Comme elles - Actualité manga
Dossier manga - Comme elles

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Publié le Jeudi, 27 May 2010


L’amitié, une histoire compliquée

   
Sakura Fujisue nous montre dans Comme Elles que l’amitié n’est pas une chose facile. Tout commence avec la rencontre de Kanori et de Kazumi. Elle ressemble à celle que vivent tous les ans de nombreuses lycéennes: les premiers sourires, premières conversations. Comme on le dit très souvent, au début: tout est rose. En effet, Kanori et Kazumi ne se connaissent pas, mais se rapprochent très vite, par le biais du hasard. La place dans la classe est bien souvent ce qui amène les élèves qui ne se connaissent pas à se découvrir. Et si l’une d’entre elles n’avait pas été placée à proximité de l’autre, comment aurait été leur histoire? Tout autre très certainement. La première sortie des deux filles est un gôkon, dans lequel elles rencontrent chacune un garçon qui fera vibrer leur cœur pendant très longtemps. Et c’est pendant cette même soirée que Kazumi affirme sans retenue que Kanori est sa meilleure amie. Mais lorsque le cœur s’en mêle, l’amitié tend à se compliquer sérieusement. Cette simple affirmation freine sans doute Kanori: celle-ci, qui aimerait mettre en garde son amie contre les intentions plutôt obscures d’Ena à son égard, se tait tout d’abord. Il lui faut alors redoubler d’effort, pour se faire rejeter ensuite par son amie. Comment dire à une amie, ou plutôt, à sa meilleure amie, que son petit ami, le garçon envers qui elle ouvre son cœur sans retenue, n’est en réalité qu’un coureur de jupons qui ne cherche qu’une seule chose: avoir une partenaire sexuelle? Dans le cas d’une amitié plutôt ordinaire, dans laquelle les étapes ne sont pas brûlées, et que le stade de meilleure amie est réellement justifié, les mises en garde de l’une ne restent pas vaines aux oreilles de l’autre. Ici, c’est tout autre.
Kazumi, maladroite en amitié, brusque les choses. Il faut avouer que les deux filles ne se connaissent pas vraiment, et Kanori ne sait alors pas comment aborder son amie afin de l’avertir du danger. Si l’ordre des choses avait été respecté, tout aurait été plus simple. Mais l’on pourrait refaire le monde avec des « si »… C’est alors bien vite que les deux filles s’éloignent l’une de l’autre, ne se comprenant pas mutuellement.

Au collège, Kanori a été trahie par sa meilleure amie. Cette blessure est toujours présente, et a un impact incontestable sur ses relations d’amitié. Sakura Fujisue dépeint ici un personnage maladroit en amitié, qui ne sait pas s’il peut ou non faire entièrement confiance aux autres. On sent que Kanori aimerait avancer les yeux fermés, sans toujours rechercher une quelconque hypocrisie de la part des autres filles envers elle. Mais une fois blessé, il est très difficile de ne pas oublier. Ce passé particulier amène alors l’adolescente à douter de ses amies, mais aussi, à ne pas réussir à comprendre Kazumi. C’est d’une manière très délicate et subtile que Sakura Fujisue fait part au lecteur du malaise qui accompagne le personnage de Kanori. La série commence d’ailleurs par un flash-back sur cette trahison qui date du lycée. Mais si bien annoncée, elle aura des répercutions sur toutes les étapes de la série. Dans le même sens, Kazumi a également un mal certain. Sakura Fujisue laisse planer le doute, et ne donne pas de réelle piste quant au caractère ambigu de la jeune fille. Ainsi, elle se dit solitaire. Être avec des amies, leurs sourire, passer du temps avec elles, sont des choses si simples pour des lycéennes, mais qui fatiguent la jeune fille. Le manque d’explications, ou de justifications sur ce point permet à l’auteure de laisser le lecteur chercher les raisons par lui-même, mais surtout, de le laisser incertain jusqu’au bout de la série.
L’histoire commence donc de manière difficile pour les deux protagonistes. Déjà blessées par la vie, les deux jeunes adolescentes arrivent pourtant dans une période de leur vie où elles continuent à être confrontées au regard des autres, mais surtout, à être en constante interaction avec leurs semblables. Le premier tome ne laisse alors présager rien de bon, et soulève des problèmes cruciaux qui auront des retentissements à la fois sur la relation de Kanori et de Kazumi, mais également sur leurs histoires d’amour.

A un moment où Kanori et Kazumi ne sont plus réellement amies, elles forment toutes deux leur propre cercle relationnel, très différent. Tout d’abord, Kanori entretient des amitiés sincères, fondées sur l’entente, la confidence, le soutien mutuel et la bonne humeur. C’est notamment grâce à ces amies qu’elle retrouve goût en l’amitié, et réussit alors à mettre de son côté l’épisode du collège qu’elle n’arrivait pas à oublier. La jeune fille se retient toutefois pendant très longtemps. Elle a du mal à se confier, et ça n’est pas à tout le monde qu’elle raconte les hauts et les bas de sa relation avec Kôta. On doit lui tirer les vers du nez,  mais cette méthode n’est pas un mal. La jeune fille reprend alors confiance en l’amitié, et ne se pose plus les mêmes questions sur ces relations entre filles. Lors de son départ, malgré le fait qu’elle ait changé d’établissement, rencontré de nouvelles personnes, et commencé une nouvelle vie, Kanori n’oublie pas les amies qu’elle a laissées derrière elle. C’est régulièrement qu’elle leur écrit, et les retrouvailles s’avèrent être festives et pleines d’aventures palpitantes à raconter. Mieux que l’amour, la jeune fille trouve des amies envers qui elle peut se tourner en toute confiance, sans peur d’être jugée ou trahie.

Les amies de Kazumi, elles, sont tout autres. Langues de vipère, elles n’hésitent pas à user de l’hypocrisie avec la jeune fille. Kazumi, par son comportement détaché, mais surtout, trop différent de celui des autres filles, ne plaît pas. Elle semble minauder face aux garçons, ment lorsqu’elle s’éclipse. C’est une fille insaisissable, que ses camarades de classe n’apprécient guère. Kazumi a besoin d’être seule, de se ressourcer. Elle se rend alors sur le toit de l’école, mais s’y découvre bien vite un admirateur secret. Cette petite histoire, camouflée en amitié, laisse le lecteur rêveur. Mais pourquoi ne choisit-elle pas ce garçon si fou d’elle? Mais cet amour blesse la jeune fille. Car lorsque le secret est brisé, elle se sent trahie, et se rend compte que même lui, qu’elle considérait et pensait être un vrai ami, lui mentait aussi. Kazumi est blessée par les garçons, et elle mettra du temps à s’en remettre. Mais malgré l’air supérieur de ses amies, leur agressivité et leur rancœur, elles se montrent inquiètes à chaque absence de celle-ci. Cette situation est bien menée par l’auteure. Elle réussit alors, grâce à de petites attentions, à faire aimer ces filles des lecteurs. Ainsi, cela contribue en quelques sortes à mettre en scène une ambiance de classe, où les camarades mettent leurs différends de côté pour se préoccuper des problèmes réels des autres. Enfin, Kanori qui réussit coûte que coûte à obtenir la confiance de Kazumi la fait entrer dans son cercle. Mais c’est grâce à Kazumi elle-même que ce pas a pu être fait. La jeune fille qui a trop souffert, au fond du gouffre, peut enfin se relever et espérer des jours meilleurs. Elle s’isole moins, cherche davantage la compagnie des autres, et surtout, prend goût à l’amitié et au partage. Kazumi est le personnage qui évolue le plus dans la série, et malgré son histoire d’amour dramatique, trouve le bonheur dans l’amitié; car finalement, les lycéennes ne sont peut-être pas prêtes pour vivre des amours d’adultes.
     
    
   
   
   

ANOKO TO ISSHO © 2003 by Sakura Fujisue / SHUEISHA Inc

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