Blood Alone - Actualité manga
Dossier manga - Blood Alone

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Sommaire

Publié le Jeudi, 09 June 2011


La vie sous toutes ses formes


Bien malin sera celui qui, en ouvrant pour la première fois un volume de Blood Alone, saura d'avance ce qu'il y trouvera. Masayuki Takano a en effet l'art de brouiller les pistes quant à l'identité de sa série, la narration se voulant volontairement inégale d'un chapitre à l'autre. Qu'est vraiment Blood Alone ? Un nouveau récit sur les vampires ? Un thriller fantastique ? Un manga d'action avec une pointe de magie, ou au contraire une histoire beaucoup plus calme ? Il y a tant de regards à apporter à la série, tant de manières de l'aborder, qu'il semble bien difficile de la décrire en quelques mots, où de la répertorier dans un genre bien précis. Le chapitre pilote offre d'ailleurs un léger aperçu de tout ce qui peut nous attendre : tout d'abord, on découvre un couple pas comme les autres, constitué d'un homme dans la trentaine et d'une fillette d'une quinzaine d'années à peine, semblant partager un quotidien très intime. Alors qu'on pense le récit s'orienter vers la tranche de vie, les mots de "vampire" et de "sang", accompagné d'une troublante démonstration, font basculer l'œuvre dans une dimension supérieure. Enfin, une première enquête, légère mais non dénuée de danger, nous amène déjà vers d'autres considérations. Tentons alors d'analyser les différentes phases du récit, même s'il faudra garder à l'esprit qu'il est impensable de les dissocier...

Le synopsis de la série en lui-même laisse avant tout présager d'une intrigue particulièrement solide. Bien que déjà usité de nombreuses fois, le thème de la vengeance a souvent fait ses preuves pour dynamiser un récit. Ici, le point de mire principal de la série serait, à première vue, la recherche d'une créature ayant gâché la vie des deux protagonistes, en leur arrachant ce qu'ils avaient de plus cher, et en les emmenant dans une vie bien différente : l'un s'est vu offrir des pouvoirs particuliers, l'autre est devenu elle-même un monstre. A la lecture des premiers épisodes, cet objectif, bien que présent, ne peut résumer le comportement des deux héros, préférant se tourner vers la sauvegarde de leur bonheur présent plutôt que de ruminer sans cesse le passé. Très vite, le lecteur comprendra que la traque supposée n'aura pas lieu, et que l'histoire avancera dans ce sens si et seulement si le bourreau revient de lui-même sur les lieux de son crime. Pour en voir d'avantage sur le combat entre les deux espèces, il faudra attendre le volume 4, véritable "manga dans le manga", où Kuroe sera présenté, via un habile flashback, dans un caractère bien plus impétueux dû à sa jeunesse. Ainsi, malgré des maladresses dans la mise en scène, Blood Alone peut être parfois considéré comme un récit d'action et d'affrontements magiques... mais cet aspect, imposé par le caractère vindicatif du fil conducteur, n'est pourtant pas le cœur même du manga.
 
 


Si l'on ne s'attend plus alors à des combats spectaculaires, le rythme très posé et l'ambiance sombre semblent aller d'avantage vers la direction du polar. Masayuki Takano profite de cette ambiance et inclut instinctivement des éléments-clés que l'on retrouve dans les meilleurs thrillers. C'est ainsi que nous découvrirons rapidement que Kuroe officie en tant que détective de l'ombre, pour résoudre des dossiers particulièrement mystérieux. Pour cela, il peut compter sur l'aide d'une certaine frange de la police (du moins, de Sainome) et bénéficie également de réseaux d'informations souterrains restitués sous formes de rumeurs par Sly, dont la ressemblance à "Huggy Les Bons Tuyaux" de Starsky et Hutch ne fait aucun doute. Les informations capitales quant à la culture vampirique sont quant à elles fournies par Higure, allié incontournable pour mieux saisir les détails de cet univers obscur. Pourtant, résumer Blood Alone à un récit d'enquêtes n'est pas non plus la bonne réponse. Malgré ses atouts, il est bien rare que Kuroe parvienne seul jusqu'à la conclusion de l'affaire, et son rôle se limitera moins à la découverte du coupable qu'à sa neutralisation pure et simple. Plus acteur que meneur, le beaux ténébreux servira d'avantage de renfort non négligeable, du moment qu'il trouve son compte dans la progression de sa quête. N'omettons pas non plus Misaki, qui aura parfois un rôle capital à jouer dans ces courtes intrigues, souvent de manière involontaire. C'est également par elle que le récit s'équilibre vers une toute autre légèreté.

En effet, entre deux missions particulièrement sombres, le lecteur pourra s'étonner de voir des chapitres entiers s'intéresser sur des évènements beaucoup plus anodins, où Misaki tire généralement la couverture vers elle. Ses préoccupations de fillettes sont évidemment à des lieues des tracas d'adultes de son prince, et c'est ainsi que nous assisterons à l'éclosion de joies simples comme des sorties de couple, des leçons de natation, l'essayage de nouvelles robes, ou plus simplement la recherche de l'affection de l'être aimé. Cet aspect "tranche de vie" provient très certainement de la genèse de Blood Alone sous forme de dôjinshis, où l'auteur aura eu le loisir de présenter ses personnages fétiches dans des fragments de leur quotidien. La plupart de ces chapitres pourront décontenancer plus d'un lecteur, pouvant douter de leur utilité au sein de l'intrigue, et pourtant, ils n'en demeurent pas moins essentiels. C'est ici que la personnalité des protagonistes s'y affirme le plus, c'est là que les sentiments de Misaki sont mis à nus au maximum, et que l'on estime véritablement pourquoi les deux héros cherchent tant à protéger ce quotidien, quitte à s'y enfermer parfois en délaissant le reste du monde. La plupart des séries prônent comme objectif final un retour à la paix, à la stabilité d'un monde débarrassé de ses menaces, mais sans jamais nous l'exposer sinon sous forme d'épilogue. Blood Alone se démarque ainsi, en insistant explicitement sur ces petits moments de bonheur fragile, formant au final un ensemble cohérent où les héros prennent véritablement vie.

Blood Alone, c'est donc l'histoire de deux êtres réunis par la fatalité, ensemble malgré leurs différences et cherchant à maintenir l'équilibre fragile de leur existence. Un prince charmant humain, une petite princesse vampire : c'est sur cette dualité de base que Masayuki Takano a tissé les fils de son intrigue, se consolidant au fur et à mesure des volumes en y introduisant de nombreux éléments, puisés dans des registres très différents. Il en ressort une œuvre polymorphe, tantôt prompte aux enquêtes, aux combats, aux révélations, tantôt revenant sur un quotidien désuet mais fondamental. En seulement six volumes, l'univers est déjà cohérent, et les quelques pistes encore sans réponses sont aisément laissées à la merci de l'imagination du lecteur qui viendra combler les trous de lui-même. Car Blood Alone, en plus d'être tout cela à la fois, c'est aussi ce que vous y apporterez vous-mêmes.



© Masayuki Takano / ASCII MEDIA WORKS

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