Fumiyo Kouno - Actualité manga
Dossier manga - Fumiyo Kouno

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Publié le Vendredi, 30 May 2014


La Vie, tout simplement


"Je ne me suis jamais senti grand goût pour portraire les triomphants et les glorieux de ce monde, mais bien ceux dont la plus vraie gloire est cachée".

Cette phrase d'André Gide, l'un des écrivains favoris de Fumiyo Kouno, est l'une des préférées de la mangaka, et à la lecture de ses oeuvres on comprend aisément pourquoi, Kouno ayant elle aussi ce goût pour le portrait de vies simples, de personnes comme les autres, éloignées des grands héros de l'Histoire, mais dont la vie de tous les jours est parfois tout aussi méritant que le plus grand des actes.
  
  
  
  
  

Vivre au quotidien


Ce portrait passe en premier lieu par un profond attachement à la peinture de la vie quotidienne. Que ses récits soient humoristiques comme Koko, paisibles comme Une longue route, ou plus dramatiques ; Qu'ils présentent des héros jeunes comme Yayoi, plus vieux comme Sanpei, ou entre les deux comme les héros d'Une longue route ; Qu'ils se passent de nos jours, pendant la guerre ou dans les décennies juste après celle-ci, cette peinture est toujours omniprésente, et détaillée.

Ainsi, dans Koko, c'est de nos jours et à hauteur d'enfant qu'on se place. Au détour d'instants paisibles où, par exemple, Yayoi construit une maison pour Koko avec son père, décide de garder des larves destinées à devenir de ravissantes libellules ou se met à rédiger un devoir d'école sur les coqs, le petit monde de l'enfant et du coq s'enrichit petit à petit, et quelques personnages secondaires apparaissent, à l'image de l'amusante Chikura, camarade de classe de notre héroïne et rapporteuse de premier ordre, ou de la grande soeur de Yayoï.

Dans Pour Sanpei, Fumiyo Kouno invite simplement son lecteur à suivre la nouvelle vie quotidienne qui commence pour le vieil homme, et à travers cette histoire d'une simplicité à toute épreuve, la mangaka permet au lecteur en même temps qu'à Sanpei d'en apprendre plus sur les petits actes quotidiens de la vie, toutes ces tâches ménagères que sa femme exécutait pour lui avant, et auxquelles il doit désormais lui-même s'habituer.

Malgré sa brièveté, le Pays des Cerisiers a aussi le temps de croquer quelques facette du quotidien, notamment celui du Hiroshima des années 50, avec une héroïne s'appliquant au travail et connaissant un début d'amourette. L'auteur s'applique aussi à retranscrire le cadre de l'époque : ville de Hiroshima qui se reconstruit doucement mais peine à malgré tout à effacer le souvenir de la bombe, références médiatiques typiques du Japon des années 50, portrait du travail de Minami dans sa société de vêtements...

Dans Une longue route, le ton oscille entre simples petites tranches de vie agréables, et petits moments humoristiques évidemment dus au caractère des deux protagonistes principaux (auxquels vient s'ajouter à quelques rares reprises le père de Sôsuke, qui n'a rien à leur envier). En se basant sur de petits chapitres simples, Kouno nous immisce doucement dans un quotidien où ces deux êtres mariés contre leur gré apprennent à se connaître, se découvrent, ont parfois du mal à se supporter, mais s'apprécient toujours. Ce quotidien permet, en outre, une sympathique immersion dans les coutumes et façons de vivre japonaises.

Un quotidien où pointe doucement la menace de la guerre, tel est le principal propos de Dans un recoin de ce monde. Sur un ton simple, Fumiyo Kouno narre, comme elle l'aime tant, le quotidien tout à fait normal de petites gens, et c'est alors l'occasion de découvrir des personnages tout à fait sympathiques et certaines moeurs japonaises de l'époque, comme les mariages arrangés, le rôle des femmes dans le foyer, la nourriture et les divertissements de l'époque...
La description de ce quotidien dans un lieu entouré par la guerre est très fine en ceci qu'elle adopte un point de vue d'abord assez éloigné, celui d'une famille qui ne connaît pas directement la guerre, pour voir les signes annonciateurs et petites menaces arriver petit à petit, au fil des mois. Un choix qui, en plus de coller parfaitement à une mangaka qui n'aime rien de plus que d'évoquer le quotidien de gens simples, permet de conserver un ton non pesant, voire même assez léger et drôle, les notes d'humour étant assez nombreuses et Suzu se révélant être un personnage central délicieux.
  
  
  
  
  

Vie de famille


Qui dit vie quotidienne dit vie de famille. Qu'elle soit très chaleureuse, un peu délicate, relâchée ou tout simplement normale, cette vie de famille est omniprésente, dans toutes les oeuvres de l'auteure.

Dans Koko, si on se fixe en premier lieu sur Yayoi et son coq, il y a en arrière-plan une présence bienveillante des parents et de la grande soeur de la fillette. Jamais vraiment sur le premier plan, ceux-ci sont là avant tout pour montrer une famille japonaise somme toute dans la norme... à ceci près qu'un coq vit avec eux, et qu'il fait partie intégrante de la famille, comme tout animal de compagnie.

Dans Pour Sanpei, Fumiyo Kouno réussit le tour de force de nous immiscer d'emblée à merveille dans le quotidien d'une famille qui fait joliment face à  une récente disparition. On a l'impression de connaître Sanpei, sa petite-fille, son fils et sa belle-fille depuis toujours, et le plaisir de les découvrir apparaît quasiment instantanément. Et on prend beaucoup de plaisir à cerner, au fil des pages, les différents goûts et manies des membres de cette famille, où chacun des quelques membres a un caractère prononcé. Ainsi, on découvre un fils travailleur et secret qui a tendance à récriminer son père, une belle-fille à la poigne de fer sous ses allures d'extrême douceur, et une petite-fille vaguement inexpressive qui voue une véritable passion aux insectes. Peu à peu, certains éléments de leur passé se dévoilent, comme la première rencontre du fils et de la belle-fille de Sanpei.

Du côté d'Une longue route, la vie de famille se limite au couple-vedette, même si le père caractériel de Sôsuke pointe parfois le bout de son nez. Michi est probablement la plus grande force du one-shot. On connaissait déjà le talent de Kouno pour dépeindre des personnages décalés et attachants (comme le ronchon Sanpei et son amusante petite fille), et la mangaka le prouve à nouveau ici, en nous offrant une héroïne on ne peut plus simple, pas un canon, pas laide pour autant, et en même temps portée par une insouciance et un aspect "dans la lune" irrésistibles qui la rendent bien vite délicieuse et créent régulièrement des situations un brin farfelues. Et même si Sôsuke, de son côté, est parfois désespéré par la façon d'être de cette épouse imposée et a tendance à aller voir ailleurs, il revient toujours à ses côtés. Une "vie de famille" pas forcément parfaite, plutôt relâchée, assez décalée, mais rendue charmante par les caractères à la fois opposés et complémentaires des deux jeunes adultes.

Dans le Pays des Cerisiers, la notion de famille passe essentiellement à travers les rapports qu'entretiennent les différentes générations, qui grandissent ou s'éteignent au fil des décennies. De ce côté-là, cette oeuvre est particulièrement brillante, et prend aussi le temps de présenter de façon plus quotidienne la vie de famille des différents personnages : Minami s'occupant de sa mère, les relations frère/soeur, parent/enfant, oncle-tante/neveu-nièce dans les deux derniers chapitres...

Avec Dans un recoin de ce monde, l'auteure nous offre un retour dans le Japon de la 2nde Guerre Mondiale, et par la même occasion une peinture minutieuse de la vie de famille à cette époque. Loin des familles assez simples de Koko et Pour Sanpei et du jeune couple d'Une longue route, Kouno propose là une famille nombreuse, où, dans la banlieue de Hiroshima, vivent ensemble époux, épouses, enfants, frères, soeurs, cousins. En quelque sorte une grande famille traditionnelle, de celles que l'on voit de moins en moins. Et ces nombreux protagonistes animent la famille, chacun à leur manière (une fille comme Keiko ayant plus de caractère, par exemple, tandis que le mari aimant mais maladroit qu'est Shûsaku est plutôt attachant, ou que Suzu est à l'opposé de Keiko avec sa douceur permanente et son côté dans la lune), pour une petite palette simple et vivante. Dans ce cadre, notre héroïne Suzu doit gérer plusieurs choses dans la demeure, prendre soin de son époux ou encore de la petite Hiromi, la fille de Keiko... faisant de son mieux aux côtés de son époux Shûsaku et de ses proches.
  
  
  

© Fumiyo Kouno / FUTABASHA PUBLISHERS LTD

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