événements arrivant à Matsuri), on apprécie plutôt la façon dont Setona Mizushiro a le bon goût de ne pas faire traîner les choses, de ne pas s'étirer, et donc de ne pas tomber dans certaines ficelles habituelles qui auraient été trop pathos.
  
  
  



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