Bestiarius - Actualité manga
Dossier manga - Bestiarius
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Publié le Vendredi, 18 October 2019


Les éléments historiques et mythologiques, à la sauce Kakizaki


Sans jamais chercher à être minutieux historiquement, dans Bestiarius Masasumi Kakizaki respecte toutefois au minimum les quelques éléments rigoureusement historiques qu'il expose, surtout autour du règne de Domitien et de sa réputation de despote. Un aspect qui se ressentira jusque dans la conclusion de l'oeuvre dans le volume 7,  puisque les amatrices et amateurs d'Histoire pourront remarquer que, jusqu'au bout dans son récit, le mangaka aura pris soin de conserver une certaine fidélité historique, en exposant bel et bien la manière dont le règne de Domitien a pris fin, avec sa mort brutale et la prise de pouvoir de Nerva.

Mais entre ces grandes lignes historiques, le mangaka se fait surtout un plaisir de reprendre à sa sauce nombre d'autres figures ayant nourri l'Histoire, la mythologie ou les légendes d'Europe occidentale, et pas uniquement romaines.

Après avoir repris à sa sauce le mythe du Minotaure comme on avait déjà eu l'occasion de l'évoquer précédemment dans ce dossier, dans l'acte III Masasumi Kakizaki s'attaque à une tout autre légende, et une de taille : celle d'Arthur, qu'il reprend d'une façon bien à lui ! Une nouvelle fois, le mangaka reste sommairement fidèle aux très grandes lignes de l'apogée romain (avec la tentative de conquête de l'Angleterre, appelée aussi Albion ou Britannia, qu'il avait déjà brièvement abordé dans le tome 1), mais il se fait plus que jamais un plaisir de reprendre tout le reste à sa sauce. Ici, le célèbre Lépide n'est plus au bon siècle, Arthur se voit accompagné d'un Pan clairement inspiré de la divinité mythologique grecque, et le preux chevalier arthurien Galahad devient une sorte de gobelin. Kakizaki mélange les différentes influences avec bonheur, et va encore un peu plus lois dans la deuxième moitié de cet acte, en incluant brièvement certains mythes qui, cette fois-ci, sont germaniques, avec les personnages de Tyr, Wodan et Donar. Et puis, les monstres, les combats épiques et la volonté profonde du chevaleresque héros de sauver sa dulcinée restent des thématiques très présentes dans la mythologie, que celle-ci soit gréco-romaine ou arthurienne.





A partir de la fin du volume 4, le manga fait entrer en scène, une nouvelle fois à sa sauce trèèèès personnelle, une célèbre figure historique ayant vécu 300 ans auparavant : Hannibal Barca. Qui, il faut l'avouer, n'a de l'illustre stratège carthaginois que le nom...

A partir du tome 5, c'est encore une inspiration d'une autre contrée d'Europe occidentale qui est à l'honneur : Lucius n'est pas seul dans sa nouvelle quête visant à ébranler le monde romain, et à ses côtés on trouve notamment le non-humain Gwyllgi, donc le look s'inspire bien du chien mythique éponyme issu des légendes du Pays de Galles.

Enfin, apparaissant dans le volume 6, Longinus est une créature monstrueuse qui permet à Masasumi Kakizaki d'en imposer encore et toujours, en reprenant à sa sauce, sous son coup de crayon riche et grandiose, la figure mythologique de la chimère.

Il ne s'agit que d'une sélection des exemples les plus marquants, et sans doute y en a-t-il d'autres !


Les relations, moteur de la révolte


Enfin, un autre aspect de Bestiarius est voué à faire tout le sel de l'oeuvre, de façon de plus en plus prégnante au fil des volumes : les relations entre les personnages, qui se révèlent bien souvent au cœur de leur lutte.

Ainsi, dès l'acte I, on cerne bien que Finn et Durandal, tous deux prisonniers dans l'arène, entretiennent une relation digne d'un père et d'un fils pour des raisons que nous découvrons peu à peu, mais que nous devinons vite.

L'Acte III expose joliment une amitié s'affranchissant des espèces entre l'humain Arthur et les non-humains Pan et Galahad. Et dans la deuxième moitié de cet acte, Arthur, Pan et Galahad, prisonniers de l'ennemi au sein d'un théâtre fermé de toutes parts, n'ont certes quasiment aucune chance de s'en sortir vivants et en sont bien conscients, mais ils sont prêts à mourir s'il le faut pour Elaine.





Dans l'Acte IV, Kakizaki fait bien les choses dès qu'il s'agit de souligner la quête de bonheur du jeune couple formé par Arthur et Elaine, ainsi que la volonté du jeune homme de protéger les siens. Elaine a beau le traiter de faible, Arthur n'a jamais paru si fort, désireux de préserver ses proches, et le prouvera dans un conflit à un contre des centaines d'ennemis, à la façon d'un bon mythe antique. Et dès lors, l'issue de ce passage épique ne peut que toucher.

Dans la deuxième moitié de cet Acte IV, c'est pour préserver sa famille, pour sauver sa femme et son fils, que Lucius Dias accepte de combattre. Mais c'est aussi le désir d'un père d'être un véritable héros pour son enfant qui est mis en avant, dès lors qu'il choisit la voie de la révolte.

A partir de l'acte V, Masasumi Kakizaki accorde vraiment un rôle de premier plan à l'idée que ces hommes et ces non-humains se soulevant contre Rome sont unis et portés par une valeur qui les transcende: vouloir protéger ce qui leur est cher, et ceux qui leur sont chers. Il en résulte à nouveau un beau petit lots de moments épiques, d'abnégation, de sacrifices, d'instants forts et enragés, que le mangaka ne manque jamais de bien mettre en scène.

En somme, un bon prélude pour que l'auteur achève efficacement certaines thématiques autour des raisons de se battre dans l'ultime opus. La puissance que Finn et les autres tirent de leur volonté de protéger les autres est belle et prenante, y compris dans l'écho que cela trouve en un Saeros cherchant toujours à chercher comment devenir plus fort. Et les relations père/fils restent, jusqu'au bout, une clé, ici à travers le parallèle entre deux situations différents de père monstre et fils humain: celle entre Durandal et Finn d'un côté, et celle entre Longinus et Saeros de l'autre.


La patte visuelle de Kakizaki


Quand on connaît la verve graphique de Masasumi Kakizaki, on attend évidemment beaucoup des dessins de Bestiarius. Et on n'est aucunement déçus, dès le tome 1.

D'emblée, du côté des humains, on retrouve les designs typiques de l'auteur : des vraies "gueules", sournoise comme celle de Domitien, belle, mais inquiétante comme celle d'Arianna, brute comme celle de Sextus, ou affichant une certaine forme d'honneur et de pureté comme Finn et Zénon. Redoutablement efficace.





Mais c'est évidemment le bestiaire que l'on attendait de voir, et celui-ci est tout bonnement impressionnant. La double page couleur du début du premier volume suffira à vous en convaincre. Dragon, wyverne, manticore... les créatures dessinées par Kakizaki regorgent de détails, sont d'une précision et d'une cohérence d'orfèvre, dégagent de fortes impressions de puissance quand il le faut. Leur façon de se déplacer est elle aussi superbement rendue (par exemple, on ressent bien le mélange de puissance et de lourdeur de Durandal quand il se déplace ou vole). C'est tout bonnement impressionnant, d'une telle densité que l'on en arrive à regretter que le format ne soit pas plus grand, histoire de mieux profiter de ces designs monstrueux.

Le seul regret au tout début de l'oeuvre ? Le manque d'ampleur des combats. Au départ, malgré les visuels précis et intenses, ils se contentent du minimum, ne s'étalent jamais longtemps, et leur mise en scène se contente d'aller à l'essentiel. C'est parfois dommage, surtout dans le cas du combat contre l'impressionnante et effrayante manticore.

Mais heureusement, dès le volume 2, les petites scènes de combat sont mieux posées, et les designs des créatures sont toujours aussi précis, qu'il s'agisse des personnages les plus modestes comme Pan, Galahad et les gobelins, ou des créatures plus imposantes comme le Béhémoth.

Le tome 4, entre autres, permet une explosion supplémentaire du talent du dessinateur, avec ses combats bruts où la poussière du Colisée vole sous les coups, ses design de monstres marqués, ses visages humains forts en gueule... Un tel sujet, un tel univers, sont décidément taillés pour le coup de crayon dense et impressionnant de cet auteur.

A partir du volume 5, on a le sentiment que la montée en puissance visuelle se poursuit, avec ses montées de tension et de moments épiques très bien dosées, ses scènes d'action à la fois directes, brèves et brutales, ses designs d'humains à fortes gueules et de non-humains travaillés tout en restant expressifs, ses décors omniprésents, ses pleines pages ou doubles pages qui sont figées par des lignes blanches comme des symboles gravés dans le marbre... Ca reste tout simplement riche, efficace et immersif.





Jusqu'au bout, on a alors du très bon boulot, allant jusqu'à des choix de mise en scène parfois iconiques dans leur rendu digne d'un film d'action épique.
  
  


BESTIARIUS © 2011 KAKIZAKI MASASUMI / Shogakukan Inc.

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