Dossier manga - Banana Fish

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Sommaire

Publié le Jeudi, 25 August 2011


Live and let die under November rain


Une composante également importante du manga, c’est le mystère qui l’entoure et qui enrobe chaque révélation, chaque avancée dans le récit. L’auteur arrive en effet à ne dévoiler qu’au fur et à mesure le strict nécessaire, sans trop en faire et surtout en nous faisant comprendre certaines choses sous l’angle de plusieurs personnages. Ainsi, dès le début la mangaka nous plonge entièrement dans ce qui est au cœur de son œuvre. Entre la réalité des gangs new-yorkais, les affaires de police qui tentent de se démener dans un environnement qu’il est difficile d’apprivoiser quand on représente la justice et la punition, et le mystère autour de deux mots dont personne ne semble rien vouloir dire, on se laisse perdre avec plaisir. La trame de l'histoire s'étoffe bien entendu au fil des volumes, avec ses nouveaux personnages et son lot de révélations. En effet, l'auteur arrive à maintenir un suspense tout au long de la série, on peut même dire qu'au fur et à mesure de l'histoire la tension va croissant et le mystère « Banana Fish » s'épaissit. Car si Akimi Yoshida nous parle beaucoup, et ce dès les premières pages, de cette substance étrange, elle ne s’attarde jamais longtemps sur le sujet. Une personne, une drogue, une arme, tout y passe et ses différentes origines, répercussions et utilisations sont dévoilées peu à peu, parfois pas totalement entièrement. D’ailleurs ce sujet manque parfois à une narration qui dévie sur l’importance des protagonistes, si bien qu’il nous arrive d’oublier que tout part de là, notamment dans les moments d’action ou d’émotions. Pourtant à chaque rebondissement ou presque, à chaque choix à prendre, tous les faits et gestes de nos héros sont doucement influencés par l’existence de cette drogue : quand elle rend fou un proche d’Ash, quand elle est au cœur des recherches de Max, quand notre héros est confronté aux cobayes humains qui servent la compréhension de cette substance ... tout y passe. Elle est de plus la raison qui va lier la grande famille corse que représente Dino à la mafia chinoise, non moins imposante dans le trafic de drogue. Même si cette simple dénomination semble bien réductrice pour « Banana Fish ». En quelques pages alors, on se paie le luxe de s’intéresser à Ash et au fameux poisson banane, plus particulièrement au lien qui les unit, d’autant plus que la construction de la narration est particulièrement habile à ce sujet. Rapide, sans temps mort et pourtant suffisamment graduelle pour laisser le temps aux premiers lecteurs de suivre ce qu’il se passe.

En dehors même du Banana Fish, l’auteur n’est pas en reste ! On notera que si les « gentils » sont nuancés mais clairement identifiés, les « méchants » le sont aussi, dans un manichéisme de début de série qui aide à repérer les différents intérêts de chaque groupuscule ... et leurs plans d’attaque ! En effet, l’auteur accorde une importance toute particulière à l’action dans les différentes étapes de son histoire, et pour que celle-ci soit réaliste elle peaufine les motivations de chacune des parties en faction, ainsi que leurs méthodes pour progresser. Notamment, et c’est là les moments les plus intéressants, lorsqu’Ash tente de s’enfuir, seul ou en recevant de l’aide mais aussi, deux moments particulièrement forts, lors de la fuite dans les égouts et de l’affrontement contre Fox. Ces deux instants sont d’un réalisme sans faille, grâce à l’éclairage habile des différentes tactiques et stratégies des deux camps, parfois même expliquées par un élément un peu extérieur comme sait l’être Blanca. Ce dernier arrive un peu tard dans la narration, mais cela permet, en un sens, de donner enfin le véritable coup d’envoi du scénario le plus construit de la série. Dans un premier temps, l’auteur a présenté ses personnages principaux, s’est attardé sur l’organisation de l’opposition et a mis son héros dans diverses situations représentatives de la série. Ensuite, elle va se concentrer un peu sur les liens qui unissent tout le monde dans le manga tout en nous présentant un nouveau protagoniste qui semble devoir tenir un rôle essentiel par la suite ... Cela permet alors d’affiner tout cela, de compliquer les liens évidents et les oppositions grossières de début de série. Informations données au fur et à mesure, action pertinente, stratégies innovantes et situations remplies de suspense, voilà qui donne à la série un profil intéressant et toujours accrocheur. On suit alors avec délice les vengeances, trahisons et plans machiavéliques touchant les points faibles de notre héros ou de ses proches. C’est violent, c’est bien pensé, avec des démonstrations splendides de stratèges et de manipulations de l’information. Piège sur piège, l’histoire s’accélère dans une narration délicieuse de frisson, avec un goût amer de fin du monde dans la bouche.
 
 



Enfin, dernier chapitre de l’histoire Banana Fish ... la fatalité que la lecture dégage de la narration. Et d’autant plus, cette notion qui s’attache particulièrement à Ash. On le voit parfois flancher, allant même jusqu’à passer un accord sur sa propre vie pour sauver celle des autres. On sent le poids que son point faible, le jeune japonais à ses côtés, fait peser sur lui. On touche alors du doigt l’importance que cette amitié prend pour un gosse des rues qui n’a jamais été apprécié sans condition à sa juste valeur. De plus, l’auteur ouvre une fenêtre sur le quotidien de nos amis : simple, comme deux adolescents qui retrouvent pendant quelques pages le droit de vivre comme ils le devraient. Et c’est ce bonheur éphémère qui fait toute la tristesse des pages suivantes. Car de fil en aiguille, la tension retombe et c’est le désespoir, le remord et la colère qui prennent place dans le récit, pour une injustice qui n’aurait pas dû avoir lieu. On s’insurge contre la pourtant grande qualité de l’auteur, qui sait faire souffrir ses personnages quand cela est nécessaire pour faire grandir son récit. On ne peut alors que lire, et laisser partir l’histoire qui se construit d’elle-même sans que l’on puisse l’influencer. On a beau protester, rien n’y fait et il ne faut plus que profiter et faire le deuil d’un manga qui se bâtit seul, lire et accepter de le laisser se finir. Les derniers tomes, et surtout son ultime conclusion, s’avèrent alors destructeurs, tant on redoute le revirement de situation. Une fin trop calme, trop placide et facile ne fait pas une grande fin, et l’auteur se rattrape bien vite. En quelques pages à peine, l’histoire s’achève. Rideau. On est là, scotchés et incapables de se remettre d’une telle violence en si peu de temps, simplement dans la manière de le raconter. L’esthétisme et l’émotion de cette conclusion sont tels qu’on ne pourra s’empêcher de trouver cela magnifique, même si infiniment triste. La liberté prime sur la rage de vaincre, et certains l’acceptent, serein et heureux pour la première fois depuis longtemps. C’est bien souvent en larmes que l’on accueillera cette très injuste situation, amenant des « mais non » ou des « et si jamais ... », si bien que l’on aimerait remodeler l’histoire pourtant magnifiquement terminée d’Akimi Yoshida. Un travail de maître qui, dans la plus pure simplicité, nous amène à une dimension d’émotion incroyable. Et il faut l’accepter. L’auteur nous le fait bien comprendre en prenant une place pour raconter ce qui, plus tard, s’est passé et comment tout cela a pu être accepté par le reste des personnages. Entre passé et futur, Akimi Yoshida nous entraine en douceur vers la fin d’une série, accompagnant notre tristesse et tournant la page finale, sans remords. Une apothéose non regrettée, à la hauteur de nos espérances, et les sentiments procurés le sont tout autant.



BANANA FISH © 1987 Akimi YOSHIDA/Shogakukan Inc.

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