Blood Alone - Actualité manga
Dossier manga - Blood Alone

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Publié le Jeudi, 09 June 2011


Fragile éternité


Ce n'est une surprise pour personne : le mythe du Vampire est sans doute l'un de ceux qui a été le plus utilisé et détourné dans les œuvres de fiction, qu'il s'agisse de littérature, de cinéma ou, dans le cas présent, de manga. Il convient alors de juger le récit selon deux aspects : le respect par rapport à la créature et à tout l'imaginaire qui lui est associé, et l'originalité qui y est apporté pour se démarquer du reste de la masse. En effet, nombreux sont les titres se servant des buveurs de sang comme d'un prétexte pour introduire des êtres promis à une relative immortalité, muni optionnellement de pouvoirs magiques... mais s'arrêtant simplement sur ses caractéristiques. Fort heureusement, Blood Alone n'est pas de ceux là. Paru en amont de Twilight et de la nouvelle vague de récits vampiriques qui s'en est découlé, le titre ne peut être accusé de profiter du phénomène. Au fil des histoires que Masayuki Takano a présenté dans ses dôjinshis, l'univers de Blood Alone s'est construit, s'est inventé ses propres règles, ses propres codes. Sans avoir la prétention de réinventer le genre, le titre apporte pourtant une regard différent, orienté sur la cohabitation plus ou moins pacifiste entre les deux races. Par son rythme très reposé se ressentant dès les premières pages, il fait comprendre au lecteur qu'il tient en main une vision très personnelle du mythe, sans pour autant être trahi dans son imaginaire de la créature.

La définition du vampire selon Masayuki Takano ne diffère pas tellement de celle décrite par Bram Stocker dans son Dracula. Du moins, dans les grandes lignes : ici, vous ne verrez jamais une goule être repoussée par une croix ou une gousse d'ail ! En revanche, d'autres codes sont repris, comme la naissance même des vampires, et leur impossibilité de rentrer dans un lieu sans y être invité par les hôtes. Afin de crédibiliser son univers, l'auteur inclut très rapidement un champ lexical propre à cette civilisation nocturne, un vocabulaire compris uniquement par les initiés pour s'assumer comme race égale aux humains. La vie d'un vampire commence tout d'abord par sa "Noursarit", sa réincarnation depuis sa vie humaine dont il gardera néanmoins les souvenirs. Pour qu'elle ait lieu, le vampire parent doit boire le sang de sa victime et cette dernière doit lui rendre la pareille. Cet évènement réunit ensuite les deux êtres pour l'éternité, par un lien filial et de sang appelé "Strarda". Lors de la transmission, le parent offre une part de son pouvoir et de sa volonté à ses descendants, pouvant alors influer sur leurs actes. Pour les plus vivaces, cela se traduira alors par une double personnalité lorsque la conscience du père surgira. Les autres seront quant à eux emportés par leurs instincts les plus primaires, réduits alors à des bêtes sauvages en soif de sang humain. Au fil du temps et des combats, tout vampire est condamné à plus ou moins long terme à être à son tour englouti par cette influence. Bien sur, leur temps de vie n'est pas comparable avec les êtres humains, sans omettre leurs impressionnantes capacités de régénération. Chacun des membres de l'espèce se voit également doté du pouvoir du "Farmec", permettant de manipuler les êtres humains par le regard pendant un certain laps de temps. Les vampires de l'ancienne génération, communément appelés "Al Haik", disposent également de pouvoirs qui leurs sont propres, nommés "Arta".
 
 


Si, dans le monde décrit par l'auteur, humains et vampires parviennent à vivre ensemble sans qu'aucune guerre n'éclate, c'est sans doute car les buveurs de sang ont réussi à s'intégrer dans la société sans faire d'éclats exceptionnels. Mis à part l'incapacité de se montrer au grand jour, la vie des vampires n'est ni à plaindre, ni à envier. Misaki, par exemple, semble très bien se contenter de sa condition, en vivant comme une humaine et ne se rappelant de sa nature que lors d'un rituel mensuel où elle doit boire une coupe de sang pour subsister. Certains se sont fondus à la société en devenant des personnes respectables, comme Sly, tandis que d'autres ont réussi à étendre leur influence sans trop empiéter sur le monde des humains, tel Higure. Pourtant, à première vue, la nature même de cette race, qui ne peut se reproduire, pourrait laisser imaginer que la lutte est inévitable. Afin d'assurer sa descendance, le vampire doit sortir de l'ombre et infecter une victime par une part de lui-même. Certains vampires, notamment les premières générations, ont ainsi fondé leurs propres familles de sang, appelées "Lubedenie". Notons d'ailleurs une chose étrange, et qui est un point important de l'intrigue : certains chefs de clans vampires aiment aussi s'entourer d'humains, ou plutôt, de "Renfields". Victimes consentantes ou non, ils ont bu le sang de leur futur maître, devenant ainsi leurs dévoués serviteurs, mais gagnent également en espérance de vie. Si ce rituel sert de manipulation pour quelques-uns, d'autres, comme Higure, voient dans cette relation ambigüe une manière d'offrir un peu de leur éternité à des êtres qu'ils chérissent, sans pour autant les transformer complètement.

Ainsi, le récit est bien loin de présenter un univers manichéen où il y aurait les gentils humains d'un côté et les méchants nosferatus de l'autre. Chaque espèce n'est pas exempte de défauts, chaque clan dispose de personnages plus ou moins incontrôlables et redoutables. Du côté des Hommes, le problème ne reste qu'une légende urbaine, et certains organismes, comme Scotland Yard, étouffent les affaires les plus préoccupantes en engageant des chasseurs. Seuls deux grandes entités de vampires semblent encore présenter une réelle menace, constituant l'un des enjeux pour le récit : l' "Adevaraat Krei", être qui a bouleversé la vie de nos deux protagonistes, et l' "Insigrad Sparda", groupe de vampires assassins cherchant à étendre son influence. Mais dans les deux cas, la pression générée n'est pas plus redoutable que celle d'un potentiel groupuscule mafieux ou terroriste. Le danger plane toujours, fragilisant le bonheur des héros sous le joug d'un sursis constant, sans être pour autant étouffant. On vit avec, on s'en accommode, même s'il faudra bien régler le problème un jour...



© Masayuki Takano / ASCII MEDIA WORKS

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