Erased - Actualité manga
Dossier manga - Erased
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Publié le Vendredi, 12 January 2018


Le concept temporel


L'utilisation du facteur temporel, notamment via le voyage dans le temps, ce n'est clairement pas le nouveau, et ce, quel que soit le domaine (manga, film, roman, série...), et quel que soit le genre (thriller, fantasy, comédie...). Et en ceci, Erased, qui propose dans le fond une histoire assez classique, ne déroge pas à la règle. Mais qui dit classique ne dit pas mauvais, et le manga de Kei Sanbe en est une excellente preuve, en sachant exploiter en profondeur son thème temporel, jusqu'à l'extrapoler en exploitant d'autres thèmes qui lui sont liés.

Temps, souvenirs, mémoire. Ces trois mots semblent parfaitement résumer la manière dont Sanbe va développer son récit à partir de l'idée du voyage temporel, qui va avoir nombre de conséquences.

Au tout début de la série, dans une partie du tome 1, les choses commencent tout doucement : les quelques petits voyages dans le passé sont généralement vite réglés et ne vont pas très loin puisque Satoru est simplement renvoyé très peu de temps avant pour empêcher certains petites catastrophes. Le temps de quelques dizaines de pages, cela permet au mangaka de poser très clairement et sans complexité inutile la toute première base du facteur temporel dans son manga : Satoru a le pouvoir de revenir en arrière, pouvoir qu'il ne maîtrise pas et qui, au tout début, il vit clairement comme une plaie.



Puis arrive l'après accident de véhicule, qui installe un autre concept-clé lié au temps : le souvenir. Après son accident, Satoru vit ses "flash-back" différemment, chacun d'eux lui rappelant un peu plus des souvenirs qu'il avait oubliés. Parmi ceux-ci, le souvenir d'une fillette, une camarade de classe, Kayo Hinazuki, autrefois victime d'un tueur en série ayant enlevé trois enfants en 1988. En évoquant une première fois, par la mémoire de Satoru, ce souvenir, Sanbe installe vite et bien le sujet des meurtres d'enfants qui ont eu lieu dans sa jeunesse, et dès lors le récit peut réellement décollé en faisant prendre une tout autre portée aux voyages dans le temps du personnage principal.

Le déclencheur réel de l'intrigue principale, c'est le meurtre de Sachiko. En découvrant le corps sans vie de sa mère, Satoru, forcément, n'en croit pas ses yeux, bouillonne intérieurement, et, pour la première fois, émet de lui-même le souhait de repartir en arrière afin d'empêcher le drame. Son pouvoir exauce son souhait, mais à une échelle qu'il n'imaginait pas : sous le coup du drame, il a souhaité revenir le plus loin possible en arrière, et le voici de retour en février 1988, quand il avait dix ans. Quelques jours avant le début de la série de disparitions d'enfants.

La quête de Satoru pour sauver Kayo et les autres enfants peut alors commencer, en jouant à nouveau sur les souvenirs du jeune garçon : il lui faut se rappeler comment étaient les autres, ce qui s'est passé lors de sa « première année 1988 »... afin d'avancer. Mais même en avançant, nombre d'autres problèmes autour du temps vont apparaître.

Assez vite, Satoru parvient à changer des choses, à empêcher la disparition de Kayo le 1er mars. Mais même si les dates ne sont plus exactement les mêmes, les événements se répètent, la série d'enlèvements a de nouveau lieu et ronge intérieurement notre héros qui n'a pu empêcher la tragédie. Son sentiment d'impuissance et de culpabilité est parfaitement rendu. Peut-il réellement changer le passé ? Etait-ce là sa seule chance de le faire ? Et à présent, va-t-il devoir revivre les 18 prochaines années en ayant conscience de tout ça ? La réponse à cette dernière question arrive très vite, mais l'interrogation a bel et bien traversé l'esprit de Satoru, renforçant la crédibilité du récit. Quand il revient en 2006, là où il avait laissé le présent, il retrouve les choses telles qu'elles étaient à la fin du tome 1. Sa mère est toujours morte, il est le principal suspect, son premier voyage dans le passé n'a rien changé.



Puis bien plus tard, lors de son deuxième voyage dans le passé où il parvient enfin à empêcher la disparition de Kayo, de nouvelles donnes liées au temps apparaissent encore. Si Kayo est sauvée, rien n'est fini, et rien ne dit que la mère de notre héros n'est pas encore morte en 2006... Et ce présent, y retournera-t-il seulement un jour ? Après tout, l'après 2 mars 1988 est désormais modifié, et rien ne dit que notre héros a encore sa place en 2006... Et en plus, à partir de cet instant, il ne pourra plus compter sur ses souvenirs pour empêcher les tragédies, puisque le déroulement des choses a été modifié.

Encore plus tard, après la découverte du tueur et l' « accident » plongeant Satoru dans le coma, c'est encore deux autres facteurs qui prennent toute leur importance quand il se réveille des années plus tard : le temps qui est beaucoup passé en faisant changer les gens, et la mémoire. Entre les retrouvailles à la fois heureuses et tristes avec des personnages qui ont bien changé, la narration au plus proche d'un personnage principal devenu en partie amnésique, ou la notion de "prisonnier du temps" qui n'a jamais semblé si juste et dure dans la série, Kei Sanbe fait des merveilles, entretient une atmosphère indescriptible, mais saisissante où s'entremêlent détresse, frustration, soulagement... et n'a pas son pareil pour entretenir l'attente d'un lecteur presque en détresse et qui se demande même si un nouveau retour dans le temps serait encore possible pour changer tout ça. Surtout, entre souvenirs du passé et souvenirs du... futur, l'explosion d'événements qui a lieu en notre héros s'avère forcément brouillonne, car s'y entremêlent les souvenirs de deux parcours différents... Le lecteur, qui sait ce qu'il en est, suit avec intérêt tout cela, d'autant que la narration du mangaka est appliquée, notamment à travers les pensées sur fond noir de Satoru, qui s'interroge forcément sur ces souvenirs contradictoires.

Tout au long de la série, Kei Sanbe gère extrêmement bien la notion de temps. Tout est clair, on ne s'emmêle jamais les pinceaux. Mais ce qui séduit encore plus, c'est le choix de l'auteur d'exploiter à fond le concept temporel et ses dérivés.


Thriller, suspense et mystère


Le facteur temporel, Kei Sanbe l'utilise pour servir les multiples rebondissements de son récit, un récit où les trois mots servant de titre à cette partie sont la clé.

D'emblée, la série jouit d'une excellente construction, qui sait entretenir l'aura de mystère, et soulève bon nombre de questions dès le début. Comment s'est déroulée la série d'enlèvements de l'enfance de Satoru ? Qui est réellement le coupable ? Quels tourments pouvaient bien habiter la renfermée Kayo avant qu'elle ne disparaisse ?, et cela ne fait que s'accentuer par la suite et par captiver de plus en plus au fil des volumes.

Dès le premier voyage dans le passé de Satoru, l'auteur développe une ambiance assez angoissante, de plus en plus tendue au fil des pages et du temps qui passe. Car Satoru le sait : il a un temps imparti pour sauver Kayo, il doit changer le passé avant la date fatidique de l'enlèvement de la fillette, et le mangaka joue habilement là-dessus. Sanbe fait monter l'angoisse en rappelant régulièrement l'approche de la date de l'enlèvement, en en décortiquant, au fil de sa narration toujours assez introspective, tous les doutes de Satoru qui tente avec plus ou moins de réussite de ne pas reproduire ses nombreux actes du passé, qu'ils soient importants ou en apparence plus anecdotiques. On ressent pleinement les hésitations du personnage parce qu'on les vit directement de son point de vue, et c'en est redoutablement efficace. D'autant qu'en plus, à ce moment-là le mystère reste évidemment entier sur la réelle identité de l'assassin.

Un autre excellent élément de suspense s'accentue lors du retour de Satoru en 2006 : à qui peut-il se fier ? Son incertitude pour la confiance qu'il peut ou non accorder aux autres, la traque qui commence pour lui, désormais fugitif accusé de meurtre, et la narration toujours très axée sur ses pensées, ses hypothèses et ses doutes sont autant d'éléments entretenant parfaitement la tension, d'autant que le danger n'est jamais très loin, autant pour lui que pour ses alliés (même Airi en fera les frais), et qu'il va falloir réfléchir et bien jouer le coup pour échapper aux manipulations d'un tueur très rusé, qui parvient à attirer toutes les suspicions sur notre héros. Pour Satoru et les rares personnes qui lui font confiance, il s'agit alors de prendre le tueur avant d'être lui-même pris...



Plus tard, pendant le deuxième voyage dans le passé, même une fois le cas de Kayo réglé, rien n’est fini. Le plus dur reste à faire : Satoru doit encore protéger Hiromi Sugita puis Aya Nakanishi, les enfants qui furent les cibles suivantes du tueur. Mais désormais, il avance vers l'inconnu, puisqu'il ne connaît plus les événements à venir... Et dans son corps d'enfant, pourra-t-il continuer à protéger ou éviter efficacement ce qu'il ne peut plus prévoir ? La question est lancée, et anime ce nouveau passage qui s'occupe assez vite du cas Hiromi pour ensuite s'attarder sur celui d'Aya Nakanishi, qu'il est beaucoup plus difficile d'approcher puisque notre héros ne la connaît pas !

On peut aussi noter l'après Aya Nakanishi. Certes, Satoru donne tout et est déterminé à protéger son entourage... mais cela se fait au risque de relâcher sa vigilance sur d'autres aspects. Car maintenant que l'après 2 mars 1988 est modifié, rien ne dit que le tueur ne s'attaquera pas à d'autres enfants que Hiromi et Aya. Pendant que notre héros s'attache à combler la solitude des uns, d'autres se retrouvent esseulés et en danger. Et à force de ne plus assez se méfier, c'est lui-même qu'il risque de mettre en danger...

Vous avez compris l'idée : dans Erased, l'aspect temporel et l'aspect thriller/suspense/mystère sont très, très emboîtés l'un dans l'autre, l'un ne va pas sans l'autre, ils sot indissociables... d'où certaines petites répétitions entre cette partie et la précédente. Mais tout ceci souligne surtout la qualité de la construction du récit, où tout s'emboîte et se complète.
  
  
  


© 2013 Kei Sanbe / KADOKAWA CORPORATION, Tokyo.

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