Chobits - Actualité manga
Dossier manga - Chobits

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Publié le Vendredi, 17 April 2009


Un titre inclassable et atypique

             
Chobits est, avant toute chose, une histoire d’amour compliquée entre un humain et son ordi. Pourtant, malgré le manque d’innovation apparent, les auteurs parviennent à donner un dynamisme nouveau à l’histoire. Hideki joue en effet le rôle d’enseignant vis-à-vis de Tchii, qui ne connaît plus rien du monde. En bonne élève, elle apprend vite mais oblige rapidement son compagnon à remettre en question certaines certitudes, mais surtout à poser un regard nouveau sur le monde qui l’entoure. Plus que tout, Hideki doit prêter attention aux codes et symboles de la société et des rapports aux autres, qu’il avait pourtant du mal à assimiler. Une totale introspection lui est demandée, et le héros se retrouve rapidement à effectuer un voyage au cœur de ses sentiments et perceptions du monde. Comment expliquer la tristesse, la joie ou même le fait de prendre quelqu’un par la main à une gamine ayant tout oublié, jusqu’au geste le plus naturel: sourire!? Mais c’est surtout la manière dont est amenée la réflexion sur les sentiments, et plus encore le rapport homme / machine, qui est intéressante. En effet, les Clamp ont fait de Chobits une histoire à tiroirs: « La ville déserte » est la bande dessinée destinée à Tchii mais également Hideki, puisque les mettant en scène tous les deux. Et, si le lecteur a rapidement compris la portée de cette initiative, les personnages, eux, prennent très au sérieux cette lecture et sa signification. Cette double lecture, donc, introduit de manière remarquablement innovante la portée philosophique de Chobits. De plus, ce procédé possède l’immense avantage de contourner la niaiserie que de tels moments auraient eu en mettant en scène les « vrais » personnages. Alors que de telles paroles, mièvres et sucrées, dans la bouche de petites peluches, avec une atmosphère particulière, comme une autre dimension dans celle déjà travaillée de Chobits... ça passe, et plutôt bien!
        
Les protagonistes du manga peuvent être tout et n’importe qui, du moins en apparence: le professeur, la logeuse, un pâtissier, un camarade de classe... Pourtant, chacun a vécu une histoire unique, toutes liées de près ou de loin à l’existence des ordinateurs. Chaque expérience est personnelle, souvent tragique, et elle explique l’appréhension des relations sociales de chaque personnage, ainsi que son rapport aux machines, et c’est ce qui fait leur intérêt et leur diversité. De ces attitudes découle une atmosphère souvent mélancolique, mais authentique car plausible. Ainsi, Tchii est l’exemple même de la jeune fille pure et adorable, Hideki incarne parfaitement son rôle de personnage typiquement masculin que l’on rencontre dans une lecture destinée à un lectorat masculin: c’est le héros légèrement idiot et empoté, pervers sur les bords mais capable d’assumer le rôle qui lui est attribué, en révélant peu à peu sa persévérance et son humanité. C’est ainsi le jeune homme à qui le lecteur peut s’identifier avec facilité: pas vraiment doué, mais au final remarquable, catalyseur de toutes les interrogations et faisant preuve d’une volonté et d’un courage à toute épreuve. Hideki est partagé, tout le long du manga, entre son affection pour Tchii et la vision de ses proches sur les ordis. Les personnages secondaires sont en effet là pour confronter le héros à une autre perspective que celle qu’il aurait eu en premier lieu, tout en évoluant eux-mêmes, afin de séduire d’autant plus les lecteurs. Par la simplicité du héros, ses relations sont valorisées et les mangakas peuvent ainsi construire leur histoire sur des bases solides de personnages charismatiques.




Par la suite, il suffit d’ajouter une bonne dose comique à l’histoire pour se marginaliser un peu plus. Le véritable atout humoristique du titre réside dans la simplicité et les passions du héros, mais le personnage de Sumomo est également une source d’amusement intarissable. Néanmoins, la bêtise d’Hideki entraîne irrémédiablement des lenteurs dans le scénario, puisque le jeune homme a besoin de trois tomes pour comprendre qu’il ne faut pas parler d’ordis à Yumi (et il le fait quand même) ou que « la ville déserte » parle des machines …  Au final, les Clamp sont un groupe habitué à flirter entre shojo et shonen, clé de leur réussite. Ici, c’est le seinen qui l’emporte, mais le genre de Chobits n’est pas pour autant clair et défini. Mélangeant les codes subtils du shojo amoureux et esthétique avec ceux du shonen, qui caractérise le héros de base qu’est Hideki, Chobits s’affirme en tant que manga totalement inclassable.
      
En dépit d’une originalité indéniable, ce manga n’est pas exempt de défauts sur le fond d’un scénario pourtant plus que prometteur. Tout d’abord, l’intrigue se traîne durant les huit tomes, excessifs puisque toutes les parties « révélations » concernant les amours de Yumi-chan ou Shimbo sont plus que prévisibles. Ainsi, les réelles nouveautés sont condensées à la fin, tout le début de l’histoire manquant de pistes et d’exploitations du peu d’indices fournis, tandis que les Clamp s’amusent à ne faire avancer l’intrigue que dans les dernières pages de chaque tome... Si l’on ne peut nier la singularité du titre, on peut regretter qu’il ne s’affirme pas assez dans la démarcation. Un rythme plus soutenu, quelques rebondissements réellement imprévisibles, le tout accompagné d’une importance mesurée accordée au couple principal n’auraient été que bénéfiques dans cette série, prompte à s’essouffler par moments.
        


Chobits © Clamp / Kodansha Ltd.

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