Comme elles - Actualité manga
Dossier manga - Comme elles

Reader Rating 18 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 27 May 2010


Juste des garçons, et rien de plus

    
Dans Comme Elles, les personnages masculins ont un rôle tout aussi important que les deux héroïnes. Mais tout ne tourne pas autour d’eux. En effet, malgré le fait que l’histoire débute par la rencontre des deux filles, suivie immédiatement de celle de la constitution des couples, Kôta et Ena ne jouent pas au jeu du « je t’aime, moi non plus » de la majorité des shôjos. Malgré les bouleversements parfois choquants, surtout concernant la relation entre Ena et Kazumi, les relations amoureuses des jeunes filles restent stables. Chaque tome ne fait pas l’objet d’une dispute au sein d’un couple, d’une menace de rupture, ou tout autre chose mettant les relations amoureuses en péril.

Kôta, qui devient très vite le petit ami de Kanori, est le genre de garçon qui se laisse porter par le quotidien. Il s’est intéressé à elle parce qu’ils étaient placés l’un à côté de l’autre au gôkon. Une autre fille aurait certainement fait l’affaire, mais le hasard fait que Kanori fut assise à cette place à ce moment-là. Kôta se laisse porter par ses sentiments, tentant le tout pour le tout. Mettant sa gêne de côté, il demande très vite à la jeune fille de sortir avec lui, de façon assez brusque. Malgré ce manque de tact, et de romantisme, il faut l’avouer, Sakura Fujisue expose ici un garçon timide, mais qui va au-devant de ses faiblesses afin de se sentir bien et d’être heureux. Ce personnage, malgré ses nombreuses apparitions, ne se dévoile pas si facilement au lecteur. On ne lit pas souvent dans ses pensées, ou du moins, pas assez pour le comprendre complètement. Kôta ne cache pas qu’il n’était pas franchement fréquentable au collège. Malgré ça, le lecteur ne connaît pas le fin mot de l’histoire, à part un épisode assez marquant pour lui, qui a sans doute permis au garçon de se calmer et de prendre conscience que le sexe, les filles, et surtout, le sentiment d’invincibilité qui l’envahissait sont des choses toutes aussi dangereuses les unes que les autres. Le Kôta du lycée est alors une nouvelle personne. Il aime toujours sortir avec ses amis, mais malgré ça, il sait se tenir. On peut penser que le fait qu’il ait pris son indépendance très tôt lui a permis de mûrir, et par conséquent, de devenir plus sage. Malgré le fait que Kôta ait un appartement, il n’y fait pas entrer de filles étrangères, et n’organise pas de soirées bruyantes arrosées d’alcool. Cet appartement est ce qui lui permet de se séparer de sa famille reconstituée, et surtout, de sa mère. Sakura Fujisue insiste beaucoup sur le lien entre Kôta et sa mère, à l’inverse du personnage d’Ena. Le lecteur découvre petit-à-petit le passé du jeune homme, marqué par une mère dépressive qui ne portait pas d’affection à son fils. L’auteure sait nous attendrir grâce au Kôta enfant, qui souffrait de cette absence maternelle. Mais en même temps, la mangaka ne monte pas le lecteur contre la mère de Kôta. Les scènes sont mises en action de telle manière que cette mère, si mal dans sa peau, est finalement lavée de tous péchés. On la comprend, la plaint parfois, sans connaître la réelle raison des problèmes qui l’envahissaient. Néanmoins, cette enfance déchirée par l’absence d’une mère est difficile à pardonner pour Kôta. Il la voit recommencer une nouvelle vie, plus heureuse et sereine que la précédente. La jalousie est peut-être un sentiment que ressent l’adolescent, mais l’incompréhension également. Pourquoi lui, n’a-t-il pas eu le droit au sourire constant et à toute l’attention de sa mère à son plus jeune âge ? Voilà une question que Kôta se pose, et sans aucun doute, une énigme présente dans l’esprit de nombreux lecteurs ayant vécu une situation similaire à celle-ci. On remarque que Sakura Fujisue n’a pas nécessairement besoin d’insister sur le désarroi de la mère, et le besoin d’affection de Kôta, pour rendre cette situation attristante. C’est en mettant en scène une femme perdue, qui ne sait pas réellement quoi faire pour se faire pardonner, et un fils buté qui le rejette sans cesse, que la mangaka retient l’attention du lecteur pour ce problème familial très banal de nos jours. Il est évident que Kôta aimerait pardonner à sa mère, mais il lui faut mûrir pour cela.

Sa relation avec Kanori, très ordinaire, n’est pas très romancée. Sakura Fujisue ne choisit pas de faire rêver le lecteur par le biais de grandes déclarations enflammées, de larmes et de pardons à tout va lorsqu’une dispute éclate. Elle opte plutôt pour la simplicité. Kôta et Kanori forment alors un couple ordinaire, à l’image des lycéens d’aujourd’hui. Tous les deux pensent à leur avenir, à leurs études, mais aussi, aiment s’accorder du temps. Ils sortent s’amuser, sans pour autant en abuser. La jeune fille s’offre à Kôta assez facilement, de façon naturelle. Les relations sexuelles de ce couple ne sont en aucun cas exaltées, et l’héroïne n’en sort pas gênée. Kanori et Kôta forment un couple moderne, qui vit dans et avec son temps. Le garçon est doux avec celle qu’il aime, sans en faire trop, et la jeune fille, elle, n’est ni trop farouche, ni trop pudique.

Ena, quant à lui, ressemble peut-être au Kôta du collège. Les deux amis se fréquentent depuis longtemps déjà, et ont fait toutes les bêtises qu’un garçon est capable de faire à leur âge. Néanmoins, même si Kôta s’est calmé depuis le début du lycée, Ena lui, ne fait aucun effort dans ce sens. Coureur, il se rend au gôkon pour une seule raison: trouver une jolie fille à mettre dans son lit. Kôta ne blâme jamais Ena, peut-être parce qu’il le comprend. Mais l’auteure ne donne aucune raison à cela. Ena repère très vite Kazumi, et s’empresse de lui sortir le grand jeu afin de la séduire un maximum. C’est chose réussie: dès le lendemain, la jeune fille avoue à son amie qu’elle est amoureuse. Et comment, c’est sans retenue qu’elle parle d’Ena, elle qu’elle idéalise jour après jour. Ena, conscient des sentiments de la jeune fille, en profite pour la mener par le bout de la baguette. Il n’hésite pas à la faire tourner en bourrique. Lorsque celui-ci est accompagné d’une autre fille, il met Kazumi de côté. C’est sans hésitation qu’il écourte, annule ou oublie même un rendez-vous avec sa petite amie, pour une autre fille. Sakura Fujisue choisit alors de faire de Kazumi la victime des hommes. Celle-ci, qui ne se doute de rien au départ, tombe dans le piège dès le début. Elle qui est solitaire, s’isole encore plus de ses camarades de classe à cause de sa relation avec Ena, qui lui prend tout son temps, et tout son esprit. Puis, la peine l’envahit, et c’est la morosité, la dépression même, qui s’empare de la jeune fille. Elle ne s’entend plus avec sa mère, cette dernière ne comprenant pas la situation, et prenant peur pour sa fille. Sakura Fujisue met en scène une mère protectrice, mais impuissante. Elle veut comprendre, mais semble avoir peur de faire le premier pas afin d’aider sa fille. Ena, de son côté, n’écoute pas Kazumi, et éprouve de moins en moins de sentiments pour la jeune fille. Il devient alors très vite un garçon qu’il vaut mieux ne pas avoir près de soi. Les sorties de couple se limitent très vite à l’hôtel, où le jeune adolescent se sert de sa petite amie pour satisfaire ses envies, mais aussi, abuse de ses sentiments. Dire « je t’aime » à quelqu’un envers qui il n’éprouve plus de sentiments amoureux est pour lui une chose très simple.
C’est très rapidement qu’Ena baisse dans l’estime des lecteurs. Le voir nous énerve, mais surtout, l’amour de Kazumi pour lui nous révulse de plus en plus. Ena sait s’y prendre. Lorsqu’il sent qu’il est sur le point de perdre la jeune fille, il lui fait plaisir, lui achète un cadeau, ou se contente juste de lui chuchoter des mots doux. Mais une fois que les sentiments de la jeune fille reviennent au galop, Ena reprend ses vieilles habitudes, et n’hésite pas délaisser de nouveau l’adolescente aveugle.

Sakura Fujisue réussit à faire du personnage d’Ena un garçon problématique, mais surtout, perdu dans son quotidien de mensonges et de filles. En effet, le comportement d’Ena envers Kazumi paraît parfois ambigu. Le lecteur ne sait plus s’il est réellement amoureux de la jeune fille, ou alors s’il joue encore avec elle. A certains moments, il paraît perdu face à la tristesse de Kazumi, et surtout, lorsqu’il se rend compte que celle-ci perd parfois confiance, et pense à le quitter. La peine de l’adolescent est-elle sincère ? Le lecteur reste perdu jusqu'à la fin, mais croit de plus en plus en sa sincérité. Malgré tout, on ne peut que plaindre ce garçon, car il avoue lui-même que draguer et fréquenter d’autres filles que sa petite amie est pour lui incontrôlable, il ne peut en aucun cas s’en empêcher. Ici, on se rend compte qu’Ena n’est pas un simple garçon qui aime s’amuser. Sakura Fujisue choisit de ne pas trop en dire, et notamment, en ne le faisant pas beaucoup intervenir dans la série. Toutefois, Ena ne prend plus ces galipettes à la légère. Pour lui, ce quotidien est devenu un vrai problème, qui le met en danger, mais également le cœur de celle qu’il aime.
    
    
   
    
  

ANOKO TO ISSHO © 2003 by Sakura Fujisue / SHUEISHA Inc

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News