Berserk - partie 1 - Actualité manga
Dossier manga - Berserk - partie 1

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Sommaire

Publié le Vendredi, 11 May 2018


Dans le regard de Griffith


Guts est parti…

Après le départ de son ami, de son bras droit, Griffith s’effondre émotionnellement. Il gâche ses trois années d’efforts au sein de la cour du Midland en consommant trop tôt la première fois de la princesse Charlotte. Il essaie d’extérioriser sa rage et sa peine durant l’acte, mais rien n’y fait. Larmes, désolations, solitude… Il n’aura jamais été autant perdu.

Peu de temps après, Griffith est arrêté et torturé. Le reste de la troupe du faucon est devenue fugitive.


Le faucon déchu


Au fond d’une cellule humide et obscure, un corps meurtri et squelettique jonche le sol. Est-il vivant ou mort ? Une conscience reste néanmoins présente. Elle devrait s’éteindre mais quelque chose en elle se raccroche désespérément à la vie…

« Lui seul se distingue en moi, tel un éclair par une nuit noire. Et tant de sensations me reviennent, comme les vagues d’un raz-de-marée. Haine, amitié, jalousie, vanité, dépit, amour, tristesse, gentillesse, faim, … Des sensations dévorantes, qui vont et reviennent. Aucune en particulier, mais un tourbillon de passions les englobant toutes. C’est tout ce qui maintient ma conscience au bord du précipice de l’oubli et du néant. »

Griffith savait qu’il provoquait en toute personne une émotion, soit celle de la bienveillance soit celle de l’inimitié. Il se demande pourquoi il pense à lui, pourquoi seulement lui. Pourquoi n’a-t-il pas pu le manipuler comme les autres ? Pourquoi le faucon majestueux n’a-t-il pas pu continuer son envol ?

A présent, le faucon n’a plus ses ailes. Il est déchu.





Casca, Guts et Griffith, la fatalité d’un trio déséquilibré


« Un jour je l’ai rencontré. Cette personne dont j’avais envie qu’elle me remarque. Il ne possédait rien et il cherchait à tout avoir. Il avait un but tellement élevé qu’il devait s’aiguiser jusqu’à l’extrême. »

De beaux cheveux de jais, des yeux noirs qui vous défient, une peau basanée, un visage fier et anguleux, une silhouette fine et guerrière. Casca se présente à vous, indomptable et forte. Douée à l’épée, elle est capable de mener à la baguette plus de mille soldats. Elle vénère Griffith et est prête à le suivre partout où il ira.

Casca est née dans une communauté rurale. La terre était pauvre. Les taxes ont commencé à augmenter à cause des guerres incessantes. Son village était souvent victime de pillage. Contraint, son père a été obligé de la vendre à un noble pour qu’elle devienne servante. Alors qu’elle allait être violée en chemin, Casca fut sauvée par Griffith. Elle vit Griffith tel un ange. Elle tua celui qui allait la violer. Elle décida par la suite de suivre la troupe du faucon et d’apprendre l’art de l’épée.

Casca vouait un véritable culte à Griffith, comme si c’était le prophète, le messie envoyé par le peuple. Sa vision changea lorsqu’elle s’aperçut à quel point Griffith se sacrifiait pour réaliser son rêve (notamment en se donnant à un seigneur). Il le faisait pour l’argent. Une armée nécessite beaucoup d’argent (hommes, chevaux, denrées, …). En réalité, elle remarqua que Griffith souffrait car il savait que pour réaliser son rêve, il devrait le réaliser par l’intermédiaire de beaucoup de sang et de sacrifice, de lui et des autres. Casca espérait être la lame toujours indispensable à Griffith, jusqu’à ce Guts n’arrive. Casca était jalouse du lien particulier qui unissait Guts et Griffith.

Pourtant, elle a fini par s’habituer à cette troisième présence. Au point de s’en rapprocher et d’en tomber amoureuse. Mais Guts est parti…

 « Griffith avait besoin de toi. »

Après un an, Guts réapparaît. Mais il est déjà trop tard. La troupe tente de survivre comme elle peut, mais elle est en perdition, incessamment traquée. Et le faucon blanc est enfermé et torturé depuis plus d’un an. Pendant ce temps, Casca a repris le commandement de la troupe du faucon.

Les survivants se réjouissent du retour de Guts, pas Casca. Elle et lui se confrontent. Casca est en colère contre lui, car il les a abandonnés. Il est parti au moment où Griffith avait le plus besoin de lui. Une ambition est lourde à porter, peu importe la force innée de la personne. Griffith restait un humain. Guts se défend en disant qu’il voulait faire comme lui : agir en son propre nom, obtenir quelque chose de lui-même. En s’expliquant, leurs sentiments vont se rencontrer.
 
« Les petites étincelles d’épées s’entrechoquant. Tout ce qui s’est accumulé entre moi et mon adversaire. Nos existences s’entrechoquent pour libérer de minuscules étincelles. Je brandis l’épée pour faire jaillir un instant sa propre étincelle. »

Après un an passé à s’entrainer durement, Guts semble avoir trouvé son rêve. Il veut à présent améliorer sa technique et affronter de nouveaux adversaires dans des conditions extrêmes. Jamais plus il ne prêtera son épée. Désormais, son combat sera le sien. Guts proposera même à Casca de l’accompagner. Il restera juste pour sauver Griffith et reconstruire la troupe du faucon.

La troupe se met alors en marche pour sauver leur leader. Dans les ténèbres, Guts et Casca retrouveront Griffith. Mais le mal est fait. Le corps du faucon est en trop mauvais état après plus d’un an de tortures et de mauvais traitements. Griffith reprend conscience. Sous les larmes de Guts, son regard s’apaise.

Dans son regard azuré terni, il verra Guts rentrer dans une rage sanguinaire folle. Dans son regard, il verra que Guts et Casca se sont rapprochés. Dans son regard, il observera Guts se confronter à un adversaire bien plus puissant que lui. Il le verra se défaire du monstre. Il verra Casca se précipiter vers Guts pour l’enlacer. Où est sa place à présent ?

Dans son regard, il verra Casca soigner Guts. Il verra ses deux amis se disputer, mus par un lien unique et privilégié.

Son regard se fait perçant. Son regard se fait gris. Il regarde son armure du faucon. Une armure qu’il ne pourra plus revêtir.

Casca, Guts et Griffith forme un trio célèbre, fascinant et jusqu’ici solide. Toutefois, avec le temps, les choses changent. Avec le temps, l’équilibre du trio s’est effrité. Dans l’amour ou dans l’amitié, il n’est jamais bon d’être à trois. C’est un nombre imparfait et qui ne permet jamais une cohésion complète. N’étant pas un nombre pair, une des trois personnes finira par être la cinquième roue du carrosse.

Casca, Guts et Griffith arrivaient jusqu’ici à maintenir une harmonie, car chacun avait au départ un rôle bien établi. Griffith était le leader. Guts était son bras droit. Et Casca était son bras gauche. Ensemble, ils formaient un triangle amical. Ensemble, ils avaient fini par trouver un « cocon familial ». Cependant, cette symétrie a commencé à se fracturer dès l’instant où les sentiments se sont complexifiés entre eux. Cela a démarré au moment où Guts a eu envie de voler de ses propres ailes. Ce déséquilibre s’est confirmé avec le rapprochement entre Casca et Guts.

Quand Guts s’en est allé, Griffith s’est retrouvé confronté à des sentiments dont il ne s’était pas rendu compte. A présent qu’il a tout perdu, il ne sait plus où se mettre. Ses deux amis les plus chers semblent dans leur monde, plongés dans leur amour naissant. Il ne reste plus pour Griffith que des morceaux. Des fragments de passion vis-à-vis de Guts, d’un désir d’appropriation à l’égard de la seule personne qu’il n’arrive pas obtenir, d’une mélancolie d’un rêve brisé, … Il est difficile de définir exactement ce que ressent le faucon blanc à l’encontre de Guts ou encore de Casca. Il est néanmoins évident que Griffith éprouve des émotions alambiquées à l’encontre de ses deux amis. Doit-on parler d’une amitié déviée devenue tordue ou d’un amour implicite obsessionnel ?

Kentaro Miura nous offre ici l’un des triangles « amoureux » les plus complexes, les plus tortueux et les plus captivants du genre manga. D’une part, sa construction, de longue haleine, nous aura plongés au cœur d’une histoire aussi sombre que jouissive. D’autre part, sa complexité et la justesse des interactions entre les protagonistes du trio ont de quoi laisser pantois plus d’un spécialiste du genre. Une réussite d’autant plus surprenante qu’elle s’inscrit comme moteur d’une œuvre qui ne laissait rien paraitre de ce genre de chose à ses débuts. Bref, si Berserk avait déjà tout pour séduire, il en vient désormais à réellement passionner. Et c’est encore loin d’être terminé…





L’occultation


« L’engrenage s’est mis en branle. Toi qui refuses de te soumettre emporte avec toi mes paroles. Qu’à ce jour et dans l’an, le temps sera à l’occultation ! Toi et tes compagnons ! Et ceux de la chair décharnée encore indiscernable ! A l’heure où eux et leurs rois appelleront ton corps divisé dans cet autre monde ! Quand les trombes de la folie que nul corps d’homme ne saurait supporter feront souffler au-dessus de toi un vent de mort ! »

La roue du destin s’est mise en marche. Les événements s’accélèrent. Zodd l’immortel apparaît dans les parages. La troupe du faucon est confrontée à la dure réalité des choses. Griffith ne pourra plus jamais redevenir le faucon blanc qu’elle connaissait. La troupe commence à réaliser que c’est peut-être la fin.

« Pourquoi est-ce qu’on ne réalise la valeur des choses que lorsqu’il est déjà trop tard ? »

Réalisant la détresse physique et mentale de Griffith, Guts et Casca ont du mal à encaisser le choc. Ils se sentent perdus et impuissants. C’est à ce moment-là qu’ils vont perdre le contrôle de leur destinée. Alors qu’il s’apprête à se suicider, Griffith retombe par hasard sur son œuf du conquérant.

Une éclipse fait son apparition. Guts et les autres arrivent également. Griffith veut dire à son ami de ne pas venir, mais des créatures abominables surgissent des profondeurs de la terre. La beherit s’éveille au contact du sang de Griffith. Ses yeux, sa bouche et son nez se mettent à la bonne place. Ses paupières engluées de larmes de sang s’ouvrent. Elle hurle. L’œuf vient d’invoquer les God Hand.

« L’heure est venue. L’heure du grand banquet nocturne ! L’heure du festin qui a lieu toutes les 216 années. L’occultation ! »

Le monde s’obscurcit, les êtres démoniaques envahissent la plaine. L’invocation s’est enclenchée. La porte de l’autre monde s’est ouverte. Les ‘quatre anges’, les God Hand se manifestent. Void, Slan, Ubic et Conrad. Griffith est amené devant eux. Les seigneurs démons appâtent un faucon déchu hésitant, tiraillé entre sa morale et son rêve inaccessible. Il lui suffit de prononcer une simple phrase, fatale et funèbre. Une simple phrase pour exaucer son vœu.

Guts fait son possible pour atteindre son ami écorché. Il arrive à l’atteindre. Griffith le regarde, d’un regard pour la première fois clair et triste.

« Parmi ces milliers de compagnons, ces dizaines de milliers d’ennemis… Un seul, toi…m’a fait perdre de vue mon rêve… »

La phrase fatidique a été prononcée. Le festin peut commencer. Le sacrifice peut être consommé. Les sacrifiés alimenteront de leur sève l’enfant des ténèbres.


L’avènement


« Je les offre en sacrifice »

Par l’offrande, tu t’élèveras dans les cieux. Déployant tes ailes aux ténèbres profondes. Toi, le cinquième archange, Femto, les ailes des ténèbres.

L’ère de la lumière noire a débuté.

Le Sabbat est terminé. Guts et Casca ont survécu grâce à l’intervention inopinée du chevalier squelette, mais à quel prix ? La marque du sacrifice humain est inscrite sur leur chair. La jeune femme a perdu la raison. Le jeune homme a perdu son œil droit ainsi que son bras gauche.

« Tel est le destin de ceux qui portent la marque du sacrifice ! Ta chair et ton sang jusqu’à sa dernière goutte ont été voués et offerts aux créatures des ténèbres. »

Criant de douleur, le guerrier noir est né. Il a à présent soif de vengeance. Il rendra coup pour coup. Le destin infaillible a fait une erreur. Il a survécu !

Alors que nous pensions déjà avoir connu le meilleur de ce que pouvait offrir la série, Kentaro Miura vient nous asséner une claque supplémentaire. Rien n’a été précipité, tout a été patiemment calculé et mis en place pour aboutir à un résultat parfaitement logique qui vient pourtant nous marquer à jamais. Il est toujours dangereux et présomptueux de parler de perfection. Pourtant, ici, Berserk s’en rapproche autant qu’il est possible de le faire. Tout, de l’intrigue à l’action, du style aux rebondissements, est irréprochable et captivant. Ce n’est pas juste un avènement. L’œuvre a atteint une apogée qu’il sera sans doute bien difficile d’égaler. Mais qu’importe. A ce moment-là, il n’y a qu’à profiter, qu’à contempler, avec stupeur et fascination aveugle ce qui se trame sous nos yeux.

Et désormais, nous sommes enfin en mesure de comprendre pleinement qui est Guts. Ce qu’il a vécu. Ce qui se cache derrière ce regard borgne et sanguinaire.





Dans le regard de Guts


« Désormais, une sombre sauvagerie se trouve en moi. Mais c’est la seule chose qui guide mes jambes. Et qui me donne la force d’aller de l’avant ! »

Ayant vu le diable à travers son œil droit crevé, le guerrier noir arpente son nouveau monde fait de violence et de combats cycliques. Seul, il se met en tête de traquer les apôtres, uniques indices probants le rapprochant des God Hand. A partir de maintenant, on comprend aisément les raisons qui animent notre héros. Outre sa haine, si son existence consiste à être indéfiniment traqué par les fantômes démoniaques, autant s’en prendre à eux de manière frontale.

Pendant que le guerrier noir poursuit son chemin rendu pourpre par le sang des démons qu’il ne cesse de tuer, un soleil mourant commence à apparaître dans les cieux de tous les pays. Face à ces jours marqués par la présence du diable, les troupes papales se manifestent et investiguent sur les terres du Midland.

Cela fait deux ans que le soleil noir s’est levé. Au cœur d’une forêt perdue entre deux montagnes, des fantômes sont apparus. Brandissant un démon d’acier ressemblant à une épée, un homme s’est confronté à ces fantômes comme si de rien n’était. Farnèse de Vandimion, chef de la troupe des chaînes d’acier sacrées, a été mandatée par la papauté pour vérifier les miracles sur le terrain. Elle recherche le guerrier noir qui est un élément qui ressort de tous les témoignages de faits horribles.

Il est prédit qu’à chaque fois que revient l’apocalypse, quand le soleil meurt à l’ouest de l’antique cité nouvelle, on découvre un lac empourpré. Ce serait la preuve de la venue du cinquième prophète. Ce prophète serait un faucon des ténèbres, maître des agneaux noirs tachés de crimes, et roi des agneaux blancs aveuglés. C’est celui qui appellera à une ère de ténèbres sur le monde.

A présent, les villages sont anéantis par les épidémies et leurs pays sont piétinés par une armée montée sur d’énormes monstres. Les pauvres humains que forme le peuple voient leurs villes s’écroulant dans des tremblements de terre ou englouties par des raz de marée. Ils voient le ciel masqué par une fumée noire, et des foules affamées et perdues. Ils voient leurs parents, leurs enfants et leurs voisins sombrer dans les ténèbres de la guerre.

Au milieu de ce chaos, un faucon solitaire étincelle de lumière, s’élevant du sol souillé de sang et fendant les ténèbres insondables. Le peuple sait qu’il doit partir et se diriger vers la tour sombre.

Avec la mort du roi du Midland, le pays plonge davantage dans l’anarchie et dans le chaos. Les gens de la capitale ont vu le faucon de lumière en rêve. Beaucoup croient à une révélation divine. Pendant ce temps, les Kushans, venus d’un empire lointain, en profite pour envahir le pays.

L’heure de la naissance du faucon de lumière est arrivée. Ô agneaux ignorants, croyez en votre messie ! Ô agneaux qui veulent devenir loups, croyez au diable !

Voilà que se conclut ce que l’on peut considérer comme la première partie de Berserk. Mais alors que les terres du Midland sont plus que jamais plongées dans le sang et les ténèbres, le chemin du guerrier noir est lui encore long et semé d’embuches. Cette histoire, la suite, sera contée une autre fois. Mais à présent, tout sera différent. Car Guts n’est plus un étranger. Son existence n’est plus un mystère. Tout ce qu’il fait, il ne le fait pas par hasard. Est-il encore le monstre qu’il paraissait être aux prémices de l’œuvre ? Certainement. Mais un monstre duquel nous pourrions tous nous rapprocher en de pareilles circonstances. D’un anti-héros détestable, le guerrier noir est devenu à nos yeux un héros crédible et légitime, à qui on pourrait pardonner bien des choses à présent. Et en définitive, c’est bien cela le plus glaçant. Et c’est ainsi que s’est forgé sa légende.
  
  
  


BERSERK © 1989 by Kentaro Miura / HAKUSENSHA, Inc.

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